Mot du Supérieur

Moi aussi, je suis raciste

Gille Barette

     Un jeune sans billet était dans le compartiment du train où je me trouvais. Le contrôleur demande le billet. Le jeune lui répond : « Raciste ». Ce n’était pas de la couleur de la peau dont il s’agissait. Les traits du visage montraient que ce jeune était  originaire d’Algérie.

     Le missionnaire est appelé à rencontrer l’autre et à vivre avec des gens différents par la culture, par la nourriture, par la langue, etc. Je suis Canadien, et ma culture n’est pas le centre du monde. Il m’arrive de parler de l’autre en termes irrespectueux et d’être porté à le juger. Officiellement , je me dis non-raciste, mais la diversité, la différence et l’altérité me dérangent.

       Si je reconnais que je me fais nombril du monde : cela me fait grandir en humilité et dans la vérité sur moi-même. La présence de l’autre devrait m’enrichir mais, parfois, les préjugés prennent le dessus.

       N’allons pas loin : dans ma famille, dans mon milieu de travail et dans mes
relations sociales, la tentation à me faire centre du monde existe.

       Accepter l’autre, c’est construire un avenir commun, une grande fraternité. Pour moi, chrétien, c’est un tremplin pour découvrir le vrai visage de Dieu, qui est tout-à-fait autre. En Dieu-Amour dont j’essaie de témoigner, il n’y a pas de racisme. Il m’aime tel que je suis, avec mon histoire. Il m’a créé autre, différent de lui. Dieu, lui, n’est pas raciste.

      Comme disciple de Jésus, comme missionnaire, j’ai à rencontrer l’autre qui s’habille, réagit, mange et parle autrement que moi.

        Qui suis-je pour juger ? Les préjugés ne tombent que par la rencontre et les échanges. Quand l’autre devient un frère, une sœur, c’en est fini du racisme. Moi aussi, je suis raciste : le reconnaître, c’est grandir en humanité. C’est un chemin de libération.

Gilles  Barrette,  Provincial des Amériques