ÉDITORIAL

TOUT N’EST PAS DÉSOLATION

On dit que la Covid-19 a apporté la désolation au monde. Ce phénomène avait déjà fait plus de 600 000 morts à la fin du mois de juillet. Et l’avenir reste incertain. Le constat est tout d’abord douloureux concernant les effets du confinement. La pandémie nous a fourni le spectacle de rues vides et de villes fantômes... L’éloignement physique nous a privés de la gentillesse des poignées de main, de l’affection des accolades. Les relations entre étrangers ont été transformées en un échange neutre, sans visage, enveloppées dans l’anonymat des équipements de protection. Les limitations des contacts sociaux sont effrayantes, surtout pour les personnes âgées : leur détresse physique s’est couplée d’une diminution de la qualité de vie et du manque de visites de la part de leur famille et de leurs amis.

Nous avons été témoins du visage le plus tragique de la mort : certains ont connu la solitude de la séparation aussi bien physique que spirituelle de tous, laissant leurs familles impuissantes, incapables de leur dire adieu au moment de la mort.

Les Pères Blancs ont aussi subi les conséquences de cette pandémie. Heureusement, au Canada, nous avons connu un seul cas d’infection qui s’est bien terminé. En Afrique et ailleurs dans le monde, nous dénombrons environ 12 cas… Nos confrères en Afrique ont été confinés dans leurs maisons sans trop pouvoir rendre service comme ils en avaient l’habitude ou sans que les prêtres puissent célébrer l’Eucharistie.

Mais cette vulnérabilité n’est pas que négative. Assumée, elle peut aussi bouleverser notre relation aux autres dans un sens plus positif. Cette situation de pandémie invite notamment à devenir plus sensibles à la détresse des pays pauvres, que les pays riches observent trop souvent avec indifférence. Il s’agit d’ouvrir les yeux sur la réalité des êtres humains qui vivent de telles limites dans leur propre chair, dans leur défi quotidien de survivre, de nourrir leurs enfants, de surmonter la menace des maladies malgré l’existence de remèdes efficaces, mais inaccessibles. Considérons l’immense perte de vie dans les pays du Sud : la malaria, la tuberculose, le manque d’eau potable et de ressources de base sèment encore la destruction de millions de vies par an, une situation que nous connaissons pourtant depuis des décennies. Toutes ces difficultés pourraient être surmontées par des efforts internationaux et des politiques engagées.

Chacun de nous est invité à prendre sa part dans l’effort de solidarité. N’attendons plus que les autres le fassent à notre place.

Dans ce numéro de la Lettre aux Amis, vous pouvez lire le témoignage de notre jeune  confrère Antonio Koffi qui réside à Washington DC. Nous vous partageons aussi une prière à partir de l’encyclique Laudato Si’ du pape François et une page qui nous invite à ne pas tenir compte de la couleur de la peau dans nos relations avec autrui. Enfin, le Père Eugenio Jover nous décrit la situation inquiétante vécue au Burkina Faso face au terrorisme. La pandémie n’est pas encore terminée. Je souhaite à chacune et à chacun le courage et la patience nécessaires pour continuer à se protéger et à protéger les autres.

Jacques Poirier, M.Afr.