Burkina Faso


LA PASTORALE EN ZONES CIBLÉES PAR LES GROUPES EXTRÉMISTES


Procession à la paroisse Saint Guillaume de Tanghin/Ouagadougou le 04 decembre 2022/Kamboissoa Samboé/LCA

Au Burkina Faso, dans la région du Sahel, touchée depuis une demi-douzaine d’années par les attaques terroristes, les prêtres et religieux ne sont pas épargnés par l’insécurité.
Face à cette situation, les paroisses et congrégations religieuses mettent en place des stratégies pour mener à bien la pastorale.

« J’avais des projets humanitaires, mais à cause des menaces sécuritaires, le diocèse de Dori m’avait conseillé de quitter ce lieu pour aller à Ouagadougou », explique Mgr Giorgio De Bernardi qui est, depuis peu, retourné en Italie.L’évêque émérite de Pinorolo, en Italie avait élu domicile dans le diocèse de Dori, dans le nord du Burkina Faso en 2017.

Il a dû quitter ce diocèse en proie à des attaques terroristes en 2019. Tout comme lui, de nombreux prêtres et religieux ont dû quitter la région du Sahel au Burkina Faso.En outre, certaines écoles catholiques ont dû fermer à cause de la menace terroriste. Le 13 février, le petit séminaire saint Kisito de Bougui, dans le diocèse Fada N’Gourma (Est) a, en effet, été attaqué et brûlé par un groupe armé.

Le 12 mai 2019, dans le diocèse de Kaya (nord), la paroisse de Dablo avait été la cible d’un groupe armé, qui avait tué le père Simeon Niampa et cinq autres fidèles pendant une messe. En outre depuis mars 2019, le père Joël Yougbaré, curé de Djibo, dans le diocèse de Dori, est porté disparu. Il avait été enlevé sur l’axe Botogui-Djibo (Nord-Est). Enfin,Suellen Tennyson, une religieuse marianiste avait été enlevée à Yalgo la nuit du 4 au 5 avril 2022 puis libérée en 30 août.

Évaluer les risques

Cela fait trois ans que le père Narcisse Kiema a quitté le diocèse de Fada N’Gourma pour les besoins de sa formation. À l’époque curé de la paroisse saint Augustin de Bilanga, il souligne que certains villages de son ancienne paroisse étaient occupés par des terroristes qui contrôlaient également certaines voies : « Il fallait s’inventer d’autres chemins pour aller à la rencontre des fidèles », explique-t-il.

« Pour aller d’une ville à une autre, on se déplace par hélicoptère », renchérit le père Jules Nikiema qui a été en mission à la paroisse de Gorom Gorom, dans le diocèse de Dori. « Cette zone autrefois paisible s’est vue investie depuis trois ans par des groupes armés extrémistes qui contrôlent les routes, empêchant les pasteurs de mener la pastorale en toute tranquillité », ajoute-t-il.

Ferdinand Pima, un fidèle de la paroisse saint Clément Marie de Salemboaré, dans le diocèse de Tenkodogo confirme. « J’ai vu deux religieuses expatriées qui étaient avec nous depuis plus de 10 ans partir à cause de l’insécurité ». Mgr Der Raphael Kusiélé Dabiré, évêque du diocèse de Diébougou (dans le Sud-ouest) explique : « Les religieux expatriés évaluent les risques et se mettent en sécurité. Les évêques aussi peuvent leur demander de quitter les lieux, en attendant. »

Se renseigner

En attendant une accalmie,ces prêtres et religieux restent en communion avec la communauté des fidèles« Les fidèles nous disent ce qui se passe dans leurs villages et nous demandent d’éviter certains endroits », explique le père Kiema. En plus des fidèles, le prêtre conseille d’écouter les consignes des autorités concernant les routes à risques et les endroits à éviter.

Dans certaines paroisses proches des agents de sécurité, les religieux et les prêtres continuent la pastorale, tout évaluant les risques d’enlèvement et des exactions. Dans les cas les plus extrêmes, ils quittent leurs postes, souvent sur demande de l’évêque du diocèse.

« Il est difficile de prévoir où se trouvent les risques », fait remarquer religieux du diocèse de Ouahigouya (Nord)qui a déjà croisé la route des groupes extrémistes. « Ils ont contrôlé mes pièces d’identité. Après avoir vu que j’étais prêtre, ils m’ont laissé partir ».

Un autre prêtre du diocèse de Kaya explique que les groupes extrémistes sont différents les uns des autres, et qu’ils peuvent s’en prendre à un religieux, au regard des circonstances particulières.

Kamboissoa Samboé (à Ouagadougou)

Source : africa.la-croix

Retour à la liste des nouvelles