Dialogue interreligieux

Francis Clooney: «En matière de dialogue interreligieux, tout le monde n’est pas disposé à écouter»

Le père Francis Clooney est jésuite américain, professeur à la Harvard Divinity School à Cambridge et spécialiste en théologie comparée. Une partie de ses recherches a porté sur le dialogue interreligieux plus précisément sur les relations entre le christianisme et l’hindouisme.

De passage à Abidjan où il anime une série de conférences du 6 au 14 janvier, il revient, avec La Croix Africa, sur les principes du dialogue interreligieux.

La Croix Africa: Quels sont les principes du dialogue interreligieux dans la vie quotidienne?
Francis Clooney: En matière de dialogue interreligieux, l’un des principes les plus importants est de se parler. Même avant d’en arriver au dialogue interreligieux, dans la vie quotidienne, si on ne se parle pas, la violence peut survenir. Mais ce dialogue ne surgit pas ex nihilo, il part du fait que nous vivons les uns à côté des autres et dans un contexte marqué par un pluralisme religieux. Nous côtoyons tous les jours, dans les transports en commun, au travail etc. des personnes qui sont d’autres confessions religieuses.

Il y a ensuite le niveau des œuvres. Dans la société, nous nous mettons ensemble, sans distinction de religion, pour faire face aux défis et trouver des solutions aux problèmes: pauvreté, maladie, environnement etc. Nous travaillons ensemble pour trouver des solutions sans se soucier d’appartenance religieuse.

Enfin, le dialogue peut consister en des échanges à caractère spirituel et théologique. Nous essayons d’identifier ce que nous avons en commun mais en reconnaissant nos différences.

Comment vivre le dialogue interreligieux avec des personnes qui se ferment aux croyances différentes des leurs?
Francis Clooney: Je dirais qu’il faut être réaliste et être conscient qu’en matière de dialogue interreligieux, il y a des personnes qui sont disposées à écouter et d’autres qui ne le sont pas. Il y a des artisans de paix qui sont plutôt portés à œuvrer pour la paix dans les communautés et d’autres qui sont attirés par la violence. Mais le fait que les gens ne soient pas ouverts au dialogue ou se moquent de notre foi ne doit pas être un obstacle qui décourage.

De nombreux conflits dans le monde ont des causes religieuses. Pourquoi la religion divise-t-elle tant les peuples?
Francis Clooney: Il est important de ne pas avoir un regard romantique sur la religion. Quand nous regardons les différentes traditions religieuses ainsi que les textes de ces traditions on y voit des éléments qui peuvent porter à la violence. On se rend compte également que des personnes se réclamant d’une religion ou d’une autre ont commis des atrocités incroyables. Cela nous apprend que les personnes qui appartiennent à une communauté de foi sont limitées. Elles ont une part de bien et de mal en elles. L’invitation qui nous est adressée dans le cadre du dialogue interreligieux, c’est d’avoir un regard de foi et d’espérance. L’espérance qu’à l’intérieur de chaque tradition religieuse, il y a une force pour le bien et que les interprétations de la religion qui poussent à s’autodétruire ou à détruire les autres ne sont pas les bonnes.

Comment analysez-vous l’attitude du pape François depuis le début de son pontificat, à l’égard des autres religions?
Comme toute tradition religieuse l’Église catholique change avec le temps et chaque pape laisse son empreinte sur différentes questions.

Avec Jean-Paul II, nous avons eu un pape charismatique qui a visité des mosquées, des temples et qui nous a montré que le fait d’être enraciné dans la foi ne nous empêchait pas d’entrer en relation positive avec les membres des autres confessions religieuses.

Puis Benoît XVI, ce pape intellectuel, nous a aidés à clarifier du point de vue théologique ce qu’est le dialogue de nos jours et à mettre en place les limites de ce qui peut être fait dans le cadre du dialogue interreligieux.

Le pape François vient d’un pays pauvre et a une conscience aiguë des difficultés auxquelles les gens font face au quotidien. Il lie le dialogue interreligieux à la défense des membres les plus démunis de la société (migrants et réfugiés) mais aussi à question de l’environnement. Le choix de son nom, François, en dit long sur sa manière de percevoir son pontificat. Il évoque cette simplicité, cette joie, d’être ensemble comme croyants de différentes religions.

Recueilli par Lucie Sarr

Source: africa.la-croix

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