Afrique


Promouvoir le dialogue du christianisme avec
les religions traditionnelles africaines

2022.09.15 Père Mpay Kemboly, SJ (jésuite congolais, égyptologue et professeur des université)
2022.09.15 Père Mpay Kemboly, SJ (jésuite congolais, égyptologue et professeur des université)

Les religions traditionnelles africaines sont un univers peu connu. Cependant, pour le père jésuite Mpay Kemboly, leur dialogue avec le christianisme est très ancien et le lieu d’un enrichissement mutuel appelé à se poursuivre.

Christian Kombe, SJ – Cité du Vatican

Lorsqu’on parle du dialogue interreligieux, on ne pense souvent pas aux religions traditionnelles africaines. Pourtant, le dialogue entre le christianisme et les religions traditionnelles africaines existe et il est à encourager, affirme le père jésuite Mpay Kemboly, égyptologue et professeur des universités en RD Congo.  Dans une interview accordée à Vatican News, il explique que ce dialogue, qui remonte dès les premiers siècles, est le lieu d’un enrichissement mutuel appelé à se poursuivre.

Unité et diversité

«Les religions traditionnelles africaines, quand nous le prenons au pluriel, veulent surtout parler de ces particularités qui existent dans notre discours sur Dieu, dans notre manière de célébrer Dieu, dans notre manière de nous rapporter aux choses, aux êtres et aux mots», précise dès le début le père Mpay. Mais, par-delà ces singularités et particularités, il y a des traits communs caractéristiques du discours des africains sur Dieu. On peut ainsi parler de la «religion africaine», comme d’un grand ensemble, ajoute celui qui est aussi conseiller du Père général de la Compagnie de Jésus pour le dialogue avec les religions africaines.

Un dialogue ancien et permanent

Si la rencontre du continent africain avec le monde extérieur a connu des épisodes violents, il ne faudrait pas tomber dans le piège de réduire l’histoire africaine à ces pages troubles. «Je comprends l'Afrique depuis la nuit des temps, c'est à dire depuis l'apparition de l'homme sur ce continent jusqu'à notre temps contemporain», confie le père Mpay. Dans ce sens, ce sont toutes les religions du livre, – le christianisme, le judaïsme et l'islam – , qui ont, d'une manière ou d'une autre, une relation à l'Afrique, confie-t-il.

Pour le cas du christianisme, ce dialogue remonte bien avant les temps missionnaires de trois derniers siècles. Les chrétiens coptes, en Egypte comme en Ethiopie par exemple, ont beaucoup puisé dans la culture et la religion locales pour exprimer leur foi en Christ, explique le jésuite, également expert de la religion pharaonique. Même le monachisme égyptien apparaît comme «un lieu du dialogue entre le christianisme et les religions africaines» : dans «l'appel du désert, la relation à la mort, la question de la vie après la mort, la croix ansée  comme arbre de vie», on peut voir des signes de ce dialogue très ancien. Lors de cette première rencontre entre la foi chrétienne et le continent africain, comme durant les vagues missionnaires qui ont suivi par la suite, des chrétiens se sont souciés «de chercher les signes qui peuvent nous aider à dire Dieu, ou à dire le Dieu de Jésus Christ, à travers les cultures et les religions africaines ancestrales, locales», reconnaît le père Mpay. Ainsi, ce dialogue ancien continue: «comme chrétiens africains, nous sommes tout le temps en dialogue, en discernement, parce que l'Esprit parle aux nations».  

Une expérience d’enrichissement mutuel

Pour le père Mpay, comme tout vrai dialogue, celui entre le christianisme et les religions traditionnelles africaines est un rendez-vous du donner et du recevoir.  «C'est que nous, chrétiens, pouvons recevoir de notre dialogue avec les religions locales, c'est par exemple la sensibilité au monde des esprits, la sensibilité à notre manière de dire Dieu, notre manière de célébrer Dieu». Devant la tentation d’être trop cérébral, «les religions traditionnelles nous montrent que c'est tout le corps qui devient liturgie, une manière d'être».

Du dialogue avec le christianisme, les religions traditionnelles peuvent apprendre comment systématiser leur contenu, notamment en créant des structures fortes, estime le jésuite congolais. Mais là aussi, tout en apprenant du christianisme, les religions traditionnelles montrent aux chrétiens que «pour être religieux, on n'a pas toujours besoin de grandes structures. La nature elle-même est un vaste temple de Dieu», ajoute-t-il. Cet enrichissement mutuel, ce dialogue permanent et toujours inachevé est appelé à se poursuivre, car  «chaque génération est appelée à trouver le signe, la liturgie, les moyens de dire Dieu de manière pertinente à ses contemporains». 

Dialoguer avec sa propre culture

Le père Mpay Kemboly invite les chrétiens africains à ne pas être complexés ou avoir peur de dialoguer avec leurs propres cultures. S’il reconnaît que les religions traditionnelles africaines sont souvent réduites, à tort, à leur côté ésotérique, ou obscur, il appelle à ne pas les confiner à cet aspect. «La religion traditionnelle africaine ne doit pas faire peur aux gens. C'est un univers à partir duquel nous regardons le monde. C'est aussi un humus, c'est un horizon qui nous permet de vivre», soutient-il. Durant les heures sombres de l’esclavage, c’est elle qui a permis à beaucoup d’esclaves africains de survivre, souligne-t-il. Elle a été pour eux une force de résilience. Aussi, forts de leur double héritage, les «chrétiens africains» doivent connaître et promouvoir les richesses de leur univers culturel afin de pouvoir les présenter au monde. «Autant nous entrons en dialogue avec les autres cultures externes, autant nous sommes appelés à un dialogue avec nos propres cultures», a insisté le jésuite congolais..

Source : vaticannews

Retour à la liste des nouvelles