Afrique


Quand arrivera l’homme bas-carbone ?


Dr Karim LIMAM est physicien du bâtiment et maître de conférences HDR/ Karim Limam

VILLES ET DÉVELOPPEMENT est une rubrique proposée et animée par Beaugrain Doumongue, ingénieur civil et Karim Limam, physicien du bâtiment et maître de conférences. Son objectif est de « questionner la trajectoire humaine à l’heure des changements climatiques, de positionner la nécessité d’opérer un sursaut favorable à un meilleur devenir de l’humanité, dans ce contexte, et de raconter/documenter/interroger les enjeux des villes africaines en quête de durabilité et de qualité de vie ». Le septième texte de cette rubrique signé par Karim Limam porte sur l’empreinte carbone.

D’après Hannah Arendt, « on ne trouve sa place dans le temps et dans le monde, que quand on pense ». En repensant son comportement, l’Homme peut-il (re) trouver sa place ? Ou bien, serait-il à la dérive, aveuglé par son consumérisme et méritant presque un étiquetage où s’afficherait son score carbone ?

Il apparaît aujourd’hui, à la lumière des bouleversements que nous traversons, que l’excès de consommation, si cher à l’« homo consumericus », nous mène à la ruine de l’équilibre des écosystèmes de notre planète et par conséquent à notre propre finitude. Cette spirale négative (consommer plus et polluer plus) serait donc notre propre fin. L’« Homo-consumericus » d’après Jean De Munck, serait alors un irresponsable, du simple fait que pour lui, la consommation jouerait un rôle central devenant un véritable mode de vie. La planète serait à la merci des hommes, et au final, comme l’évoquait Martin Heidegger « l’Homme serait sa propre fin ».

Une « catastrophe humaine »

Bien que directement liés aux activités humaines, les phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes sont trop souvent décrits selon des concepts déculpabilisants de « catastrophes naturelles ». Prenons l’exemple des pluies diluviennes qui s’abattent lors d’évènements météorologiques violents. Un simple degré de réchauffement climatique correspond à 7 % d’eau supplémentaire dans l’atmosphère, ce qui, à un moment ou un autre « retombe violemment » sur une région du globe. D’après l’institut berlinois de recherche sur le climat (MCC), les résidents des pays riches ont une « mobilité de plus en plus grande, et ils occupent de plus en plus de territoires ». L’Homme gagne sur tous les espaces de la planète et celle-ci réagit par des événements extrêmes de plus en plus fréquents ! Ces événements extrêmes deviendront courants d’ici 2 100 (GIEC). Ne sont-ils pas au bout du compte des catastrophes humaines plutôt que naturelles ?

Au menu : l’empreinte carbone

L’alimentaire est pour chaque être humain, un bien de première nécessité. Tout simplement vital. Quelle empreinte carbone pourrions-nous attribuer à notre alimentation ? Selon un article de Loïc Chauveau intitulé « Vers un étiquetage des produits alimentaires : l’empreinte carbone au menu de la loi Climat et résilience », il s’agirait d’institutionnaliser pour les consommateurs une obligation d’information : une empreinte carbone directement accessible sur l’emballage des produits alimentaires. Cet étiquetage proposé, serait le fruit d’une dizaine d’années de recherche française sur les émissions de gaz à effet de serre : de la ferme à la fourchette.

Et l’Homme dans tout cela ? Quelle est l’empreinte carbone liée à sa personne au-delà de son alimentation ? Selon la région du monde où il vit, son niveau social, son pouvoir d’achat, son niveau d’éducation et de conscience des enjeux et des situations environnementales ; ses besoins et envies seraient différents. Rien de tel qu’un leitmotiv qui talonne notre conscience et bouscule notre comportement, une « étiquette en tête » : celle du bas-carbone !

L’Homme bas-carbone

Il s’agit d’un homme qui, regardant avec lucidité son époque, réalise à quel point celle-ci est critique. Cet homme prend conscience qu’il vit une époque particulière car passionnante et inquiétante à la fois. Bien qu’ayant réalisé au fil des dernières décennies de grandes prouesses scientifiques, techniques et économiques ; ces avancées spectaculaires ont créé des écueils extrêmes qui menacent sa propre existence sur Terre. Comment concilier le développement et l’humanité ? Puisque visiblement, le premier, lorsqu’il devient immodéré, ruine le second. Le temps est venu d’oser le bas-carbone de façon citoyenne. Il ne s’agit plus de se donner bonne conscience en conduisant une voiture bas-carbone, ou de loger dans un appartement bas-carbone ; il s’agit là d’un homme qui pense bas-carbone par lui-même, pour lui-même et pour les autres. Un homme dont le comportement reste quotidiennement bas-carbone serait alors au cœur d’actions basées sur la sobriété.

La sobriété peut nous sauver et permettre de retrouver l’équilibre des écosystèmes sur Terre. En effet, comme l’a souligné la chercheuse Kimberly Nicholas, les « actions individuelles » de masse, surtout si celles-ci sont adoptées par « l’élite du carbone des pays développés », sont importantes et auront de fortes retombées sur le climat. Maintenant le temps est compté. Le dernier ouvrage d’Emmanuel Faber « Ouvrir une voie » (2022), nous invite par un vibrant appel, à la prise de conscience et à l’action. Sa métaphore alpinistique : « Le créneau météo entre la crise du Covid19 et le réchauffement climatique n’est pas long pour l’humanité. (…) À nous tous d’agir maintenant pour demain ». Mais encore, il faut garder à l’esprit qu’« au pied d’une montagne, pour atteindre notre objectif, on ne prend que l’essentiel ». Réfléchissons-y !

Karim Limam

Source: africa.la-croix

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