ETHIOPIE


Le désarroi du patriarche orthodoxe de Mekele

Abune Makarios, Bishop of Eritrean Orthodox Church, visits London November 2018/eritrea-focus.org/DR

Après le patriarche Abune Mathias, le plus haut dignitaire de l’Église orthodoxe éthiopienne fin avril, c’est au tour du patriarche de l’Église orthodoxe de Mekele, dans le Tigré, Abune Isaias, de critiquer durement les exactions commises par les troupes érythréennes et éthiopiennes dans cette région du nord de l’Éthiopie depuis 7 mois.

Dans un entretien accordé, le 25 mai à RFI, le patriarche orthodoxe de Mekele, dans la région du Tigré, Abune Isaias, a fustigé les frappes meurtrières dans cette partie de l’Éthiopie. « Les crimes se succèdent les uns aux autres, a-t-il décrit. Des églises sont détruites. Et c’est une guerre contre les Tigréens. Ils en ont après notre histoire et veulent tuer tout le monde. C’est un génocide. Ils veulent détruire les Tigréens et le Tigré ».

Depuis le novembre 2020, les affrontements entre troupes de l’armée fédérale éthiopienne et son alliée érythréenne et celles de l’ancien pouvoir provincial du Front de libération du Tigré (Tplf) ont fait plusieurs milliers de morts dans cette région du nord de l’Éthiopie.

Les communications sont en outre coupées depuis de longs mois. Mais fin avril, le patriarche Abune Mathias, le plus haut dignitaire de l’Église orthodoxe éthiopienne avait réussi à rendre publique une vidéo accusant le gouvernement fédéral éthiopien dirigé par le Prix Nobel de la paix 2019, Abiy Ahmed, de tentative de génocide contre le peuple tigréen. « Dans toutes les parties du Tigré, il y a des massacres. Ils veulent effacer les Tigréens de la surface de la Terre », avait-il tonné. Abune Isaias renchérit dans son entretien du 25 mai : « Je ne crois plus que les Tigréens soient encore Éthiopiens. Il y a eu tellement de destructions et de meurtres. On veut les réduire en esclavage ».

« Ils veulent devenir des rois »

Dans cet entretien avec le média français, Abune Isaias a vivement critiqué le premier ministre éthiopien et le président érythréen qu’il considère comme des dictateurs. « Je pense que le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed et le président érythréen Issayas Afewerki veulent juste éliminer quiconque les empêchera de posséder le pouvoir, a-t-il accusé. Ils veulent devenir des rois ». Pour le patriarche orthodoxe de Mekele, les actuels dirigeants éthiopiens affichent, en outre, un mépris flagrant de l’Église. « Dans le passé, quand quelqu’un arrivait au pouvoir, il recherchait la bénédiction de l’Église, a-t-il fait remarquer. Mais les leaders d’aujourd’hui ne sont intéressés que par leur propre pouvoir ».

Destructions églises

Un document de l’Église orthodoxe éthiopienne accuse le gouvernement éthiopien d’avoir massacré près de 80 prêtres orthodoxes ou cours des 5 derniers mois. Selon ce document, les armées éthiopiennes et érythréennes ont pillé et bombardé des monastères avant de se lancer dans la chasse aux religieux qu’ils tuent par dizaines. Le patriarche Abune Isaias a confirmé cette destruction d’églises tout en exprimant un profond désarroi. « Je suis tellement triste, s’est-il lamenté. J’aurais préféré mourir que de voir cela. Dieu en a décidé autrement. Mais je me demande encore pourquoi je suis toujours vivant ».

L’aide humanitaire est, par ailleurs, bloquée par des troupes érythréennes et éthiopiennes comme l’a confirmé une équipe de CNN infiltrée dans la partie septentrionale du Tigré. Les autorités éthiopiennes tentent également de museler la presse. Après le meurtre, fin janvier, de Dawit Kebede, journaliste à la télévision régionale du Tigré, plusieurs journalistes ont été victimes d’intimidation ou privés de leur accréditation.

Lucie Sarr avec RFI

Source : africa.la-croix

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