SOUDAN DU SUD


Les chrétiens demeurent discriminés 

Le 19 février, un jeune évangélique soudanais a été kidnappé et battu par des hommes cagoulés qui lui ont intimé de mettre un terme à son combat pour les droits des chrétiens. Un acte isolé qui vient rappeler que cette minorité religieuse n’a pas accédé, deux ans après la révolution, à une pleine égalité par rapport à ses concitoyens musulmans.

Osama Kodi n’avait que 25 ans lorsqu’il a pris, il y a quatre ans, la tête de l’Union de la jeunesse chrétienne de l’État soudanais d’Al-Jazira, une organisation qui regroupe plus de 9 000 catholiques, protestants et orthodoxes au niveau national. Entre-temps, la révolution soudanaise de 2019 a mis fin à trente années de dictature islamique. Sans assurer, pour l’heure, une totale égalité à la minorité chrétienne, qui représente entre 3 % et 5 % de la population.

Osama Kodi, membre d’une Église évangélique, s’élève donc régulièrement contre les discriminations visant ses confrères. Mais son engagement lui a valu, fait inédit pour un chrétien depuis deux ans, d’être kidnappé, interrogé et battu le 19 février dernier, durant huit heures.

« Je marchais vers chez mon oncle lorsqu’une voiture s’est arrêtée à ma hauteur. Trois hommes cagoulés ont pointé leurs pistolets sur moi, m’ont poussé dans le véhicule, attaché les mains dans le dos et recouvert la tête d’un tissu », décrit Osama Kodi. « Nous ne te permettrons pas de continuer à exister en tant que chrétien au Soudan car c’est un Etat islamique », l’ont prévenu ses huit ravisseurs avant de le relâcher.

Il combat pour une meilleure visibilité des chrétiens

Réfugié chez sa tante à Khartoum, le jeune homme souffrait encore, deux semaines plus tard, de douleurs dans la jambe droite et de difficultés à respirer. Il attribue son passage à tabac aux membres des Services des renseignements généraux (GIS), connus pour utiliser de telles méthodes sous l’ancien régime et contre lesquels il dit avoir peu d’espoir que sa plainte aboutisse. Osama Kodi souhaite néanmoins poursuivre son combat pour une meilleure visibilité des chrétiens soudanais en politique ou encore dans les médias.

« Les minorités ont participé à la révolution, ont accueilli avec enthousiasme le nouveau gouvernement et écouté le ministre des affaires religieuses prononcer de beaux discours mais, honnêtement, rien n’a changé pour renforcer leurs droits », constate Elshareef Ali Mohammed, avocat de l’ONG Sudanese Human Rights Initiative. La peine de mort pour apostasie, dont il avait sauvé la chrétienne Meriam Yahia Ibrahim Ishag en 2014, a certes été abolie le 11 juillet 2020. « Le droit pénal demeure, en revanche, fondé sur la charia, ce qui désavantage les chrétiens devant le tribunal », souligne l’avocat. Il appelle aussi à amender « la loi sur la famille qui interdit à une femme musulmane de se marier avec un chrétien, tandis qu’un musulman peut épouser une chrétienne ».

De son côté, l’archevêque de Khartoum, Mgr Michael Didi, presse le gouvernement de transition de remédier « aux discriminations auxquelles les enfants chrétiens font face dans les écoles publiques. Ils paient leurs frais de scolarité mais doivent, en parallèle, passer des examens supplémentaires dans des centres chrétiens pour obtenir la note requise pour les cours de religion ». Seul l’enseignement de l’islam leur est sinon proposé. L’archevêque a donc écrit au premier ministre Abdallah Hamdok pour lui demander d’achever la réforme des programmes scolaires. Un processus suspendu, début janvier, après que l’Académie du Fiqh (jurisprudence islamique) a qualifié La Création d’Adam de Michel-Ange, représentée dans un manuel d’histoire, d’« insulte odieuse envers l’Être divin ».

Des églises encore peu reconnues

Mgr Michael Didi dénonce également la réticence des autorités à reconnaître officiellement les églises, qui se retrouvent bien souvent sur le tracé des routes ou logements dans le contexte d’expansion urbaine autour de la capitale.

Ce sont d’ailleurs les démarches entreprises par Osama Kodi pour construire un nouvel édifice à Tambul, ville située dans l’état d’Al-Jazira, qui semblent avoir déclenché le déchaînement de violence dont il a été victime. Un mois et demi avant son enlèvement, le toit de l’actuel bâtiment s’était en effet effondré sous les flammes d’un incendie volontaire. Ce type d’actes isolés, comme le rapt du jeune chrétien, a beau se raréfier depuis la chute de la dictature islamique, les séquelles de cette période demeurent et se traduisent par une autocensure de cette minorité religieuse. « La loi nous autorise théoriquement à aller parler de la Bible, explique Osama Kodi, Mais, en réalité, on ne peut pas le faire. Ce serait très dangereux. »

Augustine Passilly (à Khartoum)

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De timides avancées en termes de liberté religieuse

Nommée parmi les onze membres du Conseil souverain formé le 21 août 2019 pour mener la transition démocratique, la copte Raja Nicolas Abdel Massih est devenue la première chrétienne à rejoindre le gouvernement depuis l’indépendance du Soudan en 1956.

Le 11 juillet 2020, le gouvernement de transition a mis fin à la peine de mort pour apostasie et autorisé les chrétiens à importer, vendre et consommer de l’alcool.

Adopté dans un premier temps, le principe de séparation de la religion et de l’État a finalement été rejeté début novembre, raison pour laquelle un des groupes rebelles refuse de rejoindre l’accord de paix de Juba.

Source: africa.la-croix

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