Afrique


«Aujourd’hui la réflexion sur l’homosexualité
dans l’Église est polarisée»

Father Jean Messingue, interim director of the Theological Institute of the Society of Jesus in Abidjan. (Photo by Guy-Aimé Eblotié)

Jean Messingué est prêtre Jésuite et directeur du Centre de counseling et de la pastorale clinique créé au sein de l’Institut théologique de la Compagnie de Jésus (Itcj) à Abidjan. Il réagit à la note de la Congrégation pour la doctrine de la foi sur la bénédiction des unions homosexuelles.

Que retenez-vous de cette note de la Congrégation pour la doctrine de la foi sur la bénédiction des unions homosexuelles ?

Jean Messingué : Dans cette note, le cardinal Ladaria, préfet pour la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, affirme que telle que l’Église se comprend, elle n’a pas le pouvoir de bénir la relation qui lie les personnes homosexuelles. Il fait bien de distinguer la relation des personnes, qui, elles, comme tout enfant de Dieu, peuvent recevoir la bénédiction de Dieu dans l’Église.

Le cardinal Ladaria fait une catéchèse sur une question que les fidèles chrétiens se poseraient : l’Église a-t-elle le pouvoir de bénir des unions de personnes du même sexe ? C’est l’Église qui s’interroge sur sa propre identité et la clarifie pour elle-même en rapport avec les appels du monde et les questions que certains membres se posent.

Selon vous, quel accompagnement l’Église peut-elle proposer aux couples homosexuels catholiques ?

Jean Messingué : L’homme est la route de l’Église. L’accompagnement que l’Église peut offrir aux couples homosexuels catholiques est le même qu’elle propose à tous les chrétiens, c’est-à-dire un accompagnement marqué d’amour et de compassion et cherchant à aider les personnes à tendre le mieux possible vers la plénitude de la joie dans leur vie selon la perspective chrétienne. Il faut chercher à comprendre la complexité du monde, la diversité des expériences et les défis des personnes qui pratiquent ou se sentent attirées par l’homosexualité.

Le sentiment de préservation de son identité peut nous empêcher d’écouter le vécu parfois pénible, d’exprimer de la compassion et de proposer un cheminement aux personnes qui pratiquent l’homosexualité ou ressentent de l’attraction sexuelle vers les personnes du même sexe. L’accueil et l’acceptation de l’autre sont un préalable à toute écoute empathique qui se veut dialogue et sans laquelle l’accompagnement psycho-pastoral n’est pas possible. L’écoute véritable nous permettra de réaliser que les trajectoires qui conduisent à la pratique homosexuelle sont multiples et les attentes des personnes concernées diverses.

Aujourd’hui, la réflexion sur l’homosexualité dans l’Église est polarisée et paraît très passionnée. Par ailleurs, tout accompagnement spirituel ou psycho-spirituel repose sur une théologie. Celle-ci doit se poursuivre en dialogue avec les résultats des nouvelles études des sciences humaines et sociales sur l’homosexualité.

Il y a quelques mois, une petite phrase du pape, diffusée dans un documentaire, avait déclenché une polémique mondiale. François s’y était prononcé en faveur d’une loi d’union civile pour assurer « une couverture légale » aux couples homosexuels. En Afrique, l’indignation avait été grande, certains demandant même la démission du pape. Comment analysez-vous l’ampleur de cette polémique ?

Jean Messingué : Je pense que ce fut une polémique compréhensible, si on considère ce que chacun des deux camps majeurs qui l’ont nourri aurait compris. Un camp y voyait et louait un changement fondamental de la position de l’Église tandis que l’autre camp a accueilli le propos du pape comme une trahison et une attaque à l’intégrité de l’identité de l’Église qu’il est censé protéger.

Or, le message du pape s’inscrit dans une troisième voie qui exige une véritable écoute pour être comprise. L’écoute dont parle très souvent le pape est un véritable défi ! Elle exige du préjugé favorable et de réserve (self-doubt) par rapport à sa propre compréhension.
Selon les théologiens de la morale catholique, l’expression « union civile » employée par le pape François est une expression technique et complexe. Sans explication et telle que sortie de son contexte comme l’ont fait certains journalistes, on ne pouvait qu’arriver à des polémiques.
La population des personnes qui pratiquent l’homosexualité augmente en Afrique. Une réflexion publique, à l’exemple d’une conférence, sur l’homosexualité est-elle envisageable au sein de l’Église d’Afrique ? Or, pour l’Église, le déni ou la condamnation n’est pas une réponse pastorale crédible à la question de l’homosexualité.

Recueilli par Lucie Sarr

Source: africa.la-croix

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