Benin


Quel bilan après 160 ans de présence de l’Église catholique?

Basilique de Ouidah au Bénin/Wikipédia/DR

Le 18 avril 1861, les pères Francesco Borghero et Francisco Fernandez de la Société des missions africaines (Sma) foulaient le sol du Dahomey (ancien nom du Bénin). Pendant que le pays s’apprête à commémorer les 160 ans de présence de l’Église, des laïcs catholiques, interrogés par La Croix Africa, esquissent un bilan et dégagent des défis actuels.

« 18 avril, jeudi. Dans la matinée, nous gagnons un peu dans le Nord pour découvrir la terre. […] Vers midi, nous arrivons devant le comptoir de Whydah. […] Nous y sommes reçus en hospitalité jusqu’à ce que nous trouvions une installation pour y établir la mission » relate, dans son journal, le père Francesco Borghero qui deviendra le premier supérieur ad interim du vicariat du Dahomey. 160 ans plus tard, quelle évaluation, les chrétiens béninois font-ils de la présence de l’Église ?
« En 160 ans de présence, l’Église catholique a contribué à édifier la nation béninoise en impactant positivement divers secteurs : l’éducation, le social, la santé, la politique, l’édification des consciences et des cœurs, la culture de la paix, etc. », estime Modeste Kpodéhoto, financier. « L’œuvre missionnaire, analyse, pour sa part, Romain Hounzandji, enseignant universitaire – a été une semence de laquelle a germé un clergé béninois et des chrétiens convaincus dont la vision et les actions concourent à la mise en place des infrastructures propres à faire de l’Église au Bénin une Église capable d’enrichir de ses propres identifiants, l’Église universelle ».

Dans le même sens, Paul Kiti, un autre enseignant universitaire, estime que « Jean Pliya, le père Florent NascimentoMgr Isidore de Souza ainsi que bien d’autres, devront un jour, être présentés en modèles de sainteté pour l’Église universelle ». Plusieurs personnes interviewées, insistent aussi sur l’apport de l’Église à travers l’enseignement catholique.

L’Église, pionnière de l’enseignement au Bénin

« Pratiquement tous les premiers cadres du Bénin ont été des ‘‘produits’’ des écoles et séminaires catholiques » fait remarquer Kpodéhoto qui estime que, dans le diocèse de Djougou (Nord-Bénin) où il officie, par exemple, « les écoles catholiques sont devenues même un canal de dialogue interreligieux où beaucoup de parents musulmans n’éprouvent aucun complexe à inscrire leurs enfants ». L’histoire renseigne, en effet, que c’était déjà le 10 février 1862, soit moins d’un an après leur arrivée, que les premiers missionnaires fondèrent au Fort portugais de Ouidah, la première école catholique du Dahomey. En plus du soin des âmes, ils se mirent ainsi à la formation de l’élite nationale.
160 ans après, l’enseignement catholique au Bénin, en dépit des diverses aspérités de son histoire, poursuit son odyssée à la grande satisfaction des Béninois. Le père Didier Affolabi, directeur national de l’enseignement catholique, indique que « l’on compte aujourd’hui au Bénin, sur le plan national, 523 établissements catholiques dont 113 écoles maternelles, 266 écoles primaires, 138 collèges et lycées, 05 universités et une école normale de formation d’enseignants ».
Au baccalauréat en 2018, par exemple, les cinq premiers au classement national provenaient exclusivement d’écoles catholiques et une analyse panoramique des résultats desdits établissements confirme le primat sinon le label de l’excellence. Mais, sur d’autres fronts, l’Église a encore des défis à relever.

« Il faut réussir à transformer l’homme béninois depuis les racines »

Pour Constant Ehoumi, « le grand défi que l’Église au Bénin devra relever aujourd’hui, c’est l’évangélisation en profondeur ». Ce journaliste catholique fait le constat que, dans le pays, « le syncrétisme est rampant ». « Sans être appelés ou forcés, des catholiques courent la nuit auprès des acteurs des religions endogènes ou des sectes, en quête de pouvoirs occultes, d’argent ou de bien-être » déplore-t-il.
S’il est vrai que certaines analyses mettent cette propension sur le compte de la culture vitaliste caractérisant l’Afrique en général, le philosophe béninois Paul Kiti estime que « la fidélité à l’héritage de foi n’est pas moins une question de vie ou de mort ». « Sans renoncer aux éléments positifs de notre être-au-monde, nous devrons redécouvrir la personne du Christ et clarifier à nouveau notre relation à lui » indique l’universitaire Kiti et son collègue Hounzandji de corroborer : « Il faut réussir à transformer, à l’aune de l’Évangile, l’homme béninois depuis les racines de son être pour qu’une fois rejoint par le message du Christ, il soit cette lumière qui irradie le bien autour de lui pour le bonheur de l’Église et de la Nation, toutes toujours en chantier ».

Juste Hlannon (à Cotonou)

(1) Journal de Francesco Borghero premier missionnaire du Dahomey 1861-1865 (Documents rassemblés et présentés par Renzo Mandirola et Yves Morel), Paris, Karthala, 1997, pp. 42-43.

Source: africa.la-croix

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