Burkina Faso


Au Burkina Faso, ciblés par les groupes armés,
les déplacés chrétiens gardent la foi

Dans la cour d'un camp de déplacés internes à Kaya/Kamboissoa Samboé/LCA

Les groupes armés continuent de sévir dans certaines localités du Burkina Faso, comme à Kaya, dans le centre-nord du pays. Les chrétiens qui ont pu s’enfuir ont tout perdu, sauf leur foi. Du 14 janvier au 2 février 2021, La Croix Africa a partagé leur quotidien.

Kaya dans le nord du Burkina Faso. Ils sont nombreux à participer à la messe à la cathédrale Notre-Dame de Kaya. Au portail, sont positionnés ceux qui mendient. « Nous sommes habitués, depuis qu’ils ont été contraints de fuir chez eux », explique le père César (1), prêtre de cette paroisse.

Marie(1) qui a 7 ans, fait partie des déplacés contraints à la mendicité. Elle marche, regard vif avec un sourire. À peine vêtue, elle porte un bébé, son petit frère, au dos. À Dablo, à une quarantaine de kilomètres de Kaya, un prêtre et cinq fidèles catholiques, avaient été tués lors de l’attaque, le 12 mai 2019, de leur église. Une partie des déplacés installés en plein centre-ville de Kaya fait partie des rescapés de cette attaque. D’autres viennent des villages environnants, ils ne se sentent plus en sécurité chez eux.

Marie explique que les cantiques de sa paroisse lui manquent. Dans son village, elle était choriste. « Je continue d’aller à l’Église, ici », précise-t-elle. « La Nativité passée, j’étais allée à l’église mais, je n’ai pas mangé du riz et la viande du porc comme d’habitude », regrette-t-elle. Mariam, 32 ans, a, elle, fui Djibo (nord) et vit dans ce camp depuis un an. « Chacun a son traumatisme », commente-t-elle.

Situation compliquée pour les prêtres

« Depuis deux ans, la situation est compliquée pour nous les prêtres. On n’arrive pas à aller là où on veut pour la pastorale », témoigne pour sa part, le père César qui a été témoin de l’attaque meurtrière de Dablo. Ce religieux connaît bien le village de Marie et s’y rendait souvent pour la messe. À l’époque, la zone était calme. « Je leur portais du secours. Mais ces derniers temps, il y a plus de personnes qui se présentent à nous. Les gens ont vidé leurs villages, il faut les accueillir, les écouter, comprendre leur situation et leur apporter du soutien ».

L’Église est déployée à travers Ocades-Caritas Burkina mais le père reste pragmatique : « L’Église fait ce qu’elle peut, on est débordé. Pour les ressources de l’Église, ce sont ces mêmes fidèles qui devraient nous aider, mais ils sont en difficulté. »

« Là où il y a des chrétiens, il y a la joie »

Le père César reste positif : « Les fidèles m’appellent souvent, se réjouit-il. Ils font des demandes de messes par SMS. Cela me réconforte. En général, là où il y a des chrétiens, il y a des groupes de prières, le chapelet, et donc de l’espoir et de la joie. »

Les chrétiens du camp se regroupent pour prier en communauté, lors de la messe de neuf heures Une occasion pour le père César de les suivre comme une paroisse pour l’administration des sacrements. « Parfois, je m’inquiète pour leur sécurité, avoue-t-il. Mais nous ne sommes pas pasteur que lorsque tout va bien. »

Déployée dans ces villages « l’Église sert les plus pauvres parmi les pauvres », estime le père Constantin Séré, secrétaire général de l’Ocades. Mgr Laurent Dabire, évêque de Dori (nord-est) renchérit : « l’Église est ouverte à tout le monde. On ne fait pas de sélection ». L’Ocades mobilise plusieurs millions pour venir en aide aux déplacés, dont le nombre est difficile à déterminer.

Kamboissoa Samboé (à Kaya, Burkina Faso)

(1) Les prénoms ont été changés

Source: africa.la-croix

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