Eritrea


UN ÉVÊQUE ET DEUX PRÊTRES ARRÊTÉS

Samedi 15 octobre, Mgr Fikremariam Hagos, évêque de Segheneity, dans le sud, a été arrêté à l’aéroport international d’Asmara alors qu’il rentrait d’Europe. Deux autres prêtres ont été arrêtés la semaine dernière.

Un évêque et des prêtres arrêtés et emprisonnés, un gouvernement érythréen qui reste silencieux, telle est la situation vécue, depuis la semaine passée, par l’Église catholique d’Érythrée.

Mgr Fikremariam Hagos, évêque de Segheneity, diocèse érigé en 2012, a été arrêté samedi 15 octobre à l’aéroport international d’Asmara alors qu’il rentrait d’un séjour en Europe. Quelques jours plus tôt, mardi 12 octobre, un des prêtres de son diocèse, le père Mihretab Stefanos, curé de la paroisse Saint-Michel de Segheneity et Abba Abraham un religieux capucin, ont été arrêtés. Les trois clercs sont détenus à la prison d’Adi Abeto, à Asmara. Aucune explication n’a été fournie à l’Église catholique sur ces arrestations.

L’Église catholique en Érythrée

L’Église catholique est l’une des quatre confessions religieuses autorisées en Érythrée (avec l’orthodoxie, l’islam sunnite et le protestantisme luthérien). Malgré cette autorisation, les catholiques qui représentent 4 % de la population, sont victimes d’actes d’intimidation notamment parce que l’Église catholique est l’une des rares institutions à critiquer le régime totalitaire d’Issayas Afeworki, au pouvoir depuis 1993.

Depuis 2019, la quasi-totalité des structures de santé et des écoles appartenant à l’Église catholique a été confisquée par l’État. « Nous, pasteurs et dirigeants de l’Église catholique en Érythrée, sommes profondément attristés et intimement blessés par les mesures que le gouvernement prend ou a déjà pris par la force, nous retirant les institutions éducatives et sanitaires qui nous appartiennent légitimement, et limitant notre service au pays », ont écrit mi-juin 2021, les évêques de ce petit pays de la Corne de l’Afrique dans un énième courrier de protestation adressé au gouvernement érythréen.

L’accaparement des cliniques et écoles de l’Église catholique par le gouvernement érythréen s’appuie sur une loi datant de 1995, jamais entrée en vigueur, et qui prévoit que toutes les structures sociales (écoles, centres médicaux) soient gérées par l’autorité publique. En réaction à ce texte, l’Église catholique avait, en son temps, remis au gouvernement par écrit, « une présentation claire et articulée de la nature, de l’esprit et des objectifs de son service spirituel et social ». En 2019, date du commencement de la fermeture et de la confiscation des structures de santé et écoles catholiques, l’épiscopat d’Érythrée avait envoyé plusieurs lettres de protestation au gouvernement. Le 4 septembre 2019, notamment, il avait dénoncé « la haine contre la foi et contre la religion » et « la disposition arbitraire et unilatérale récemment prise par le gouvernement » contre l’Église catholique.

Le conflit au Tigré

Par ailleurs, depuis 2020, l’Église catholique d’Érythrée s’oppose au conflit dans la région Tigré, en Éthiopie – un conflit dans lequel les troupes éthiopiennes sont impliquées – et invite au dialogue.

Après son élection en avril 2018, le président éthiopien, Abiy Ahmed Ali, s’était fixé comme priorité le rapprochement avec le voisin érythréen. Les deux pays avaient arrêté toute relation diplomatique depuis la dernière guerre qui les avait opposés entre 1998 et 2000. Le 8 juillet 2018, Abiy Ahmed Ali et le président érythréen, Isaias Afeworki avaient publié une déclaration qui annonce que « l’état de guerre est arrivé à sa fin ». Le 11 septembre de la même année, pour le nouvel an éthiopien, ils ont rouvert la frontière entre leurs deux pays. Depuis novembre 2020, ils sont engagés ensemble dans la guerre du Tigré. Les affrontements entre les troupes rebelles de Front de libération du peuple du Tigré (Tplf) et les armées éthiopiennes érythréennes ont fait plusieurs milliers de morts et plus de deux millions de déplacés. En outre, des centaines de milliers d’Éthiopiens sont exposés à la famine.

Lucie Sarr

Source : africa.la-croix

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