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SAINT KISITO, LE PLUS JEUNE MARTYR AFRICAIN


Père Samson TAKPE/ TAKPE Samson

Le père Adéchina Samson Takpé, prêtre du diocèse de Dassa-Zoumé (Centre-Bénin) et doctorant en liturgie à Vinzenz Palloti University (Allemagne) présente la vie et les vertus de bienheureux et saints africains. Cette semaine, il s’intéresse à la vie Saint Kisito, le plus jeune martyr africain.

Kisito (1) naît vers 1873 à Waluleeta dans le comté de Bulemeezi en Ouganda. Son père s’appelle Lukomera et sa mère, Wangabira Kaddulubaale. Celle-ci meurt à l’âge de quarante ans après avoir donné naissance à neuf enfants. Kisito, encore tout petit, est alors adopté par Nyika, chef du comté de Bulemeezi.

Après la mort du roi Mutesa le 19 octobre 1884, Mwanga II accède au trône à l’âge de 16 ans. Il nomme Nyika gardien du cordon ombilical royal. Il s’agit d’un poste très important, car selon la croyance traditionnelle Ganda, le cordon ombilical est le double de la personne et est sujet à plusieurs rituels.

À cause du haut rang de son tuteur, Kisito est appelé à servir dans les appartements privés du roi. Garçon de courses, il emmène aussi chez les bouchers le bétail à abattre pour la table royale. Kisito est bon en sport, principalement en natation et en lutte traditionnelle. Il joue aussi de la musique, en particulier, du xylophone et se fait remarquer par sa jovialité. Tout cela le rend populaire parmi ses compagnons et exerce un certain attrait sur le roi. Kisito est victime d’avances importunes et de harcèlements répétés de la part de ce dernier. Il s’en ouvre au chef des pages de la cour, Charles Lwanga qui le fortifie, puis, n’en pouvant plus, il décide de se cacher chez les missionnaires.

Baptême par Charles Lwanga

Nyika, le tuteur de Kisito, est très attaché à la religion traditionnelle. Néanmoins, il est bien disposé envers les pères missionnaires et ne s’oppose nullement à la conversion des membres de sa famille. Ceux-ci comptent parmi les premiers Ougandais à être baptisés par les missionnaires catholiques. Kisito, à son tour, devient catéchumène enthousiaste et fervent, saisissant toutes les occasions pour s’instruire.

De plus en plus conscient du risque qu’il court, il demande instamment à recevoir le baptême. Mais les missionnaires estiment qu’il est trop jeune et insuffisamment préparé. Kisito insiste et, un jour, refuse de retourner chez lui tant que la date de son baptême n’est pas fixée. Le père Siméon Lourdel (Mapeera), supérieur de la mission catholique, ému d’un désir si obstiné de la grâce, promet de le baptiser dans un mois.

Avant l’échéance, la persécution éclate. On est dans la nuit du 25 mai 1886. Kisito est alors baptisé en hâte sous le nom de Jean-Baptiste par Charles Lwanga qui le rassure : « Si nous devons mourir pour Jésus, nous le ferons ensemble, main dans la main. ».

Martyre et fécondité

Le mercredi 26 mai 1886, Kisito est arrêté avec d’autres chrétiens ayant refusé l’idolâtrie et les pratiques homosexuelles imposées par le roi. Ils sont condamnés à mort et emmenés à Namugongo. Le père Siméon Lourdel écrit : « Les enfants étaient liés, si étroitement serrés les uns près des autres qu’ils ne pouvaient marcher sans se heurter un peu. Je vis le petit Kisito rire de cette bousculade comme s’il eût été en train de jouer avec ses compagnons ».

Le jour de l’Ascension, jeudi 3 juin 1886, les condamnés sont liés avec des lanières, enveloppés de nattes puis déposés sur le bûcher. Alors que les flammes montent, ils prient le Notre Père et s’encouragent mutuellement. Les derniers mots de Kisito sont : « Au revoir mes amis, nous sommes en route ». À la suite de son martyre, des centaines de personnes demandent le baptême. Son père Lukomera, inspiré par le sacrifice héroïque de son fils, exhorte tous les autres membres de la famille à devenir catholiques. Lui-même devient fervent catéchiste et évangélise tout le village. Les gens affluent pour écouter ses instructions et le dimanche soir, il les conduit dans la récitation du chapelet.

Le rapport de la Congrégation pour la cause des saints confirme que les chrétiens brûlés sont morts à cause de leur foi. Le 6 juin 1920, le pape Benoît XV prononce le décret de reconnaissance du martyre et les déclare bienheureux. Ils sont canonisés par le Pape Paul VI à Kampala le 18 octobre 1964. Kisito est le saint patron des enfants et des écoles primaires.

Père Adéchina Samson Takpé

(1) Source principale : Dictionary of African Christian Biography, 1998.

Source :  africa.la-croix

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