Ivory Coast


À KORHOGO, LES RÉALITÉS DU DIALOGUE INTERRELIGIEUX 

El Hadj Navigué Tuo, président du conseil national islamique de Korhogo et du comité interreligieux de la ville/ Guy Aimé Eblotié/LCA

À Korhogo, dans le nord de la Côte d’Ivoire, vivent en communion, musulmans, chrétiens et animistes. Les guides religieux ont réussi à maintenir les liens de fraternité de paix et de cohésion sociale, malgré les velléités des hommes politiques d’opposer les communautés religieuses.

« Ici, c’est d’abord en famille que se vit le dialogue interreligieux, explique Ismaël Soumahoro, musulman, en service à Korhogo. Vous pouvez trouver dans la même famille, des musulmans, des chrétiens et des adeptes de religion traditionnelle, sans que cela ne pose problème aux uns et aux autres. »

Située dans le nord de la Côte d’Ivoire, la Ville de Korhogo, la quatrième ville du pays de par sa population et son économie, est majoritairement musulmane. L’islam s’est installé dans cette région dans les années 1800. « L’islam est la première religion pratiquée à Korhogo, assure El Hadj Navigué Tuo, président du conseil national islamique de Korhogo et du comité interreligieux de la ville. Cette religion est arrivée avec Samori Touré qui passait par la région. Il a pu convertir le premier chef de canton de Korhogo. Cela a facilité l’implantation de la religion dans la ville. »

L’islam, le christianisme et le poro

Avec l’arrivée de l’islam, se pose la question de sa pratique dans une société traditionnelle très attachée au poro, un rite initiatique sociétal et parfois à caractère ésotérique, que doivent pratiquer tous les hommes pour marquer leur entrée dans la vie adulte. « Dans le dogme, c’est un peu difficile de pratiquer l’islam et de faire le poro, car l’islam est une religion monothéiste, soutient l’imam. Mais dans la pratique, vous verrez que certains musulmans sont en même temps des pratiquants du poro jusqu’à leur formation qui dure pendant 7 ans ».

Abdoulaye Soro, l’un des nombreux musulmans pratiquants qui ont déjà fait leur initiation au poro, reconnaît que la question est complexe et tente une explication. « Il y a des initiés au poro qui pensent que les seules divinités dignes d’être adorées sont celles que leurs ancêtres adoraient. Ils croient que le poro est une sorte de religion authentique et que l’islam est une religion importée ».

Au niveau de l’Église, il est admis désormais que l’initiation au « poro communautaire » – qui permet aux jeunes d’être reconnus comme membres de la communauté et revêt un caractère obligatoire – est conciliable avec le christianisme. Cependant, « la plupart des initiés estiment que les poros privés, contrairement au poro communautaire, ne sont pas conciliables avec la religion chrétienne », expliquait, en novembre 2019 à La Croix Africa, le professeur Ferdinand Tiona Ouattara, enseignant-chercheur en histoire, originaire de Korhogo.

Comité interreligieux

En général, les relations entre les différentes religions et leurs guides religieux sont excellentes. « Nous avons des rapports très fraternels ici à Korhogo. L’islam particulièrement n’exclut pas l’installation d’une autre religion. Vous verrez, et c’est très fréquent dans certains quartiers, une mosquée et une église presque côte à côte. Et ça se passe sans problème », fait remarquer l’imam Tuo.

Mais en 2002, la Côte d’Ivoire connaît une rébellion armée qui divise le pays. Les effets de cette crise politique risquent de mettre à mal les relations entre musulmans et chrétiens. Les guides religieux de Korhogo réagissent, et créent en 2004 le comité interreligieux. « C’était une nécessité en raison du conflit politico-militaire, confie l’imam. Voyant que les acteurs politiques avaient voulu transformer leurs querelles politiques en querelles religieuses, nous avons voulu former et informer nos fidèles pour qu’ils n’entrent pas dans leur jeu. »

Aujourd’hui, ce comité présidé par l’imam Tuo mène toujours des activités communes en vue de construire des ponts de paix et de cohésion sociale. La dernière en date était une séance de prière pour l’école qui a réuni, début février, les guides religieux chrétiens et musulmans.

Guy Aimé Eblotié (à Korhogo)

Source: africa.la-croix

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