CAMEROUN

 

Le nouveau directeur des OPM :
"Une Eglise de proximité qui annonce et vit la paix"

Buea (Agence Fides) - "Au Cameroun, nous avons 26 diocèses et l'œuvre missionnaire de l'Église est entre les mains du Seigneur, du Collège des évêques, des missionnaires, de tous les baptisés. Les évêques ont élaboré des stratégies générales pour la mission, qui peuvent être adaptées dans les diocèses en fonction des différentes réalités de notre pays. Notre Église a été soutenue pendant des siècles par des missionnaires venus de l'étranger, principalement d'Europe. Aujourd'hui, cependant, l'Église du Cameroun prend un visage de plus en plus local. Nous avons beaucoup de jeunes venant de toutes les régions de notre pays et nous pouvons dire avec reconnaissance qu'il y a beaucoup de vocations au Cameroun. Nous avons atteint notre indépendance au niveau pastoral, mais nous continuons à avoir un point de référence stable dans de nombreuses congrégations missionnaires", dit-il. C'est ce qu'a déclaré le Père Cletus Ashu Amah, nommé il y a quelques mois Directeur national des Œuvres Pontificales Missionnaires (OPM) au Cameroun (voir Fides 11/5/2022), dans une interview accordée à l'Agence Fides à Buea, la deuxième ville des régions anglophones du Cameroun. Le directeur national fait le point sur la situation et les activités d'une Église bien vivante et en constant élan missionnaire.
"Les congrégations religieuses qui venaient à l'origine de l'étranger, rappelle-t-il, sont maintenant beaucoup plus petites qu'au début, certaines ont quitté le pays. Les missionnaires sont venus, ils nous ont donné la foi et leur influence positive est toujours vivante : ils sont des points de référence pour le clergé local en ce qui concerne le travail missionnaire. L'héritage qu'ils ont laissé est également visible dans la formation de congrégations religieuses locales, qui apparaissent de plus en plus fréquemment. La majorité des membres religieux ou consacrés des congrégations qui sont venus de l'étranger sont aujourd'hui des personnes locales. Il y a une continuité avec les anciens missionnaires, dont le travail est maintenant poursuivi par les religieux locaux".
Selon le père Cltus, l'Église s'efforce de créer la paix et la réconciliation dans les régions anglophones du Cameroun, où la population est prise entre la guerre et l'isolement : "La mission de l'Église dans les régions anglophones est très différente de celle des autres régions et est très affectée par la terrible crise qui sévit actuellement. C'est une énorme difficulté pour l'ensemble de l'Église. Je viens de Bamenda (la capitale des régions anglophones, centre du conflit, ndlr) et je peux dire que j'ai moi-même expérimenté, à plusieurs reprises, ce que signifie être un prêtre catholique dans cette région. J'ai souvent été bloqué dans mes déplacements par des séparatistes armés ou des membres de l'armée et menacé. Cela arrive fréquemment, non seulement dans les zones reculées ou les forêts, mais aussi dans le centre de Bamenda ou d'autres villes des régions anglophones. Lorsque nous devons atteindre les parties périphériques des diocèses pour des raisons pastorales, la tâche présente de nombreuses difficultés, et chaque activité à planifier demande beaucoup plus d'efforts que tout autre domaine. Les évêques de cette région ont élaboré un plan missionnaire spécifique pour la zone, avant même que la crise n'éclate (dans l'édition 2017)".
En ce qui concerne le travail missionnaire, le directeur national de OPM déclare : "La formation des chrétiens commence avec ce que nous appelons l'"Église de proximité", c'est-à-dire de petites communautés dispersées sur le territoire, qui deviennent missionnaires. Les baptisés vont de maison en maison, même sans la présence de prêtres, pour annoncer et témoigner de la foi chrétienne parmi le peuple. C'est maintenant crucial car dans certaines régions, les prêtres ne peuvent pas arriver. Des mois peuvent s'écouler sans qu'aucun prêtre ne parvienne à accéder à certaines zones, et ceux qui y parviennent le font après avoir négocié le passage avec les militaires et les Amba Boys (séparatistes armés, ndlr). Cela nous réconforte de savoir que les personnes se réunissent toujours pour prier et partager la Parole de Dieu'.
La vocation à la paix est très présente : "Dans chaque diocèse, et pas seulement dans les diocèses anglophones, nous essayons de transmettre le message de paix pour le pays. Nous voulons guider le cœur des gens vers la paix, le don de Jésus-Christ. Pour nous, c'est la priorité, c'est un message que les évêques et les prêtres mettent au centre de leur prédication. Je pense qu'il est très important que Mgr Nkea, Archevêque de Bamenda, soit devenu président de la Conférence épiscopale. Il est le premier évêque anglophone d'un siège anglophone à devenir président de la Conférence épiscopale, ce qui met fin aux craintes qui circulaient parfois que l'Église francophone soit prééminente au Cameroun. Dans la Conférence, maintenant, le secrétaire général est anglophone et sur les 20 prêtres en service permanent, cinq sont anglophones. Je suis convaincu que la présence et le travail de Mgr Nkea peuvent apporter une forte contribution à la recherche de la paix". 

Source : fides.org

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