Afrique


Sœur Marcelle, une vie de missionnaire en Afrique


SŒUR MARCELLE/ LUDIVINE LANIEPCE
 
Sœur Marcelle, franciscaine française missionnaire de Marie, fêtera ses 99 ans cette année, dont soixante-seize passés en Afrique de l’Ouest.

Sœur Marcelle déambule dans le jardin au gré des heures de prière et de tricot. « Tant que mes doigts fonctionnent, je fais des couvertures pour ceux qui ont froid », précise-t-elle après la messe. Dans sa 99e année, la religieuse rend grâce chaque matin : « Encore une journée pour aimer et pour vivre ! »

Volonté de servir en Afrique

Marcelle Marie-Josèphe Magnard est née le 8 octobre 1923 à Roche, dans l’Isère. Elle grandit dans le parc du château de Vaugelas, dans le Dauphiné, puis dans celui de Champagne-au-Mont-d’Or, près de Lyon. Ses parents, jardiniers, entretiennent ces propriétés fleuries. « Nous étions une famille unie et pratiquante, raconte-t-elle. Nous priions ensemble tous les soirs. J’ai connu le Seigneur avec mes parents, avant la catéchèse. » La jeune Marcelle répond à un appel : elle sera religieuse sur les routes du monde.

« À 17 ans,j’ai rencontré les franciscaines missionnaires de Marie, cours Gambetta, à Lyon. Je les voyais adorer le Saint-Sacrement, c’était magnifique ! J’ai compris qu’on pouvait être adoratrice et missionnaire. J’étais enthousiaste ! » Le 15 décembre 1942, elle entre au noviciat. Et c’est en Afrique qu’elle espère secrètement servir.

« Beaucoup d’Africains ont fait la guerre et donné leur vie pour la France. J’ai vu ces hommes faits prisonniers… Je me suis dit que je devais aller en Afrique pour parler de Dieu et, en quelque sorte, payer notre dette. » Après avoir revêtu l’habit, elle prend connaissance de son affectation : le Burkina Faso, alors Haute-Volta : « Un cadeau du ciel ! »

Le 10 janvier 1946, à 22 ans, sœur Marcelle embarque alors pour une traversée d’un mois et demi de Marseille à Abidjan, en Côte d’Ivoire. « Il faut imaginer que, à l’époque, les missionnaires partaient pour toujours. Il ny avait pas de retour prévu. » Trois jours de train et des kilomètres de pistes seront encore nécessaires pour rejoindre Kampti, une commune située dans le sud-ouest du Burkina Faso où la congrégation fonde sa deuxième communauté.

« Dieu ne peut pas abandonner le Burkina Faso »

« Nous étions six : une supérieure, deux maîtresses d’école, deux infirmières et moi pour la formation des jeunes filles aux arts ménagers, la préparation des fiancés au mariage et le catéchisme. Je me suis donnée à fond. J’ai fait l’effort d’apprendre le lobiri (l’une des langues locales, NDLR). La vie était très simple. J’admirais ces gens. J’avais fait vœu de pauvreté mais c’étaient eux qui la vivaient au quotidien. »

En 1962, sœur Marcelle poursuit ses missions au Sénégal, au Togo et dans d’autres régions du Burkina Faso. À Ouagadougou, une fois le noviciat fondé, elle formera les novices des 14 communautés de la province du Burkina Faso, du Niger et du Togo au milieu des années 1980. « Les sœurs missionnaires ont fait beaucoup de bien en Afrique, elles ont rendu de grands services aux populations les plus démunies. Je suis aujourd’hui très heureuse de voir cette Afrique chrétienne si vivante et cette foi extrêmement forte, comme en témoignent les milliers de pèlerins à Yagma (ville où se situe un sanctuaire marial où Jean-Paul II s’est rendu en 1990, NDLR). »

Sœur Marcelle n’a jamais regretté de s’être engagée dans la vie religieuse. « Là où on m’envoyait, j’allais ! Dans la vie, il faut savoir s’abandonner et ne pas aller où le Seigneur refuse. » Et c’est désormais à la maison des sœurs aînées de Ouagadougou qu’elle vit, « en attendant de rejoindre la Maison du Père ! », non sans ignorer les violences qui secouent le pays, marqué par un coup d’État en janvier. « Si on pratique l’Évangile, si on s’aime et si on vit avec simplicité, alors le Seigneur peut faire des merveilles. Il faut avoir confiance. Dieu ne peut pas abandonner le Burkina Faso. »

Ludivine Laniepce (à Ouagadougou, Burkina Faso)

Source : africa.la-croix

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