Afrique

 

Prêtres africains appelés à exercer un mandat civil ou politique :
des précédents et des difficultés


Mgr Siméon Ahouana, président de la Conariv et le président Alassane Ouattara/Facebook Conariv

Ces dernières années, dans plusieurs pays africains, des prêtres et évêques ont exercé un mandat de pouvoir civil ou politique. Des fonctions qui les éloignent de l’exercice public de leur ministère sacerdotal, sauf dérogation particulière.

Le 20 mai, le père Hyacinth Alia, célèbre et charismatique prêtre de l’État du Benue, dans l’est de Nigeria a été suspendu de ministère sacerdotal par son évêque, Mgr William Avenya. La raison : il est candidat au poste de gouverneur, sous la bannière du All Progressives Congress (APC), le parti au pouvoir.

En 2019, l’épiscopat nigérian avait déjà prévenu : « Conformément aux normes du droit canonique, nous désirons réaffirmer catégoriquement le fait qu’aucun prêtre catholique ou personne consacrée ne pourra prendre une part active à la lutte politique ».

Cette interdiction a pour base le Code de droit canonique qui, en son canon 285, alinéa 3, stipule qu’il est « interdit aux clercs de remplir les charges publiques qui comportent une participation à l’exercice du pouvoir civil ». À moins que leur ordinaire, jugeant que cela participerait à leur croissance spirituelle et à celle de la communauté, ne leur en donne l’autorisation, comme le précise l’alinéa 4 : « Sans la permission de leur ordinaire, les clercs ne géreront pas des biens appartenant à des laïcs ni des charges séculières comportant l’obligation de rendre des comptes ». C’est par exemple le cas de Fulbert Youlu, premier président du Congo Brazzaville qui, à ses débuts en politique, était soutenu par sa hiérarchie, avant que ce soutien ne lui soit retiré en 1955 quand il voulut se présenter aux élections territoriales.

Le Nigérian Hyacinth Alia a pour sa part accepté sa suspension. Il suit la voie d’un prêtre du même diocèse, le père Moses Orshio Adasu, élu gouverneur de l’État de Benue, le 2 janvier 1992, sous la bannière du Parti social-démocrate (SDP).

Nominations à la tête d’institution

En plus des clercs qui se présentent à des élections, il est arrivé dans plusieurs pays africains que des prêtres soient nommés à la tête de structures de pouvoir politique.

Ces nominations peuvent être sources de tensions au sein de l’Église si des concertations n’ont pas lieu pour juger de l’utilité ou de la nécessité de les accepter. Deux cas illustrent ce constat : la nomination de Mgr Paul Siméon Ahouana, archevêque de Bouaké, dans le centre de la Côte d’Ivoire, à la Commission nationale pour la réconciliation et l’indemnisation des victimes (Conariv) ; celle du père Apollinaire Malu-Malu à la tête de la Commission électorale indépendante (Céni) en RD-Congo.

Mgr Paul Siméon Ahouana et le père Malu-Malu

En Côte d’Ivoire, en 2015, le président Alassane Ouattara avait nommé Mgr Paul Siméon Ahouana, archevêque de Bouaké, dans le centre, président de la Conariv, une structure fondée pour indemniser les victimes des violences post-électorales de 2010-2011.

Étant lui-même archevêque, Mgr Ahouana n’avait pas eu besoin de l’approbation d’un évêque pour occuper un tel poste. Toutefois, dans un communiqué datant du 10 mai 2015, la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire (Cecci) s’était désolidarisée de son choix. Deux ans plus tard, en 2017, l’archevêque de Bouaké démissionnait de ses fonctions à la Conariv.

Un cas analogue s’est présenté en RD-Congo, où la nomination du père Apollinaire Malu-Malu à la tête de la Céni en avril 2013 a été source de discorde. En effet, la Conférence épiscopale du Congo (Cenco) s’était opposée à ce qu’un clerc occupe une telle fonction politique mais son évêque, Mgr Melchisédech Sikuli Paluku, ordinaire de Butembo-Beni (Est), l’avait soutenu. En octobre 2015, le père Malu Malu avait démissionné de la tête de cette commission électorale pour des raisons de santé. Moins d’un an plus tard, en juin 2016, il s’était éteint.

Le père Boni Boni, l’archevêque Kpodzro, le cardinal Monsengwo

Il existe toutefois des cas plus heureux de clercs qui ont assumé des fonctions politiques avec la bénédiction de l’Église et sans heurts majeurs. En Côte d’Ivoire, le père Martial Boni Boni a siégé à la Commission électorale indépendante (CEI) entre juillet 2014 et juillet 2019, pour le compte de la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire. Il siégeait à un poste réservé à la société civile tout comme l’imam Ousmane Diakité, représentant à l’époque, le Conseil supérieur des imams (Cosim).

De son côté, Mgr Philippe Fanoko Kpodzro, archevêque de Lomé entre 1992 et 2007, a occupé une fonction politique importante. En 1991, il a dirigé le Haut Commissariat de la République – une sorte de parlement de transition – dont les travaux ont produit la Constitution togolaise de la quatrième république adoptée en 1992.

Le cardinal Laurent Monsengwo, défunt archevêque émérite de Kinshasa, a lui aussi dirigé, en 1991, la Conférence nationale souveraine (CNS), dont le but était d’organiser de larges consultations populaires face à la crise que traversait alors le Zaïre. En 1992, cette instance, qu’il continuait de diriger, était devenue le Haut Conseil de la République (HCR), puis le Haut Conseil de la République – Parlement de transition (HCR-PT). Il avait démissionné de cette institution en 1996.

Lucie Sarr

Source: africa.la-croix

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