Égypte

 

Le meurtre d’un prêtre copte orthodoxe
suscite l’émotion et l’inquiétude

Le père Arsanios Wadid, de l’Église copte orthodoxe, a été tué dans la soirée du 7 avril à Alexandrie alors qu’il accompagnait des jeunes de sa paroisse sur la promenade de la Corniche. Une enquête est ouverte mais certains fidèles craignent qu’une fois encore, le meurtrier ne soit déclaré fou.

Le père Arsanios Wadid, prêtre de l’Église copte orthodoxe, a été tué à Alexandrie (Égypte) dans la soirée du jeudi 7 avril. Selon un communiqué du ministère de l’intérieur, il a été poignardé alors qu’il accompagnait des jeunes de sa paroisse sur la promenade de la Corniche, le long de la côte méditerranéenne. L’attaque a eu lieu vers 20 heures, à l’heure où les fidèles musulmans rompaient le jeûne du ramadan.

L’agresseur, qui aurait pris la fuite après que des témoins l’ont vu commettre l’attaque à l’arme blanche, a été rapidement appréhendé par des habitants du quartier et remis à la police, a confirmé le ministère de l’intérieur.

« Révéler l’identité et les motivations de l’agresseur »

Les secours auraient tenté de ranimer le père Arsanios mais il est décédé à l’hôpital militaire où il a été transporté. Selon les médias égyptiens, une enquête est en cours « pour révéler l’identité et les motivations de l’agresseur » et le procureur général égyptien a ouvert une information judiciaire.

Dès le lendemain, ses paroissiens en pleurs se pressaient autour du cercueil du père Arsanios, lors de ses funérailles célébrées à la cathédrale Saint-Marc d’Alexandrie. « Un commentaire revient sans cesse : ’Vous verrez : ils vont faire passer le meurtrier pour un fou’ », raconte le journal italien l’Avvenire dans un reportage sur place. « De fait, dans l’après-midi, le gouvernement a déclaré que la personne arrêtée ’souffre de problèmes mentaux et que le motif terroriste est donc à exclure’ », poursuit le journaliste.

Engagement scolaire et social

Cette attaque, perpétrée pendant le mois de ramadan et à l’approche de la fête de Pâques (célébrée cette année le 24 avril par les Églises coptes), réveille de mauvais souvenirs pour les chrétiens égyptiens. Le 9 avril 2017, en pleine célébration des Rameaux, des kamikazes de l’État islamique avaient pris pour cible deux églises du nord de l’Égypte, à Tanta et à Alexandrie, faisant 45 morts.

Né en 1966 et ordonné prêtre par le pape copte orthodoxe Chenouda en 1995, Arsanios Wadid officiait à l’église Sainte-Marie et Saint-Paul-l’Apôtre, située dans le quartier de Karmouz à Alexandrie. Apprécié pour son engagement « scolaire et social », il venait d’être élevé au rang d’higoumène (supérieur d’un monastère) le 16 octobre 2021 par le pape Tawadros II. « L’Église fait l’éloge de ce prêtre béni qui a consacré sa vie à Dieu et lui a donné sa vie aujourd’hui dans le martyre », déclare l’Église copte orthodoxe sur sa page Facebook.

Le patriarche copte catholique, Mgr Ibrahim Sedrak, ainsi que le grand imam d’Al Azhar, Ahmed al Tayeb, ont présenté leurs condoléances à la famille du père Arsanios, au pape Tawadros II et à ses fidèles. Dans son message publié lui aussi sur Facebook, le grand imam rappelle que « le meurtre est un péché majeur » et que, dans le Coran « Dieu a dit que tuer une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terreéquivaut à tuer tous les hommes ». Il alerte aussi sur le risque que de tels actes déclenchent des « guerres de religion entre les enfants d’une même patrie : Tout le monde est appelé à être attentif à un tel stratagème ».

Anne-Bénédicte Hoffner

Source :  africa.la-croix

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