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«Ce motu proprio est un encouragement aux catéchistes»

Père Tibo Albert Kaboré, prêtre du diocèse de Koudougou, au Burkina Faso/DR


Ce mardi 11 mai, le pape François publie le motu proprio « Antiquum ministerium » qui confère au catéchisme une dimension ministérielle.

À l’occasion de la publication de ce texte, le père Tibo Albert Kaboré, prêtre du diocèse de Koudougou, au Burkina Faso et auteur en 2017 d’une thèse de doctorat sur « La vie et le ministère des catéchistes titulaires au Burkina Faso » explicite le rôle des catéchistes dans les communautés chrétiennes.

La Croix Africa : Quelle incidence l’institution du catéchisme en ministère peut-elle avoir, notamment sur les catéchistes ?

Père Tibo Albert Kaboré : Nous devons saluer l’avènement du motu proprio « Antiquum ministerium » qui institue le ministère de catéchiste. Au Burkina Faso, nous sommes en avance sur ce texte car le catéchiste est formé à un ministère qui est différent de ce qui se voit ailleurs, notamment en Occident. Les catéchistes sont formés pendant 4 ans et font deux ans de probation. Ils sont ensuite institués comme agents pastoraux à la suite d’« une titularisation » et officiellement envoyés en mission.

Ce motu proprio peut donc être lu comme un encouragement aux catéchistes dans leur mission. Il faut rappeler que le débat sur l’institution des catéchistes comme ministres n’est pas nouveau dans l’Église. Pour le pape Paul VI, les catéchistes exercent un ministère. Son successeur Jean-Paul II estimait, pour sa part, qu’il était trop tôt pour faire du catéchisme un ministère et voilà que le pape François vient finalement trancher en instituant le catéchisme comme un ministère.

Quel est le rôle du catéchiste en Afrique ?

Père Tibo Albert Kaboré : Le ministère de catéchiste a fortement évolué depuis le Concile Vatican II. Avant cet événement, le catéchiste était omniprésent dans les communautés chrétiennes. Il dirigeait la chorale, faisait la quête, faisait la lecture, sonnait l’Angelus, dirigeait les célébrations sans prêtres, distribuait la communion etc. Il centralisait tous les rôles. Cela portait un coup à la dimension communautaire de sa mission qui est pourtant essentielle. Après le Concile Vatican II, l’Église- Famille du Burkina Faso a jugé bon de ne pas tout centraliser entre les mains du seul catéchiste, estimant qu’il fallait que les autres membres de la communauté participent davantage. De ce fait, les catéchistes ne sont plus omniprésents mais leur présence est de meilleure qualité. Ils ne sont, par exemple, plus les responsables des communautés chrétiennes mais, de par leur formation, ils jouent un rôle de conseiller et de regardant.

Les catéchistes dûment formés dirigent les célébrations de parole en l’absence du prêtre. Certaines paroisses sont en effet, très étendues et le prêtre ne peut s’y rendre plus d’une fois par mois. Il consacre beaucoup d’hosties qu’il laisse au tabernacle. Après la célébration de la parole, le catéchiste distribue la communion. Pour les prières d’enterrement, les catéchistes ne sont désormais plus les seuls à pouvoir les diriger. D’autres laïcs reçoivent également cette mission.

Comment sont choisis les catéchistes ?

Père Tibo Albert Kaboré : La formation des catéchistes dure 4 ans au Burkina Faso. La plupart des écoles souhaitent que leurs futurs pensionnaires soient alphabétisés dans leur langue maternelle. Ce sont, en outre, les couples mariés de catéchistes qui sont privilégiés. Ils passent les examens ensemble et réussissent ou échouent ensemble.

Le processus de recrutement se déroule comme suit. L’école des catéchistes envoie une équipe de recrutement dans les paroisses. Celle-ci étudie les candidatures. Parfois, ces recruteurs organisent même de petits tests. Les élèves ont entre 23 et 30 ans.

De quoi vivent les catéchistes ?

Père Tibo Albert Kaboré : Dans le diocèse de Koudougou dont je suis issu et dans plusieurs diocèses burkinabè, il y a un accord avec l’Église d’Allemagne qui procure un financement pour la formation des catéchistes. On demande aussi aux paroisses de participer à la formation des catéchistes, notamment en envoyant des vivres.

En outre, la formation des catéchistes n’est pas seulement catéchétique et intellectuelle, elle est aussi humaine. Les pensionnaires des écoles de catéchistes sont formés à des métiers de leur choix durant leurs 4 ans de formation. Après l’envoi en mission, l’école de catéchèse organise une remise de matériels à chaque couple de catéchistes. Il s’agit d’une charrue, de 2 ânes, et 2 vélos. En outre, certaines paroisses se débrouillent pour trouver une moto aux catéchistes en activité.

Après l’installation du catéchiste, à la première saison, c’est l’école qui prend en charge le catéchiste. Après, cette première saison, il arrive à vivre de ses activités. Des fêtes de catéchistes sont, par ailleurs organisées au cours desquelles les communautés manifestent leur soutien à ces acteurs en leur faisant de nombreux dons.

Recueilli par Lucie Sarr

Source: africa.la-croix

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