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Être catéchiste en Afrique

Le catéchiste Augustin Lebato Dodo / Lucie Sarr / UO Africa

Mardi 11 mai, le pape François publiera un motu proprio sur le catéchisme. À la veille de cet événement, la Croix Africa propose une enquête sur la mission des catéchistes en Afrique, notamment dans les zones difficiles où manquent les vocations sacerdotales.

Depuis les premières heures du catholicisme en Afrique francophone, les catéchistes ont été un pilier de l’évangélisation comme traducteurs des missionnaires d’abord, ensuite comme animateurs des communautés chrétiennes nouvellement évangélisées.

Des noms de catéchistes ont d’ailleurs traversé les générations comme celui de Louis Wandete, premier catéchiste de Korhogo, dans le nord de la Côte d’Ivoire, ou encore Isidore Bakanja, catéchiste congolais béatifié en 1994 par le pape Jean-Paul II, et le bienheureux Lucien Botovasoa, instituteur et catéchiste malgache béatifié en 2018 par le pape François.

De nos jours, les catéchistes demeurent des acteurs incontournables de la vie pastorale des diocèses d’Afrique, notamment dans les zones où il n’y a pas assez de prêtres.

Manque de prêtres, zones enclavées

Le diocèse de Korhogo à 635 km d’Abidjan compte 29 paroisses, une dizaine de congrégations religieuses et de communautés nouvelles et une trentaine de prêtres- dont une bonne partie est à l’extérieur de la Côte d’Ivoire, en coopération missionnaire ou pour les études. Dans un tel contexte, le catéchiste joue un rôle important.

« Nous avons 160 catéchistes engagés à plein temps dans la pastorale et 286 engagés à mi-temps », explique le père Barnabé Coulibaly, responsable de la formation des catéchistes de Korhogo.

Au manque de prêtres s’ajoutent parfois des difficultés liées à l’enclavement de certaines localités. Augustin Lebato Dodo est catéchiste. Depuis 1966, il s’est mis au service de sa communauté chrétienne à Daloa, à 385 kilomètres d’Abidjan, un diocèse rural dont l’accès est difficile. Daloa compte une vingtaine de paroisses et un peu plus de 80 prêtres. Les paroisses couvrent plusieurs hameaux souvent éloignés les uns des autres et des routes impraticables, notamment pendant la saison des pluies.

Au Mali voisin, Ignace Poudiougou, 58 ans, est catéchiste de Douentza, une communauté villageoise qui dépend de la paroisse cathédrale Saint-Joseph de Mopti, dans le centre, une zone notamment touchée par des attaques terroristes et des conflits communautaires depuis 2012. « Les chrétiens ne sont pas nombreux et les prêtres non plus, explique-t-il. Le prêtre ne peut venir que 2 à 3 fois par an ».

Rôle du catéchiste

Dans les grandes villes et les zones où le nombre de prêtres est important, l’on compte surtout des animateurs de catéchèse dont le rôle se limite à l’enseignement de la catéchèse et à la préparation des catéchumènes aux sacrements. C’est le cas Jupsy Mawula, animateur de catéchèse à la paroisse Saint-Marcel, à Kinshasa. En plus des cours de catéchèse que le jeune Congolais dispense deux fois par semaine aux catéchumènes, il participe à plusieurs mouvements d’Action catholique comme le groupe des lecteurs et les chorales.

Dans les zones enclavées et les diocèses où le manque de prêtres est plus accentué, en revanche, les catéchistes occupent une place centrale dans les communautés chrétiennes. Ils animent des célébrations dominicales, préparent les couples au mariage, dirigent les prières chrétiennes lors des funérailles etc.

« Les catéchistes sont chargés de plusieurs services comme la célébration de la parole – célébration avec lectures textes du jour et distribution de la communion – quand le prêtre n’est pas disponible. Ils animent également les veillées funèbres », explique Tima Soro, catéchiste et gardien du centre des catéchistes de Korhogo, en Côte d’Ivoire.

Dans le pays voisin, au Burkina Faso, le père Martial Ouanhamê Karama est aumônier diocésain des catéchistes de Banfora, dans le Sud-Ouest. « Le catéchiste s’occupe de l’animation de la catéchèse dans la communauté chrétienne, précise-t-il. Il conduit également la célébration lors des Assemblées dominicales en l’Absence du prêtre (A.d.a.p.). Il lui arrive de porter la communion aux malades de sa communauté ». Mais son rôle ne s’arrête pas là. « Dans la vie sociale, le catéchiste œuvre à la cohésion sociale et à l’entraide dans la communauté et dans les familles chrétiennes qui y sont. Il organise l’action caritative au niveau local », ajoute l’aumônier des catéchistes de ce diocèse.

Dans son diocèse de Mopti au Mali, Ignace Poudiougou assume toutes ces fonctions citées par le père Karama. Il prépare également les couples au mariage et anime les funérailles chrétiennes.

Au Sénégal, dans le diocèse de Thies où Alexandre Ndiaye, 60 ans, est catéchiste à la paroisse de Ngoyé Mbayar depuis 1983, les catéchistes ont un peu moins de responsabilités. « Autrefois, les catéchistes dirigeaient des assemblées dominicales en l’absence du prêtre, les prières de funérailles chrétiennes etc. mais c’est de moins en moins le cas car nous avons des prêtres pour le faire », explique-t-il.

Ne confie-t-on finalement pas trop de tâches aux catéchistes ?

Le père André Doulourou Ouattara, secrétaire exécutif national de la catéchèse en Côte d’Ivoire, met en garde contre les risques d’amalgame en ce qui concerne le rôle des catéchistes. « Il y a souvent une confusion du rôle du catéchiste, notamment dans les communautés villageoises, fait-il remarquer. Il lui revient de donner des cours de catéchèse et d’animer les célébrations sans prêtre. Mais il est utile que le curé nomme un chef chrétien, différent du catéchiste, qui a un rôle d’interprétation, de contrôle des activités du catéchiste et de coordination de la communauté. Il convient que ce soit une personne expérimentée et respectée ».

Pour le père Eleuthère Ouensavi, membre de la Société des missions africaines (SMA) et spécialiste en théologie pastorale et catéchétique, il convient de valoriser davantage les catéchistes. « Face aux défis du monde dans son contexte actuel, la revalorisation des catéchistes, l’élévation de la dignité de leur engagement et le fait de leur faire une juste place pour une collaboration plus évangélique et fraternelle n’est-elle pas une nécessité ? »

Formation

La place centrale occupée par les catéchistes, notamment dans les communautés rurales rend nécessaire leur formation. La durée de celle-ci diffère suivant les diocèses et les pays.

Ignace Poudiougou, le catéchiste de Douentza au Mali, a été envoyé en formation par sa communauté villageoise. « J’ai été formé pendant quatre ans au centre de formation des catéchistes Don Bosco de Sévaré (centre) » précise-t-il.

À Banfora, le diocèse burkinabè du père Karama, tous les catéchistes titulaires ont été formés dans les Centres de formation des Catéchistes (CFC) pendant trois ans. Quant aux lecteurs, ils ont été formés pendant deux ans.

Du côté de la Côte d’Ivoire, la formation des catéchistes connaît des difficultés depuis quelques années. « Au moment où j’ai été formé, il y a plusieurs années, notre formation comportait plusieurs aspects : la doctrine chrétienne, la liturgie, la pédagogie, les techniques d’animations pour les adultes et enfants, l’histoire de la Bible etc. et elle durait trois ans », raconte Tima Soro.

Actuellement, la plupart des centres de formation ne fonctionnent plus, ce qui a un impact sur la formation des catéchistes. « Les catéchistes n’ont plus droit qu’à quelques sessions de formation et à des retraites », précise Tima Soro dont l’analyse est approuvée par le père André Doulourou Ouattara.

Prise en charge

De quoi vivent ces catéchistes ? La réponse à cette question légitime varie suivant les pays. « Les catéchistes à mi-temps – qui sont les plus nombreux de nos jours – ont une activité principale, un métier dont ils vivent », explique le père Doulourou.

Ceux qui sont des catéchistes à temps plein sont normalement pris en charge par le diocèse ou la communauté. « Il fut un temps où l’on avait une petite aide, confie Tima Soro. Mais elle est de plus en plus rare ».

« Si je continue de faire la catéchèse, c’est par amour de l’Église », renchérit Alexandre Ndiaye, catéchiste sénégalais. Alexandre a été catéchiste à plein temps pendant 27 ans. À ce titre, il recevait une rémunération comme moniteur d’une école catéchétique. Mais l’école est désormais fermée et Alexandre, bien que limité dans ses déplacements depuis un accident qui l’a contraint à utiliser des béquilles, ne reçoit pas d’aide.

Augustin Lebato Dodo, le catéchiste à Daloa, lui, est planteur de métier même si sa vocation de catéchiste lui prend le plus de temps. « Je le fais bénévolement, précise-t-il. Je mets moi-même du carburant dans ma moto pour parcourir les distances qui me séparent de mes lieux de mission. »

Ignace Poudiougou, le catéchiste de Douentza au Mali, est plus chanceux, il est pris en charge par sa communauté qui s’organise pour qu’il puisse mener sa mission à bien.

Lucie Sarr

Source: africa.la-croix

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