MOZAMBIQUE


Selon un prélat, l'interdiction du culte public
au Mozambique cause des dommages
"beaucoup plus importants"

Cathédrale Notre-Dame-de-l'Immaculée-Conception dans l'archidiocèse de Maputo, au Mozambique.
 

Un archevêque du Mozambique a, dans une déclaration, exprimé ses inquiétudes quant à l'interdiction du culte public dans ce pays d'Afrique australe, affirmant que la mesure prise contre la prévention du COVID-19 cause des dommages "bien plus importants" à la société. 

"La fermeture des lieux de culte peut servir à prévenir une éventuelle contamination des fidèles qui vont prier, mais les dommages qu'elle cause à la société dans la lutte contre cette pandémie sont bien plus importants", déclare Mgr Claudio Dalla Zuanna de l'archidiocèse de Beira dans son communiqué diffusé dimanche 14 mars.  

Si la suspension du culte public au Mozambique est considérée comme une mesure facile, sans coût économique, Mgr Zuanna estime que cette restriction "a peu d'efficacité du point de vue de la prévention, mais elle nous fait croire que nous faisons des pas importants en réalisant peut-être que nous affaiblissons notre société en la privant de son âme."

L'Ordinaire local de Beira explique : "En étouffant la dimension spirituelle et en empêchant la manifestation de la religiosité dans la vie du citoyen, on enlève un élément irremplaçable à Dieu, à la solidarité avec la communauté et à son alimentation." 

"La sécularisation de la société, qui fait de la manifestation religieuse quelque chose de marginal et de réservé à la sphère privée, répond-elle au bien du peuple ou aux agendas de quelques donateurs et agences internationales ?" pose l'archevêque de 62 ans.  

Le 5 mars, le Président du Mozambique, Filipe Nyusi, a prolongé l'interdiction des cultes publics comme mesure de contrôle de la propagation du COVID-19 dans le pays. Le chef de l'État avait interditles rassemblements religieux et sociaux le 4 février.  

Le pays d'Afrique australe a enregistré 64 516 cas de coronavirus, dont 725 décès et 50 380 guérisons. 

Dans sa déclaration, l'archevêque d'origine argentine affirme que les rassemblements religieux jouent un rôle important dans l'éducation du peuple de Dieu aux mesures COVID-19. 

"Toutes les mesures de prévention, comme on le souligne à juste titre, ne peuvent pas faire grand-chose sans la participation responsable de chaque citoyen", dit-il et il pose la question suivante : "Comment nous éduquer à cette responsabilité, à cette attention à l'autre ? Les religions n'ont-elles pas une contribution à apporter ?" 

Au milieu de ces restrictions, Mgr Zuanna appelle le peuple de Dieu de cette nation d'Afrique australe à considérer ces mesures comme une occasion de renforcer le culte dans les familles. 

"Le fait de ne pas pouvoir se réunir en communauté, de ne pas avoir nos réunions de catéchisme, nous fait découvrir que l'Église est une famille de familles, que notre foyer a vocation à être "l'Église du foyer, un espace de manifestation et de croissance de la foi"", explique Mgr Zuanna. 

Il ajoute que le fait de ne pas pouvoir participer à la célébration eucharistique dominicale "souligne que la vie chrétienne ne se réduit pas à une célébration, mais qu'elle est féconde et se manifeste dans la vie quotidienne, familiale, professionnelle et sociale."

Faisant référence à l'Évangile de saint Jean, l'archevêque ajoute : " Ne pas pouvoir recevoir régulièrement le Corps du Christ dans l'Eucharistie nous fait découvrir la valeur des paroles de l'Évangile où Jésus dit : "Si quelqu'un garde ma parole, moi et le Père, nous viendrons à lui et nous ferons notre demeure en lui" (Jn 14, 23). "

L'archevêque de Beira ajoute que le fait de ne pas avoir de cours de catéchisme est une invitation pour les fidèles à "assumer la nécessité de notre formation chrétienne avec l'écoute fréquente de la Parole de Dieu et à être les évangélisateurs de nos enfants."

"Nos liturgies sont une expérience de rencontre avec Dieu ; mais parfois les manifestations extérieures nous détournent de l'essentiel : la prière personnelle favorise la rencontre avec Lui", dit-il. 

Faisant référence au triduum pascal, l'archevêque affirme que la célébration sera marquée tout en appréciant que les restrictions du COVID-19 indiquent "la centralité de la famille dans l'expérience de la foi et sa transmission ; vivre la foi dans la vie quotidienne au-delà des moments de célébration ; rendre grâce pour la communion avec Dieu qui ne se limite pas à la communion eucharistique ; écouter la Parole de Dieu avec nos enfants, cultiver la prière personnelle, manifester notre joie pour la grande fête de Pâques".

"Nos églises fermées ressemblent à Jésus emprisonné et cloué sur la croix ; mais c'est même à travers cette immobilité qu'Il a manifesté sa proximité avec notre humanité souffrante et nous a sauvés en vainquant la haine, le péché et la mort", dit-il encore.

" Que Marie, la femme courageuse au pied de la croix, se réjouisse avec nous lorsqu'elle rencontre le Ressuscité qui nous dit : La paix soit avec vous", implore Mgr Zuanna.

 

ACI Africa a été officiellement inaugurée le 17 août 2019 en tant qu'agence de presse catholique continentale au service de l'Église en Afrique. Ayant son siège à Nairobi, la capitale du Kenya, cet apostolat médiatique s’efforcera de faciliter la narration de l’histoire de l’Afrique en assurant une couverture médiatique des événements catholiques sur le continent africain, en donnant une visibilité aux activités de l’Église en Afrique, où les statistiques montrent une croissance significative continent devenant peu à peu l’axe du catholicisme. Cela devrait contribuer à la prise de conscience et à l'appréciation du rôle important de l'Église en Afrique et, au fil du temps, à la réalisation d'une image réaliste de l'Afrique qui reçoit souvent un encadrement négatif des médias.

P. Don Bosco Onyalla
Rédacteur en chef, ACI Afrique
donyalla@aciafrica.org

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