COTE-D’IVOIRE

En Côte d’Ivoire, la guerre des chefs n’aura pas lieu

Les cartes de l’élection présidentielle de l’automne prochain sont rebattues après le renoncement du président ivoirien Alassane Ouattara à briguer un troisième mandat.

Alassane Ouattara a mis fin à une interminable partie d’échecs entre les trois mêmes joueurs qui s’affrontent au gré d’alliances et de divorces depuis plus de vingt ans : Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo et lui-même. Devant le Parlement réuni en congrès extraordinaire, jeudi 5 mars, le chef de l’État ivoirien a annoncé qu’il ne se présentait pas pour un troisième mandat à l’élection présidentielle, prévue le 31 octobre.

En déclarant vouloir « transférer le pouvoir à une jeune génération », le président a pris tout le monde de court, à commencer par certains parlementaires de la majorité qui ont vivement protesté avant d’applaudir. Ces derniers mois, Alassane Ouattara, 78 ans, que l’on dit fatigué, laissait planer le doute sur sa candidature. Il ne devait s’exprimer qu’en juin. Bien que la constitution ivoirienne n’autorise que deux mandats, il estimait avoir le droit de se représenter en raison du changement de Constitution en 2016, ce que contestait l’opposition.

Une « décision historique », tweete Emmanuel Macron

Selon le politologue Sylvain N’Guessan, « le président essaie de soigner sa sortie de la scène politique ivoirienne. C’est une manière de marquer l’histoire. Il n’y a pas eu de transition pacifique dans le pays depuis 1995. »

Dans un tweet, Emmanuel Macron a de son côté salué une « décision historique ». Même sentiment chez Issiaka Diaby, président des victimes de guerre : « Pour nous les victimes, c’est une très bonne chose, cela montre que la Côte d’Ivoire est en train de devenir un État démocratique. »

Un acte pour apaiser un climat politique tendu
« C’est un acte important qui permet d’apaiser l’environnement », a affirmé l’opposant Pascal Affi N’Guessan, ancien premier ministre de Laurent Gbagbo. « Le président Ouattara a libéré tout le monde. Il faut savoir faire l’impasse », a renchéri la députée Véronique Aka, du parti d’Henri Konan Bédié.

Ce renoncement déstabilise les adversaires historiques du président en exercice, alors que beaucoup d’Ivoiriens sont lassés des querelles des vieux briscards. L’ancien président Henri Konan Bédié, 85 ans, qui n’écarte pas l’idée de se présenter, aura-t-il intérêt à imiter son ancien allié et laisser sa place ? Quant à Laurent Gbagbo, 74 ans, il n’est pas certain de rentrer en Côte d’Ivoire avant le scrutin. Il manœuvre depuis Bruxelles où il est en liberté conditionnelle, dans l’attente d’un procès en appel de la Cour pénale internationale dans le dossier des violences postélectorales de 2010-2011, qui ont fait plus de 3 000 morts.

Guillaume Soro, seul candidat déclaré
Le climat politique est déjà tendu, sept mois avant le scrutin, notamment en raison de la composition de la commission électorale. Sylvain N’Guessan note que « monsieur Ouattara cristallise beaucoup de passions chez ses sympathisants et beaucoup de haine parmi ses opposants ».

L’ancien chef de la rébellion Guillaume Soro est le seul à s’être déclaré candidat. Accusé de complot, sous le coup d’un mandat d’arrêt en Côte d’Ivoire, il vit actuellement en France. Pourrait-il renouer avec Alassane Ouattara, originaire du nord comme lui, dans un pays où le vote est communautaire ?

La présidentielle connaîtra sans doute son lot de rebondissements. Le président devrait désigner un dauphin pour défendre son bilan. Si le premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, technocrate de 61 ans, fait figure de favori, d’autres ministres ont aussi des velléités.

« Il faudra rester extrêmement vigilants sur les modalités d’organisation du scrutin, met en garde une source diplomatique. Il y a des risques de fraudes massives et s’il y a un sentiment de braquage électoral, des violences pourraient éclater ».

Source: la-croix.com

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