Bénin

Le principe de la laïcité dans le vivre-ensemble des religions

Au Bénin, le principe de la laïcité a valeur constitutionnelle. L’État n’a pas de religion. Les religions, quant à elles, cohabitent sans heurts majeurs en un contexte de prolifération anarchique de sectes religieuses proposant des recettes miraculeuses.

«La laïcité, explique le professeur Jérôme Alladayè, historien des religions, c’est le principe selon lequel l’État doit se tenir à égale distance de toutes les religions». Au Bénin, ce principe est consacré par l’article 2 de la constitution qui dispose que «la République du Bénin est une et indivisible, laïque et démocratique».

Aux yeux du professeur Alladayè, «la laïcité aujourd’hui est effective de trois points de vue: l’affirmation de la liberté de conscience des citoyens, c’est-à-dire la liberté de choisir sa religion, la liberté de l’État vis-à-vis des religions et, réciproquement, la liberté des religions vis-à-vis de l’État».

Tolérance des insignes religieux
Aujourd’hui au Bénin, un certain effort de respect de la liberté de culte des uns et des autres est observé dans les institutions publiques. Des religieuses catholiques inscrites dans les universités publiques s’y rendent en habit religieux.

C’est le cas de la mère générale des sœurs Oblates Catéchistes Petites Servantes des Pauvres (Ocpsp). La mère Anicette Quenum, maître de conférences des universités du conseil africain et malgache de l’enseignement supérieur (Cames), enseigne la littérature à l’Université d’Abomey-Calavi, la plus grande université publique du pays. Une autre, la sœur Florentine Houédénou y est chef du Département des sciences de l’éducation et de la formation. L’on note en outre dans la même université la présence d’un Institut de langue arabe et de culture islamique (Ilaci).

Dans les écoles confessionnelles, notamment «au Collège Père Aupiais –renseigne le Père Acapovi– certaines apprenantes musulmanes portent le voile». «Mais on y fait ni du communautarisme ni du prosélytisme» précise-t-il.

«Vente aux enchères de Dieu»
Cet indicateur positif de la manière dont les religions vivent dans un climat de tolérance est marqué par la cohabitation dans certaines zones de Cotonou de plusieurs religions ou églises différentes. Tandis qu’à Ouidah dans le sud du Bénin, la basilique de l’Immaculée-Conception fait face au Temple vaudou des pythons, la Paroisse sainte Cécile de Cotonou partage son espace avec le temple d’Iroko, celui-ci étant, «le seul arbre qui, dans l’aire culturelle Aja-Tado ainsi que dans la mystique Vodun, est considéré comme un arbre Vodun, (…) l’Arbre de vie dans la mystique Vodun» (1). Mais cette cohabitation pacifique des religions cache des imperfections.

L’on note en outre depuis quelques années au Bénin une prolifération de sectes religieuses. «Ça devient une véritable occasion de vente aux enchères de Dieu; on fait croire toutes les possibilités de guérison, d’enrichissement, etc. L’État, en la matière, a du pain sur la planche. C’est une grosse problématique pour la laïcité», signale le professeur Alladayè.

Le Père Ambroise Kinhoun, Recteur du Grand Séminaire Mgr Louis Parisot de Tchanvédji (Sud-Bénin), pour sa part, attire l’attention sur le paradoxe entre la forte religiosité en Afrique et le visage des cités. «Les temples, les églises et les lieux non officiels de culte parsèment les villages et quartiers de ville. (…) Les églises sont remplies et embellies mais les cités sont délabrées et insalubres. La confiance en Dieu est patente mais la méfiance entre les hommes est latente».(2)

Juste Hlannon, à Cotonou

(1) Mahougnon Kakpo, L’Iroko. L’arbre de vie dans la mystique Vodun, Cotonou, Les Editions des Diasporas, 2017, p. 24.
(2) Ambroise Kinhoun, Les nouveaux païens dans l’église. Connaître les pathologies des religions, Cotonou, Les Éditions IdS, 2018, pp. 17-18.

Source ; africa.la-croix.com

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