Afrique

Mgr Barthélemy Adoukonou, un apôtre de l’inculturation en Afrique

Théologien, sociologue, Mgr Barthélemy Adoukonou est l’un des principaux penseurs de l’inculturation en Afrique. Il a également été le premier Africain secrétaire du Conseil pontifical pour la culture, poste qu’il a occupé entre 2009 et 2017.

Rentré au Bénin en 2017, son pays d’origine, pour sa retraite, il a lancé l’Institut supérieur de sciences religieuses Notre Dame de l’Inculturation qui forme les agents pastoraux.

C’est à la bibliothèque du centre Notre Dame de l’inculturation à Cotonou que Mgr Barthélemy Adoukonou nous reçoit. Désormais à la retraite, le patriarche bientôt octogénaire fut secrétaire du Conseil pontifical pour la culture jusqu’en 2017. Depuis cette date, il a renoué avec une de ses passions : l’enseignement, notamment à travers l’Institut supérieur de sciences religieuses Notre Dame de l’Inculturation (ISSR-NDI) érigé par ses soins le 28 mai 2018.

« Cet Institut intervient, explique-t-il, pour remettre en cause ce qui est fait jusque-là en ce qui concerne la formation des agents pastoraux. Elle propose alors une « ratio formationis », qui veut restructurer les formations existant en la matière ».

Mgr Adoukonou a, à son actif, deux thèses de doctorat. La première, en théologie, défendue à l’université de Ratisbonne le 25 mars 1977 sous la direction du professeur Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI – nommé archevêque de Munich le jour-même de la soutenance de son étudiant – et la seconde en Lettres et sciences humaines à la Sorbonne en 1988.

La passion pour l’inculturation
L’intérêt du jeune Barthélémy Adoukonou pour l’inculturation s’est affirmé dès le séminaire, à 16 ans. « En ma qualité de doyen des séminaristes d’Abomey et de Bohicon (Sud), j’avais organisé pendant les vacances 1958-1959 un « camp mission » à Cana (Sud), raconte-t-il. Deux à deux, on allait dans des couvents pour annoncer Jésus-Christ et, inversement, entendre les prêtres des Vodun nous parler de leurs divinités, leurs histoires et modes de fonctionnement ». Cette passion sera affinée progressivement, notamment après son ordination sacerdotale en 1966 et des études en théologie et en sociologie.

En 1970, le père Adoukounou fonde le cercle de réflexion Sillon noir-Mèwihwendo. « L’objectif principal de l’Abbé Adoukonou en ce moment – précise le père Bertrand Adjadohoun dans un livre dédié au théologien africain (1) est d’encourager les jeunes théologiens africains en général et béninois en particulier, (…) à se rendre attentifs aux réalités africaines et à celles propres à leur pays, afin d’être les auteurs, les acteurs et les animateurs d’une théologie africaine ». Grâce à une approche participative, Mgr Adoukonou a mené et suscité de nombreux travaux de recherche en vue d’une meilleure connaissance de la culture africaine pour « une évangélisation/transformation de l’intérieur ».

Pour lui, « l’inculturation, c’est cette œuvre de transformation évangélisant le sujet ecclésial de l’intérieur et qui l’amène à une rencontre avec la Croix du Christ, lui qui réorganise tout le mental, toute la culture à son point de départ qu’est la personne pensante et agissante ».

Nouveaux horizons pour le théologien
Outre l’inculturation, Mgr Adoukounou s’intéresse de plus en plus aux questions touchant à la post-modernité. « À cette heure où notre continent est aux prises avec les nouvelles divinités – l’argent, le pouvoir et le plaisir – et qu’il assiste impuissant à la corruption de son potentiel d’avenir, sa jeunesse, par la puissance anonyme dénommée « Communauté internationale », le Seigneur veut faire de chacun, chacune de vous, un David face au Goliath hyper-puissant de la postmodernité », faisait-il remarquer, le 24 février 2019 à 5 000 jeunes du diocèse de Cotonou.

Parlant de Mgr Barthélemy Adoukonou, le cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements le présente comme « un fils d’Église qui a consumé ses énergies pendant de longues années au service de Dieu, de l’Église, de la foi et de l’intelligence de la foi ».

Juste Hlannon

(1) Bertrand Alphonse Comlan Adjadohoun, « Pour une herméneutique des signes des temps en contexte culturel africain » in Nouveaux jalons pour une théologie africaine. Mélanges en hommage à Monseigneur Barthélemy Adoukonou, (textes réunis et présentés par Edouard Adé et Paul Béré, Paris, L’Harmattan, 2018, p.306

Source: africa.la-croix

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