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LA JACINTHE D’EAU: UN POISON DEVENU DE L’OR AU BÉNIN

Le logo de l'ONG JEVEV (Jeunesse et emplois verts pour une économie verte) - Bénin
Le logo de l'ONG JEVEV (Jeunesse et emplois verts pour une économie verte) - Bénin 

Au Bénin, des jeunes ont réussi à mettre en valeur la jacinthe d’eau. Cette plante aquatique envahissante représentait un grand obstacle pour le quotidien de la population de la Basse vallée. Sa transformation en plusieurs produits représente aujourd’hui une grande opportunité pour le développement et l’économie durable. C’est ce qu’a expliqué à Vatican News Henri Totin, jeune entrepreneur béninois et directeur exécutif de l’ONG Jevev, Jeunesse et emplois verts pour une économie verte.

Stanislas Kambashi,SJ – Cité du Vatican

Au Bénin, la valorisation de la jacinthe d’eau demeure une préoccupation à cause d’une multiplication anarchique de cette espère de plante aquatique, qui est très invasive. C’est une sorte des macrophytes envahissantes les plus répandues dans le monde. De son nom scientifique Eichhornia crassipes, elle est la plus présente dans certaines contrées africaines. «La science a prouvé que en huit mois, si vous prenez un seul plant de jacinthe, il peut se multiplier en 655.000 environs de nouveaux plants ; ce qui constitue une grande prolifération….», a expliqué Henri Totin, dont l’ONG travaille à la transformation de la jacinthe d’eau notamment en engrais, en objet d’art, en mobilier et en d’autres accessoires.

Un «poison» transformé en «or vert»

A cause de sa multiplication rapide, la jacinthe d’eau devient invasive, ce qui porte «beaucoup d’impacts négatifs» notamment pour la communauté de la Basse vallée, contrée d’origine de Henri Totin. Le déplacement devenait en particulier difficile, la plupart d’activités de la population se menant sur l’eau: le marché, l’hôpital, et tout le quotidien.

Les habitants de la contrée ont particulièrement pris conscience à la suite du décès d’un parent à monsieur Totin, les tapis formés sur l’eau par la jacinthe ayant empêché de l’acheminer rapidement à un centre de santé. Les jeunes du milieu ont alors commencé à mener des recherches. Grâce à leurs découvertes, ils ont transformé ce «problème en opportunité». Aujourd’hui, ils utilisent cette plante aquatique pour produire du fertilisant qu’ils ont surnommé «compost magique», ainsi dénommé car «c’est du poison…transformé en or vert». Il est utilisé par tous les agriculteurs du milieu et la plante est devenue la «matière première, la plus précieuse du milieu», a précisé le jeune entrepreneur béninois.

A la lumière de «The Economy of Francesco»

La jacinthe d’eau ne représente plus un danger pour ces jeunes, car ils y voient de la matière première et du travail. Ils l’utilisent dans l’artisanat, en fabricant des emballages biodégradables, des paniers, des objets d’art, des chaussures, etc. Ils réfléchissent actuellement sur d’autres projets à base de cette plante, à la lumière notamment des valeurs de «The Economy of Francesco», Henri Totin ayant participé fin septembre à Assise à la rencontre «l’Economie de François», qui véhicule les valeurs d’un nouveau modèle de développement et d’une économie au service de l’humain, respectueuse de l’éthique et de l’environnement.

L’ONG Jevev entend continuer à créer des petites entreprises et des coopératives inclusives et participatives dans des communautés vulnérables, particulièrement pour les jeunes, les femmes et les personnes vivant avec handicap. Ils ont également le projet de création d’un centre «The Economy of Francesco» pour poursuivre et matérialiser les idées du Pape François.

L’amélioration de la vie socioéconomique

Les activités autour de la jacinthe d’eau ont aussi apporté une amélioration au niveau du social et de l’économie de la Basse vallée, au point de réguler le quotidien des riverains qui en sont désormais fiers. Il existe aujourd’hui au Bénin plus d’une vingtaine de coopératives: des entreprises inclusives, participatives et d’épargne; chacune d’elles s’étant spécialisée sur un maillon de production d’un produit à base de l’espèce aquatique. Elles produisent du compost (pour l’«agriculture écologique»), du «charbon vert», des fibres pour la culture au sol, des produits artisanaux comme des chapeaux que les riverains mettent sur la tête, etc. Les fibres séchées de cette plante permettent de recueillir les liquides ou produits dangereux déversés sur l’eau, comme le carburant.

Une économie respectueuse de l’environnement

Selon Henri Totin, sur le plan environnemental, des résultats quantitatifs de leurs recherches ont prouvé que l’utilisation de la jacinthe d’eau permet de réduire les émissions des gaz à effet de serre; notamment grâce aux composts, qui sont des intrants chimiques agricoles utilisés dans des champs à proximité des rivières.

Les activités menées autour de cette plante permettent aussi la réduction des risques des inondations et l’amélioration de la qualité de l’eau. Les tapis formés par l’accumulation de Eichhornia crassipes empêchent un recyclage naturel des nappes aquifères, car privée des rayons solaires. Arracher les plants permet ainsi d’avoir une bonne eau et de réduire des risques de certaines contaminations. A cette amélioration s’ajoute la reconstitution de la faune aquatique: puisque la jacinthe couvre les surfaces des eaux, il n’y a plus assez d’oxygène pour les poissons et d’autres espèces aquatiques.

Sur le plan social, note Henri Totin, il y a une fluidité de la navigation fluviale. Aucune pirogue n’est retenue par les nappes de jacinthes. Les activités sont génératrices des revenus.

Les activités de l’ONG Jevev

Outre la jacinthe, les activités de l’ONG Jevev est étendue à d’autres activités comme le changement climatique, le recyclage des sachets plastiques, l’économie verte et circulaire, l’éducation environnementale, la recherche et innovation pour trouver des solutions locales aux problèmes des communautés (celles vulnérables surtout), etc. Une fois acquis une technique, «l’on peut maintenant faire le transfert des technologies». Les jeunes des pays voisins comme le Togo, le Burkina Faso se sont déjà rendus au Bénin pour apprendre et partager les expériences.

Aux jeunes entrepreneurs africains, Henri Totin conseille de repenser la manière d’entreprendre, en créant des entreprises sociales, finalisées à résoudre des problèmes sociaux des communautés, plutôt que celles qui sont seulement profiteuses des gains.

Source: vaticannews

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