African priests


PRÊTRES AFRICAINS,
ILS ENTRENT AU GOUVERNEMENT DE L’ÉGLISE DE FRANCE
 

La Conférence des Evêques du Togo encourage à la professionnalisation des prêtres/Charles Ayetan/LCA/Illustration

Le nombre de prêtres « venus d’ailleurs », en particulier d’Afrique, ne cesse d’augmenter au sein de l’Église de France. Depuis quelques années, des prêtres africains prennent des responsabilités de plus en plus importantes au sein des diocèses français.

« Un prêtre africain, vicaire général d’un diocèse français, ça ne va pas de soi. » Pour illustrer son propos, le père Pascal Molemb Emock, qui occupe cette charge à Avignon depuis 2015, n’a pas à chercher bien loin dans ses souvenirs. Il raconte comment, lors d’une ordination d’un évêque dans la province de Marseille, qui comprend huit diocèses, on lui a gentiment indiqué la sacristie des prêtres alors qu’il était dans celle des évêques et des vicaires généraux.

Une tendance lourde

« J’y vois l’expression d’une situation encore exceptionnelle », témoigne le prêtre camerounais, arrivé en France en 2004 comme séminariste et ordonné pour le diocèse d’Avignon en 2007. S’il a pu parfois se percevoir comme un « ovni », il n’est pourtant pas le seul prêtre d’origine africaine à prendre des responsabilités au sein des diocèses français. C’est même une tendance lourde.

Ils sont quelques-uns – à Verdun, Belfort ou encore Évry – à avoir été nommés vicaire général, une sorte de « premier ministre » de l’évêque. Récemment, Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, a choisi le père Christophe Valia, originaire du Burkina Faso, comme membre du conseil épiscopal. En effet, plus largement, ces dernières années, de nombreux prêtres africains deviennent vicaires épiscopaux ou membres du conseil épiscopal – la structure de gouvernement autour de l’évêque – dans une vingtaine de diocèses.

Alors que le recours aux « prêtres venus d’ailleurs » – selon la formule consacrée dans l’Église de France – s’avère de plus en plus important, il n’est pas surprenant de voir certains d’entre eux « prendre du galon ». Dans certains diocèses, les prêtres africains constituent plus de la moitié du presbyterium, voire davantage, comme à Évry.

Des prêtres qui connaissent le diocèse

Le père Juvénal Rutumbu est arrivé en France après la guerre civile au Rwanda. Rapidement, il se voit confier des responsabilités dans le diocèse d’Évry qui l’accueille, jusqu’à être nommé vicaire général en 2018 – une mission qu’il achèvera fin août. « Sur le coup, j’ai été surpris et je n’y ai pas vu un signal particulier, mais le fait de m’appeler était une façon de reconnaître que j’étais intégré, notamment sur le plan pastoral, et que je pouvais apporter quelque chose comme prêtre connaissant bien le diocèse, témoigne-t-il. Vu la diversité des prêtres et des communautés dans l’Essonne, nommer un prêtre africain peut sembler normal. »

Pourtant, pour ces prêtres, accepter de telles missions ne relève pas de l’évidence. Sollicité pour devenir vicaire épiscopal par l’archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, en 2019, le père Aimé-Rémi Mputu Amba a beaucoup hésité avant de dire oui. Arrivé en 2000 de République démocratique du Congo, ce dernier, l’un des premiers prêtres africains du diocèse, craint alors de « prendre la place de quelqu’un », lui « qui vient d’ailleurs ».

Une intégration pas toujours simple

Ne s’estimant pas légitime, il liste même les prêtres pouvant assurer cette charge. Mais Mgr Lebrun insiste que c’est un « signe fort pour témoignerque les prêtres qui viennent d’ailleurs ne sont pas simplement là pour boucher les trous, mais manifester l’universalité de l’Église ». Le père Mputu Amba se sent désormais « pleinement associé au gouvernement du diocèse » et n’a pas senti d’opposition ou de critiques.

Car ces parcours, attestant d’une intégration réussie, ne masquent pas les difficultés réelles dans l’accueil des prêtres africains, de plus en plus nombreux. La découverte d’une autre culture ecclésiale peut dérouter ces hommes qui ne sont pas toujours bien reçus par les communautés. « Quand je suis arrivé, il n’y avait pas de prêtres africains, depuis, la situation a changé très rapidement, rappelle le père Molemb Emock. Les fidèles s’adaptent, mais il peut y avoir des grincements de dents ici ou là. »

Pour ces prêtres, il peut être « blessant » d’entendre qu’ils ne sont là que pour pallier le manque de vocations sacerdotales en France, comme le souligne le père Armand Moudilou Silaho, membre du conseil épiscopal du diocèse de Grenoble depuis 2018, originaire du Congo. Lui, n’avait pas l’intention d’y faire de la figuration. « J’avais dit à l’évêque que quand j’aurais quelque chose à dire, je le dirais, souligne-t-il. Je suis là pour apporter avec ma culture africaine. J’ai appris aussi la patience et découvert le ministère de l’évêque. » Un ministère qui pourrait être une prochaine étape.

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« Ils ne sont pas uniquement de passage »

Mgr Pascal Wintzer
Archevêque de Poitiers

« La proportion des prêtres africains – et plus généralement étrangers – est forte dans bien des diocèses occidentaux. Il est important de comprendre qu’ils ne sont pas uniquement des “supplétifs” ou de passage pour rendre service, mais qu’ils peuvent, selon leurs aptitudes et leur durée de présence, participer au gouvernement du diocèse. J’ai appelé deux prêtres africains, présents depuis plus de quinze ans, au conseil épiscopal comme vicaires épiscopaux. J’ai entendu quelques questions, mais je suis resté ferme dans mon choix. C’était une manière de manifester que ce ne sont pas des situations provisoires et qui, en outre, correspondent à ce qu’est notre société au-delà même de l’Église. »

Arnaud Bevilacqua

Source: africa.la-croix

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