DRC


LE CRI D’ALARME DU PAM SUR LA CRISE ALIMENTAIRE

2022.04.22 Programme alimentaire mondial au Congo Programme alimentaire mondial au Congo 

La crise alimentaire qui sévit en République démocratique du Congo (RDC), notamment dans la région centrale du Kasai, est l’une des plus grandes crises de la faim au monde, avec près de 27 millions de personnes souffrant d’insécurité alimentaire, alerte le Programme alimentaire mondial (PAM). L’organisme humanitaire appelle à agir sans tarder.


Entretien réalisé par Christian Kombe, SJ – Cité du Vatican

Si la crise de la faim atteint plus du quart de la population congolaise, c’est plus de 6 millions de personnes qui sont confrontées à l’insécurité alimentaire dans la seule région du Kasai. «Il y a des taux élevés d’insécurité alimentaire et de malnutrition persistante dans la région centrale (du pays), le Kasai, qui se remet d'un conflit intense et traumatisant depuis les années 2016-2017», rappelle Alexandre Reounodji, chef du sous bureau Kananga du PAM en RDC.

Quand la guerre engendre la faim

Ce n’est pas une révélation. La guerre engendre la faim. «60% de la population mondiale souffrant de la faim se trouve dans les pays en conflit», souligne M. Reounodji. La région du Kasai a payé un lourd tribut à cause du «conflit qui a opposé de 2016 à 2019 le pouvoir de l’Etat aux partisans de la famille royale Kamuina Nsapu». Ayant débuté dans la province du Kasai central, le conflit  s'est étendu à l'ensemble du grand Kasai, touchant les provinces du Kasai, du Kasai oriental, du Lomami et du Sankuru. «Cette situation sécuritaire a engendré des déplacements massifs de populations et a causé la mort d’environ 500.000 personnes, les destructions des récoltes, des infrastructures de base», précise M. Reounodji.

Dans le reste du pays, les conflits sont également un facteur d’aggravation de l’insécurité alimentaire, notamment dans les provinces orientales de l’Ituri et du Nord-Kivu, théâtres des violences qui n’épargnent pas les travailleurs humanitaires.

Pas seulement la guerre

Mais la guerre n’est pas la seule raison de la crise alimentaire qui touche la RDC. La situation économique délicate et fragile du pays, la pauvreté croissante et la répercussion socio-économique de la pandémie Covid-19 ont grandement contribué à réduire la production alimentaire et aggraver la faim, note M. Reounodji.

Par ailleurs, «la faible performance des productions agricoles due à la mauvaise répartition des pluies», les ravageurs des cultures et les répercussions des diverses éclosions de la maladie à virus Ebola, peuvent également expliquer l’ampleur de la crise, analyse l’homme de terrain du PAM à Kananga. Ces facteurs variés mettent en évidence la connexion entre la crise alimentaire et les crises économique, sécuritaire, écologique et sanitaire.

Programme alimentaire mondial au CongoProgramme alimentaire mondial au Congo

La guerre en Ukraine, facteur aggravant

«La Russie et l'Ukraine exportent ensemble environ 30 % du blé mondialL'Ukraine est devenue le plus grand fournisseur d'aliments du PAM tel que l'huile de tournesol, par exemple, au cours de ces 10 dernières années». La guerre en Ukraine est donc un facteur aggravant de l’insécurité alimentaire, non seulement au Kasai et en RDC, mais également en Afrique et dans le monde entier.

«Le coup des opérations du PAM dans le monde devrait augmenter de 29 millions de dollars par mois suivant les analyses faitesSi l'on ajoute aux augmentations persistantes de 42 millions de dollars depuis 2019, les coups supplémentaires auxquels le PAM est confronté s’élève au total à 71 millions de dollars par mois», s’inquiète l’humanitaire. En RDC, c’est donc des milliers des personnes affamées qui risquent de voir leur ration coupée à cause du manque de financement. «1 à 2 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir de sous-nutrition à cause de la réduction de ces exportations alimentaires de la Russie», précise Alexandre Reounodji.

Agir sans tarder

Le Programme alimentaire mondial des nations unies intervient en RDC, en particulier dans le grand Kasai, pour «sauver les vies à travers les activités d’assistance alimentaire,  dans les zones de précarité en denrées alimentaires de base».  Ces activités comprennent également le traitement de la malnutrition chez les enfants 6 à 59 mois, les femmes enceintes et allaitantes, ainsi que l'alimentation scolaire des enfants à l’âge scolaire.

Programme alimentaire mondial au CongoProgramme alimentaire mondial au Congo

Le PAM intervient également dans les zones nexus, «c’est-à-dire des zones de mise en œuvre des programmes conjoints; zones de convergence des différents projets et activités qui lient l’humanitaire, la paix et le développement». Il collabore aussi avec la FAO, l’UNICEF et d’autres acteurs à l’élaboration et la mise en œuvre des projets de renforcement de la résilience des populations face aux chocs de la crise alimentaire.

Cependant, les moyens disponibles ne correspondent nullement à l’ampleur des besoins. Face à la situation critique de l’insécurité alimentaire en RDC, l’organisme humanitaire tire la sonnette d’alarme: «Nous appelons l’attention des bailleurs, des donateurs sur la situation qui se passe ici sur le terrain. Cette situation est vraiment critique».

Source : vaticannews

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