Benin


L’ENGAGEMENT DES JEUNES AU SEIN DE L’ÉGLISE

Le Bénin s’apprête à célébrer, le 18 avril, le 160e anniversaire de l’arrivée dans le pays des premiers missionnaires, les pères Francesco Borghero et Francisco Fernandez, de la Société des missions africaines (Sma). En prélude à cette commémoration, La Croix Africa a interrogé des chrétiens béninois à propos du rôle des jeunes au sein de l’Église au Bénin, hier et aujourd’hui.

L’histoire révèle que l’implication des jeunes dans l’œuvre de l’Église au Bénin est aussi vieille que son implantation dans le pays. « Tirant leçon de l’échec des franciscains et des capucins qui ont essayé, au XVIIe siècle, d’évangéliser certaines contrées du Dahomey (ancien nom du Bénin, NDLR.) et qui avaient axé leur action en direction surtout des rois, notamment à Ouidah et à Allada, lesquelles actions furent vaines, les pères de la Société des missions africaines (Sma) ont plutôt, dès leur arrivée, pris comme cible première, la jeunesse » explique le professeur Jérôme Alladayè.

« Ils ont compris, ajoute l’historien des religions, que les jeunes sont, d’une part, des âmes plus malléables, et, d’autre part, que ces jeunes, une fois évangélisés et convertis, seraient des ferments au sein de leurs milieux de vie ». L’enseignant universitaire indique que « c’est ce qui explique que la création des écoles ait été une stratégie importante de l’implantation missionnaire dans le pays ».

Le 10 février 1862, en effet, soit moins d’un an après leur arrivée, les premiers missionnaires fondaient au Fort portugais de Ouidah, la première école catholique du Dahomey, laquelle va s’atteler à la formation des jeunes qui deviendront les premières élites du pays. De 1960 à aujourd’hui, l’action des jeunes au sein de l’Église s’est renforcée progressivement.

Un jeune dans la délégation de l’Église à la Conférence nationale

À la Conférence nationale tenue du 19 au 28 février 1990 (qui a donné naissance à la démocratie au Bénin), l’Église était représentée par quatre personnes dont Mgr Isidore de Souza qui dirigea le présidium de ces assises. Alain Adihou qui représentait, au sein de cette délégation, les jeunes catholiques du pays, s’en souvient avec force émotion : « C’était, pour moi, un grand honneur et une inestimable responsabilité historique ».

Aujourd’hui sexagénaire, il a encore en tête l’insigne engagement des jeunes au sein de l’Église à l’époque : « Dans ma jeunesse, les jeunes catholiques ne voulaient pas se contenter de la compréhension du laïc d’avant le Concile Vatican II : le “non-clerc” ». Et d’ajouter : « Comme jeunes, nous n’avions pas peur d’être reconnus catholiques ».

Pour sa part, le père Clément Marie Bonou, franciscain de l’Immaculée, 51 ans, qui a représenté les jeunes du diocèse de Cotonou aux Journées mondiales de la jeunesse en France en 1997, se souvient de la ferveur des mouvements de jeunesse des années 1990 : « Comme jeune, j’étais très engagé dans les activités ecclésiales, le scoutisme et les mouvements d’action catholique ». Il témoigne de ce que cette ambiance lui a apporté : « L’animation des écoles de foi et de prière de l’aumônerie diocésaine des jeunes de Cotonou m’a donné un “pli intérieur” qui me conduira, par la suite, à la vie religieuse ». Mais aujourd’hui encore, les jeunes catholiques béninois sont confrontés à divers défis.

Des défis

« Le principal défi que je relève au niveau de la jeunesse catholique béninoise et celle de Cotonou en l’occurrence, c’est le défi de la profondeur spirituelle », indique le père Francis Adimou, aumônier diocésain des jeunes à Cotonou : « Nos églises sont pleines de jeunes mais, dans les moments de difficultés, ils n’hésitent pas à prendre d’autres chemins, ce qui montre que leur vie spirituelle est à asseoir davantage et c’est ce à quoi nous travaillons au niveau de l’aumônerie ».

Yannick Noulekoun, animateur principal de la jeunesse diocésaine de Cotonou, corrobore en affirmant : « Nous jeunes, devons découvrir, nourrir et garder notre identité chrétienne malgré les difficultés auxquelles nous sommes parfois confrontés tout en allant à l’école de nos aînés afin de mieux poser les pas face aux réalités d’aujourd’hui ».

Mais c’est à la redécouverte même de l’Église qu’appelle l’ancien ministre catholique Alain Adihou : « Les jeunes catholiques africains doivent mieux connaître leur Église, l’aimer, aimer l’Afrique, les défendre à temps et à contretemps. Quelles responsabilités et quels défis ! ».

Juste Hlannon (à Cotonou)

Source: africa.la-croix

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