Tanzania


DÉCÈS DU PRÉSIDENT JOHN MAGUFULI, UN FERVENT CATHOLIQUE

Le président John Magufui, collectant la quête le dimanche 28 avril/ Capture d'Ecran

Le président tanzanien John Pombe Magufuli est décédé mercredi 17 mars. Catholique fervent, il accordait une place primordiale à la foi. Il avait pourtant de nombreux points de désaccords avec l’Église catholique.

C’est la vice-présidente, Samia Suluhu Hassan, qui l’a annoncé : le président John Pombe Magufuli est décédé mercredi 17 mars à l’hôpital Emilio Mzena de Dar es-Salam, officiellement, des suites de problèmes cardiaques dont il souffrait depuis plus de dix ans. Depuis plusieurs jours, le président tanzanien n’était plus apparu en public et des rumeurs persistantes assuraient qu’il souffrait d’un covid-19 sévère.

Décédé à l’âge de 61 ans, ce catholique fervent suscitait pourtant assez souvent les vives critiques de l’Église. Celle-ci avait d’ailleurs durement critiqué ses dérives autoritaires en 2018. « Les activités des partis politiques, tels que les rassemblements publics, les manifestations, les marches, les débats à l’intérieur de locaux, qui sont pourtant le droit de chaque citoyen, sont suspendus jusqu’aux prochaines élections », avaient notamment dénoncé les évêques tanzaniens dans leur mandement de Carême en 2018. Ils avaient aussi fustigé « des violations de la Constitution et des lois nationales » et la fermeture de certains médias.

Gestion de la pandémie de Covid-19

La gestion de l’épidémie de Covid-19 par le défunt président avait également irrité l’Église catholique. Si sa stratégie de jeûne et de prière mis au sommet de la lutte contre le Covid-19 avait, au début été saluée, son entêtement à nier l’existence de la pandémie dans le pays a suscité un certain nombre de réactions dans l’Église catholique. En juin 2020, John Magufuli avait effet assuré que « le coronavirus a été éliminé par Dieu » en Tanzanie.

L’Église avait pris le contre-pied de ce discours, invitant au respect de mesures barrières. Dans un message publié le 26 janvier, Mgr Gervas Nyaisonga, président de la Conférence épiscopale de Tanzanie a insisté sur la prévention. « Notre pays n’est pas une île, avait-il fait remarquer. Nous avons toutes les raisons de prendre des précautions et de prier Dieu pour que nous puissions être sauvés de cette pandémie. » Il a ensuite ajouté qu’« il y a une nouvelle vague d’infections à coronavirus et plusieurs pays ont confirmé qu’ils traversent une période difficile en ce qui concerne la propagation du coronavirus et l’apparition de décès ».

Le 3 mars, l’Église catholique tanzanienne a assuré avoir perdu 25 prêtres et 60 religieuses entre décembre 2020 et février 2021 de symptômes ressemblants à ceux du Covid-19.

Depuis plusieurs mois, les statistiques de Covid-19 dans le pays ont cessé d’être publiées.

Respect des libertés religieuses

Très pratiquant, John Pombe Magufuli se voulait également défenseur de la liberté religieuse. Lors de la messe d’installation de Mgr Gervas Nyasionga, archevêque de Mbeya (sud-ouest), dimanche 28 avril 2019, le chef de l’État tanzanien avait surpris en collectant la quête. La vidéo postée sur les réseaux sociaux est très vite devenue virale. À la fin de la messe il avait rappelé, en présence des autres confessions religieuses que « La Tanzanie n’a pas de religion d’État » et sa « Constitution prévoit la liberté de culte ». « J’assure donc tous les Tanzaniens que mon gouvernement continuera à protéger les libertés prévues par la Constitution », avait-il insisté.

John Magufuli ne tolérait pas les offenses aux religions. Le 11 février 2020, Daniel Maleki, un fonctionnaire accusé d’avoir déchiré et piétiné un exemplaire du Coran dans une vidéo, en a fait l’expérience. « Nous ne pouvons pas continuer avec des travailleurs stupides dans ce gouvernement. Vous avez pris la responsabilité de l’arrêter, moi je le licencie », avait-il réagi, quatre jours après l’arrestation du fonctionnaire. Quelle que soit l’issue de son procès, « il n’est plus fonctionnaire, il va se trouver un autre emploi », avait insisté le président.

Arrivé au pouvoir en 2015, Magufuli inaugurait un second mandat après sa réélection en octobre 2020, à la tête de la Tanzanie majoritairement chrétienne avec 61 % contre 35,2 % de musulmans.

Guy Aimé Eblotié

Source: africa.la-croix

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