Ivory Coast

« Évitez-nous une autre guerre ! », le cri de cœur des évêques ivoiriens aux acteurs politiques

À quelques mois de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, les tensions dans le débat politique sont de plus en plus vives.

Cette situation a poussé la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire (Cecci), rassemblée à Agboville (Sud-Est) pour sa 113e Assemblée plénière, à interpeller les acteurs sociopolitiques et les autorités du pays, les invitant à préserver la paix.

« Évitez-nous une autre guerre ! », ce leitmotiv répété cinq fois dans le discours des évêques ivoiriens, dans leur message à la Nation au terme de la 113e Assemblée plénière dimanche 23 juin, en dit long sur leur préoccupation quant à la situation sociopolitique du pays. « À tous les acteurs de la vie sociopolitique, à quelque niveau qu’ils soient, nous lançons ce cri de cœur, qui est aussi celui du peuple », insistent-ils, expliquant qu’à travers ce message, ils doivent « éviter à [notre] au pays, une autre crise ».

En parlant d’« autre » « crise » ou « guerre », les évêques font allusion aux deux crises qu’a connues le pays : en 2002 et une autre plus récente en 2010-2011 qui avait commencé après le deuxième tour de l’élection présidentielle.
Alors que le pays se prépare à l’élection présidentielle en 2020, le débat politique est de plus en plus tendu. Le président Alassane Ouattara laisse planer le doute sur un troisième mandat et les rapports sont tendus entre ses partisans et ceux d’Henri Konan Bédié, ancien président, son ex-allié. L’entente n’est pas non plus des meilleures avec son ancien premier ministre et ancien président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro qui affiche des ambitions présidentielles. L’ancien président Laurent Gabgbo, quant à lui, a été libéré sous condition par la Cour pénale internationale en janvier mais réside actuellement à Bruxelles. Son éventuel retour suscite de nombreuses supputations.

Mission prophétique
Les évêques ivoiriens qui revendiquent leur « mission prophétique », estiment, par cette déclaration, répondre à leur devoir de contribuer à la construction d’« une Côte d’Ivoire rassemblée dans l’unité et la paix ».
« Nous souhaitons que ces débats, qui ont cours actuellement dans un environnement de crise sociale sur fond politique, se poursuivent dans un climat de sérénité et dans un souci de recherche authentique de la paix », explique encore la Cecci qui se fait le porte-parole de la population. Selon elle, la population vit dans une « peur généralisée ». « Peur liée à la réalité des conflits intercommunautaires récurrents, aux questions d’insécurité, du foncier, de l’occupation illicite des forêts classées, de l’orpaillage clandestin et des problèmes relatifs à l’identité ivoirienne », détaille-t-elle.

Déjà, à l’ouverture des travaux de son Assemblée plénière, le 18 juin, la Cecci avait appelé les acteurs politiques à dépassionner les débats et à « désarmer leurs bouches ». « De votre bouche ne doit sortir aucun mauvais propos, mais plutôt toute bonne parole capable d’édifier, quand il le faut, et de faire du bien à ceux qui l’entendent », avait-elle exhorté, reprenant la phrase de Saint-Paul.

Achever le processus de désarmement
L’épiscopat ivoirien demande, en outre, au gouvernement « au nom de la paix, de poursuivre et d’achever le processus du désarmement », car, estime-t-il, « les armes circulent encore » et « ce n’est un secret pour personne ». Déplorant les conflits intercommunautaires qui se déclenchent sporadiquement dans le pays, il s’étonne que les armes blanches et de guerre circulent au cours d’affrontements entre communautés. Les derniers en date ont eu lieu entre communautés baoulé et malinké à Béoumi, dans le centre-nord du pays, le 16 mai.

Lucie Sarr

africa.la-croix.com

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