Sudan

Au Soudan, la minorité chrétienne au cœur de la révolution

Au Soudan, des groupes chrétiens ont participé au vaste mouvement de contestation populaire qui a conduit au renversement du régime d’Omar-el-Béchir par l’armée.

Dans ce pays où la Constitution garantit la liberté religieuse, dans les faits, l’islam est la religion d’État et les institutions civiques s’inspirent de la charia. 
Les leaders religieux chrétiens espèrent que le vent de la révolution soufflera sur la liberté religieuse.

Mgr Yunan Tombe Trille Kuku, évêque du diocèse d’El-Obeïd, dans le centre du Soudan, estime que la révolution populaire en cours depuis plusieurs semaines, serait vaine si elle n’aboutit pas à la liberté de culte pour les non musulmans. « Un mouvement de la société civile a réuni, pour la première fois, tous les Soudanais et l’Église en fait partie, s’est réjoui l’évêque d’El-Obeïd. Cependant, les derniers développements pourraient ne rien vouloir dire à l’Église… à moins que le système les traitant comme des ONG (organisations non gouvernementales) soit supprimé. »

Dans ce pays de 40 millions d’habitants, les chrétiens représentent 5 % de la population contre plus de 90 % de musulmans. La Constitution garantit la liberté religieuse, mais dans les faits, l’islam est la religion d’État et les institutions civiques s’inspirent de la charia. En outre, les groupes religieux sont tenus de s’inscrire auprès du gouvernement en tant qu’ONG à but non lucratif.

Selon le rapport fourni par l’Observatoire de la liberté religieuse en 2018, l’intolérance religieuse y est très forte. L’apostasie, le blasphème, le prosélytisme et d’autres « infractions religieuses » sont traités par les magistrats conformément aux lois et pratiques fondées sur la jurisprudence islamique. Ces dernières années, les condamnations pour blasphème ont augmenté.

Les chrétiens, une minorité religieuse dans les rues
Depuis décembre 2018, période où ont commencé les manifestations massives contre la réduction des subventions publiques accordées au gouvernement pour le pain et le carburant, les chrétiens, en particulier les jeunes, sont en première ligne. Le 11 avril, Omar-El-Béchir a été renversé par l’armée, sous la pression de la rue. Celle-ci réclame maintenant la restitution immédiate du pouvoir aux civils. Jeudi 25 avril, 1 million de personnes ont marché dans les rues de Khartoum la capitale.

Ces manifestations ont permis aux groupes chrétiens d’exiger plus de liberté. Le 14 avril, devant un service de prière organisé devant le siège de l’armée et réunissant des responsables d’Églises protestantes soudanaises, dont des presbytériens, des baptistes et l’église du Christ du Soudan, le pasteur Rafaat Sameer Masaad, responsable du Synode évangélique au Soudan, a déclaré à la foule : « des années après que Jésus a mené une révolution contre l’esclavage, l’injustice, la division et la haine, la vie de ses fidèles au Soudan est encore difficile. L’État nous traite comme une bande d’espions étrangers travaillant à la destruction de notre patrie. Mais nous remercions Dieu pour le réveil de notre conscience au cours de cette révolution. » Pour lui, les manifestations ont été une chance pour le peuple d’aller au-delà des divisions religieuses pour construire « une identité nationale soudanaise unificatrice et inclusive ».

Pour sa part, Mgr Kuku espère que le « nouvel esprit » des jeunes manifestants « brisera le tabou de parler des chrétiens et de leurs églises ». Pour lui, après 70 ans de restrictions des activités de l’Église, il est important que les lois qui entravent la liberté religieuse changent et pas seulement les attitudes. Si l’évêque d’El-Obeïd affirme apprécier la volonté des manifestants de débarrasser le pays de la dictature d’Omar-El-Béchir, il avoue craindre que le Conseil militaire donne le pouvoir à un dirigeant civil qui ferait taire les voix appelant au changement.

Lucie Sarr

Source : africa.la-croix.com

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