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PÈRE ATTOMATOUN : « LE CHANGEMENT CLIMATIQUE FREINE LE POTENTIEL DE DÉVELOPPEMENT EN AFRIQUE » 

Père Nestor Attomatoun

Le père Nestor Bidossessi Attomatoun, prêtre béninois de la communauté de l’Emmanuel, du diocèse de Porto-Novo, est l’initiateur du projet Laudato Si qui promeut l’écologie intégrale au Bénin. Alors que se poursuit le sommet de Charm El-Cheikh sur la protection de la nature, il apporte son éclairage.

La Croix Africa : À vos yeux, quelles sont les urgences climatiques en Afrique ?

Père Nestor Bidossessi Attomatoun : En Afrique même s’il y a des priorités en matière d’action pour contrer le réchauffement climatique, tout semble urgent dans les domaines de répercussion des cités. Toutefois, nous reprenons ici la liste des urgences signalées par l’encyclique Laudato Si’ et relayées par les différentes conférences épiscopales d’Afrique en insistant sur la recherche de la paix, postulat de toute action visant le développement intégral.

En effet, l’urgence se trouve dans l’écoute du cri des pauvres : « beaucoup de pauvres vivent dans des endroits particulièrement affectés par les phénomènes liés au réchauffement ». C’est ce qui permet de comprendre la dénonciation de l’épiscopat africain sur l’atteinte à la biodiversité.

C’est dans la résolution du problème lié à la biodiversité que se trouve l’une des solutions pour la situation des réfugiés climatiques dont on ne parle pas dans nos assises internationales. Il ne serait pas exagéré d’inscrire la cause des migrants climatiques parmi les urgences comme l’indique le pape François dans l’encyclique Laudato Si’ : « ces migrants ne sont pas reconnus comme réfugiés par les conventions internationales et ils portent le poids de leurs vies à la dérive, sans aucune protection légale ».

À toutes ces urgences signalées s’ajoute le problème de la recherche de la paix. En effet, il ne saurait avoir une vraie solution aux problèmes écologiques en Afrique et dans le monde, sans la fin de la guerre. C’est la conviction du saint pape Jean-Paul II qui soutenait que « n’importe quelle forme de guerre à l’échelle mondiale provoquerait d’incalculables dommages d’ordre écologique ».

Quelle est la meilleure manière pour l’Église de sensibiliser sur l’écologie ?

Père Nestor Bidossessi Attomatoun : Pour aider l’Afrique à saisir les enjeux climatiques actuels, il importe de tenir un langage soucieux de la qualité de vie désirée et recherchée en insistant sur les effets du changement climatique sur la vie quotidienne. Beaucoup se plaignent par exemple de l’intensité de la chaleur ou des inondations constatées dans plusieurs régions d’Afrique, mais peu sont ceux qui lient tout cela aux changements climatiques.

Par ailleurs, l’option d’une éducation environnementale devrait être une des priorités de la sensibilisation sur le changement climatique en Afrique. L’écologie devrait trouver sa place dans l’éducation en Afrique. Il s’agira de repenser un itinéraire pédagogique dans nos structures scolaires qui permette d’éveiller assez tôt chez les jeunes le réflexe écologique pour le bien de notre maison commune. La sensibilisation au changement climatique, pour porter du fruit devrait prendre en compte tous les âges en ciblant premièrement les enfants et les adolescents afin d’éveiller en eux l’éco-citoyenneté.

Il est aussi merveilleux de constater par ailleurs que plusieurs projets pastoraux prennent en compte les défis environnementaux en suscitant un style de vie favorable à la préservation de l’environnement. Nous pensons à toutes ses campagnes de luttes contre les sachets plastiques organisées par les associations dans les paroisses et structures ecclésiales.

Dans les débats sur la protection de la nature, s’adjoint la question de la justice climatique notamment promue par l’Église africaine. Comment faut-il la comprendre ?

Père Nestor Bidossessi Attomatoun : La question de la justice climatique est devenue l’un des thèmes favoris de notre mission de prophète et de défenseur des pauvres en Afrique. L’épiscopat a compris qu’il ne peut s’occuper des pauvres sans s’intéresser aux structures qui les créent. La crise écologique est indissociable de son aspect social. C’est ce qui justifie ses missions de plaidoyer pour la justice sociale.

Il n’est de doute pour personne que le changement climatique freine le potentiel de développement en Afrique alors que notre continent contribue seulement à 3 % d’émission de gaz à effet de serre dans le monde. Les grands pollueurs tels que les États-Unis et la Chine sont en grande partie responsables de la crise climatique. Il est donc juste qu’ils apportent leur contribution pour y remédier. Il leur revient de financer l’adaptation au climat, les pertes et les dommages, en aidant les pays dits ‘‘du Sud’’à atteindre des niveaux de développement justes.

Il est à noter également que l’injustice climatique prend de l’ampleur au regard des lois internationales qui contraignent les pays en voie de développement dans l’exploitation de leurs ressources naturelles. Par exemple, la plupart des normes relatives à l’exploitation de l’eau opérées par certains pays africains sont influencées par les normes internationales, alors que les problèmes ne sont pas les mêmes.

Recueilli par Lucie Sarr

Source : africa.la-croix

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