Chad


VIOLENTE CHARGE DU CHEF DE L’ÉTAT
CONTRE LES RESPONSABLES CHRÉTIENS


Place de la nation du Tchad, 23 December 2018/Yacoub/https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/

Le président de la transition du Tchad, le général Mahamat Idriss Déby, a vivement dénoncé la position des Églises catholique et protestante sur le dialogue national. Selon le président, elle relève du « genre de choses qui ont conduit à la guerre civile de 1979 ». Ces Églises qui dénoncent des dysfonctionnements ont suspendu leur participation à ce dialogue.

En suspendant leur participation au dialogue national inclusif et souverain, les guides religieux catholiques et auraient pris parti pour un camp politique contre un autre et « c’est très dangereux ». C’est la mise en garde émise samedi 10 septembre par le général Mahamat Idriss Déby, président de la transition militaire au Tchad, après la décision des Églises catholique et protestante de retirer leurs délégués du dialogue national.

Se disant « contraints » à ce retrait « pour ne pas cautionner la main mise d’un groupe sur le processus de ce dialogue », les évêques tchadiens regrettaient, samedi 3 septembre, « que le caractère inclusif et souverain de ce dialogue s’effrite »

Le chef de l’État a vivement réagi à la décision des évêques catholiques, suivis par les Églises protestantes qui ont également suspendu leur participation aux assises. « Ce sont des hommes de Dieu. Nous sommes dans une République laïque. Leur rôle, n’est pas de faire de la politique, [mais] de nous guider, de nous conseiller. Mais pas prendre une partie et laisser l’autre. Ce qui est en train de se faire est très dangereux », a vivement déploré le président Déby, appelant « à la responsabilité, à prêcher la paix, à prêcher l’unité ».

« Une guerre nourrit par un sentiment d’injustice »

Le fils d’Idriss Déby, qui a succédé à son père à la tête de l’État tchadien en 2021, s’est même fait plus rude encore : « c’est ce genre de choses qui nous ont conduits à la guerre civile de 1979 », la deuxième guerre civile de ce pays d’Afrique centrale opposant dans un premier temps les différents mouvements Front de libération nationale du Tchad aux forces armées tchadiennes régulières, et par la suite ces différents mouvements entre eux, entre février 1979 et juin 1982.

Sur les réseaux sociaux en revanche, de nombreux catholiques tchadiens ont apporté leur soutien à leurs responsables et exprimé leur indignation face à ce que la plupart qualifient de « tentative d’intimidation »« Le rôle de l’Église n’est pas de venir applaudir les actions du gouvernement, mais d’agir en faveur des populations, écrit l’un d’eux sur Facebook. Si elle trouve que le dialogue en cours n’offre pas l’occasion de défendre les pauvres, il n’y a pas de raisons qu’elle continue de participer. Elle ne cherche pas à plaire aux hommes. »

Mauvaise gouvernance

« Sans doute le président du conseil militaire de transition oublie que cette guerre de 1979 s’est nourrie d’un sentiment d’injustice éprouvé par une partie des Tchadiens, ceux qui se sont rangés du côté d’Hissène Habré, un des principaux protagonistes de cette guerre », tempère de son côté le jésuite tchadien Rodrigue Naortangar, dimanche 11 septembre.

À ses yeux, « si ces religieux qui n’ont eu de cesse de prêcher la justice et la paix depuis des décennies se sont retirés, c’est bien que l’heure est gravePlutôt que de les accuser, il serait plus opportun de prendre au sérieux leur avis et ainsi de mettre fin à l’injustice, à l’impunité et autres attitudes de mauvaise gouvernance qui exaspère des Tchadiens de tous bords. »

Guy Aimé Eblotié

Source :  africa.la-croix.com

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