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« EN AFRIQUE, ON BAPTISE LES GENS SANS EN FAIRE DES CHRÉTIENS »


Journée « le catéchiste à l’écoute de son pasteur », messe à sainte Rita de Kisantu/Prisca Materanya/LCA
 

Auteur de nombreux ouvrages, le père Alain Clément Amiézi, sera ordonné le 24 septembre évêque d’Odiénné, dans le nord de la Côte d’Ivoire.

Pour avoir une « Église adulte » en Afrique, « il faut réinventer la participation des laïcs », analyse-t-il auprès de La Croix Africa.


La Croix Africa : Quel regard portez-vous sur l’état de la foi en Afrique ?

Père Alain Amiézi : La majorité de nos Églises d’Afrique a déjà célébré le centenaire d’évangélisation. Logiquement, on devrait parler d’Église adulte. Mais au niveau qualitatif, l’on se rend compte que le travail à faire reste immense. Aujourd’hui, dans plusieurs pays d’Afrique, après les grandes festivités qui accompagnent la réception du baptême, le pourcentage de ceux qui continuent et qui achèvent leur initiation chrétienne à travers la confirmation est très faible. Le nombre de fidèles vraiment engagés dans le social ou en politique selon les vertus de l’Évangile est infime. On baptise les gens sans en faire des chrétiens, on donne les sacrements sans évangéliser.

Les responsabilités de cette situation sont partagées. De mon point de vue, elle est liée, d’une part, au fait que certains catéchumènes demandent le baptême pour de mauvaises raisons et d’autre part, à la qualité de la formation reçue.

Quel devrait être l’impact du baptême dans la vie des chrétiens africains ?

Père Alain Amiézi : Il y a essentiellement l’engagement prophétique qui comporte trois dimensions. D’abord une cohérence chrétienne qui nous invite à rompre avec la dichotomie qui existe souvent entre la vie de foi et la vie de tous les jours, au travail, à l’école ou en famille. La vie chrétienne n’est pas un manteau que l’on porte à l’entrée de la paroisse pour le retirer à la sortie.

La deuxième dimension, c’est le témoignage courageux. Nos pays africains ont besoin de chrétiens capables de sortir de la logique du « tout le monde fait comme cela », et de vivre leur foi à travers leur engagement au niveau social, économique et politique.

La troisième dimension est d’avoir une spiritualité qui permet aux chrétiens d’affronter avec courage les problèmes existentiels. Il y a des formes de spiritualité qui tétanisent nos chrétiens, qui les infantilisent à travers des prédictions, des paroles de connaissance, au point où leurs forces vives sont annihilées.

À qui incombe cet engagement prophétique pour une Église adulte ? Aux clercs ou laïcs ?

Père Alain Amiézi : Il faut qu’ensemble, clercs et laïcs puissent travailler au bien de l’Église. Les clercs doivent jouer pleinement leur rôle de formateur, d’accompagnateur et de guide. Ils doivent, en outre, collaborer pleinement avec les laïcs pour qu’il y ait ce qu’on appelle dans l’Église une responsabilité commune.

Depuis le concile Vatican II, nous ne sommes plus du temps où le prêtre faisait tout et où le laïc était un observateur passif. Dans une perspective historique, on se rend à l’évidence que depuis l’arrivée des missionnaires, les laïcs ont participé d’une manière active à l’évangélisation notamment à travers les catéchistes. Aujourd’hui, il faut réinventer la participation des laïcs dans la vie de l’Église en tenant compte des réalités nouvelles.

À ce propos, il faut considérer le phénomène des communautés et fraternités nouvelles, qui ne sont pas sans apports, mais peuvent aussi poser des problèmes. Il arrive en effet qu’elles plongent les chrétiens dans l’obscurantisme et qu’elles les infantilisent. Il est impératif pour les pasteurs de vérifier les critères d’« ecclésialité » de ces groupes de prières.

Guy Aimé Eblotié

Source : africa.la-croix

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