Africa


ENGAGEMENT AFRICAIN ET SYNODALITÉ

Catéhdrale Ste Odile de Bondoukou en Côte d'Ivoire/ Crédit: Fraternité Matin.

L’exhortation apostolique post-synodale Africae munus fête son anniversaire le 19 novembre, en pleine phase diocésaine du synode sur la synodalité.

Le dixième anniversaire de l’exhortation apostolique post-synodale Africae munus coïncide opportunément avec la phase diocésaine du synode sur la synodalité. L’occasion de se rappeler que deux assemblées synodales ont été consacrées spécifiquement à l’Afrique. La première a donné naissance à l’exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Africa publiée en septembre 1995 par le pape Jean-Paul II.

Celle-ci recueillait les orientations et les options pastorales des pères synodaux pour une nouvelle évangélisation du continent africain. Ce faisant, elle faisait sienne l’idée-force de « l’Église-Famille de Dieu », une expression qui met l’accent sur l’attention à l’autre, la solidarité, la chaleur des relations, l’accueil, le dialogue et la confiance. 14 ans plus tard Africae munus, l’« engagement africain », a été publiée le 19 novembre 2011 à Ouidah au Bénin, à la suite de la seconde assemblée synodale sur l’Afrique, lancée en 2009.

Augmentation des baptisés en Afrique

Ces assemblées synodales sur l’Afrique sont d’autant plus importantes que le nombre de baptisés sur le continent est en constante croissance. Ainsi, en 2015, le Vatican avait recensé un peu plus de 222 millions de catholiques en Afrique, soit environ 17 % de la communauté catholique dans le monde. Ce chiffre est passé à 228 millions en 2016.

En 2019, plus de huit millions de personnes ont été baptisées sur le continent africain. Cette croissance pose plusieurs défis dont celui de « l’évangélisation en profondeur » car comme le soulignait, en 2017 par Mgr Roger Houngebdji, archevêque de Cotonou. « Malgré la grande vitalité de notre Église, qui se manifeste par le nombre important de baptêmes et de vocations, le manque d’approfondissement de la foi demeure, faisait-il remarquer dans une interview avec La Croix Africa. Le syncrétisme religieux est très prononcé. Beaucoup de catholiques croient encore à d’autres divinités ou participent aux cultes d’autres églises ».

C’est d’ailleurs, ce que dit, en utilisant d’autres termes, Boa-Thiemele Ramsès, professeur de philosophie à l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan. « L’augmentation des catholiques n’est pas forcément un signe de croissance. Pour qu’il en soit ainsi, il faut réellement une renaissance du baptisé, une participation effective à récréer le monde dans le Christ ». Ce besoin d’approfondissement de la foi a aussi été souligné par le deuxième Synode des évêques sur l’Afrique.

Africae munus et l’évangélisation en profondeur

Dans Africae munus, le pape Benoît XVI estime, en effet que l’engagement de l’Église en Afrique la pousse à « approfondir la vocation chrétienne ». Car l’approfondissement dans la foi ne peut faire l’économie des réalités africaines qui imposent à l’Église de s’engager pour la réconciliation, la justice et la paix dans un continent à l’histoire douloureuse, marquée par des conflits de toutes sortes. C’est peut-être là une des clés de compréhension du très fort engagement sociopolitique des épiscopats africains qui les positionne parfois en opposants, face à des pouvoirs dictatoriaux.

L’engagement prôné par Benoît XVI dans Africae munus est, par ailleurs, un appel personnel à tous les baptisés, chacun selon son état de vie, à œuvrer pour le bien commun. S’adressant aux laïcs, il souligne par exemple qu’ils « ont un grand rôle à jouer dans l’Église et dans la société » tout en émettant le souhait que ceux qui ont des responsabilités d’ordre politique, économique et social, « s’arment d’une solide connaissance de la Doctrine sociale de l’Église qui fournit des principes d’action conformes à l’Évangile ».

Enfin, pour faire le lien entre les synodes sur l’Afrique et le synode sur la synodalité, l’on peut rappeler ces mots de Benoîts XVI s’adressant aux catholiques du continent dans Africae munus« Je puis les assurer que l’Église respecte et aime l’Afrique ». Ce message d’affection est un appel à participer au « marcher ensemble » de l’Église en refusant de se positionner en périphérie. Le synode sur la synodalité en offre l’opportunité.

Lucie Sarr

Source: africa.la-croix

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