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LA RESPONSABILITÉ DES RELIGIEUX DANS LA COHÉSION SOCIALE

L’imam Kobine Layama (au centre), président du Conseil islamique supérieur de Centrafrique et membre de la Plateforme des confessions religieuses/DR

 

Dans de nombreux pays africains, les responsables religieux sont sollicités pour favoriser la cohésion des différentes communautés. Dans le Sahel, avec la montée du terrorisme islamiste, le dialogue religieux est de plus en plus difficile.

Dans la plupart des pays africains, les responsables religieux sont considérés comme un ciment pour la cohésion nationale. À telle enseigne que dans certains pays, ils se constituent en Plateforme des confessions religieuses ou en Comité pour le dialogue interreligieux. Il leur appartient, à une époque où la religion est utilisée pour attiser les antagonismes, d’avoir un discours de paix et de réconciliation.

C’est le cas en Centrafrique où, sous l’instigation du pasteur Nicolas Ngbangou Nguerekoyame, président de l’Union des Églises Elim qui réunit les chrétiens évangéliques, de l’archevêque Bangui, le cardinal Dieudonné Nzapalainga et du défunt imam Kobine Layama, ancien président du Conseil islamique supérieur de Centrafrique, les populations sont sensibilisées à la coexistence religieuse pacifique. Dans un pays où le conflit politique a parfois des relents religieux, une telle initiative a été salutaire. Ainsi, en 2018, la Plateforme centrafricaine des confessions religieuses avait sonné l’alerte contre des groupes armés « qui instrumentalisent la religion pour semer la division ».

Mais dans les pays sahéliens dont le tissu social est fragilisé par l’insécurité, le dialogue interreligieux a-t-il un avenir ?

Au Burkina Faso, un dialogue interreligieux mis à mal

Le Burkina Faso est traditionnellement connu pour son expérience en matière de dialogue interreligieux. Pourtant, aujourd’hui, de nombreux observateurs s’inquiètent des fissures du tissu social, qui ont souvent des origines religieuses.

« Ce qui se passe aujourd’hui, c’est qu’il y a une forme de rejet du dialogue car certaines personnes prônent le repli communautaire, analyse l’imam burkinabè Alidou Ilboudo, du Cercle d’études de recherches et de formations islamiques (Cerfi). Ces personnes ne veulent pas que l’on ait des partages avec les autres confessions religieuses, que l’on s’asseye avec des personnes de croyances différentes ».

Ce constat est confirmé par le père Jean-Baptiste Sanou, membre de l’Observatoire national des faits religieux (Onafar) au Burkina Faso. « Il est indéniable, en effet, qu’il existe aujourd’hui au Burkina des forces centrifuges de repli identitaire, qui menacent la cohésion nationale autour des valeurs de la République qui cimentent les relations entre les filles et fils du Burkina, fait-il remarquer. Il faut comprendre que les religions sont des croyances et des pratiques qui nous distinguent, mais ne nous divisent pas ».

« Mais jusqu’à quand tiendrons-nous nos efforts pour le vivre-ensemble ? » s’était, de son côté, inquiété le cardinal Philippe Ouédraogo, archevêque de Ouagadougou.

Au Mali, l’inquiétant discours de l’imam Dicko

Dans le pays voisin, le Mali, également déstabilisé par « l’hydre terroriste », les chrétiens représentent une minorité qui vit, dans la paix, avec la majorité musulmane. Les attaques terroristes constituent cependant une menace majeure pour le dialogue interreligieux dans la mesure où la liberté religieuse elle-même est menacée. Les constats faits dans le rapport 2020 sur la liberté des religions ont de quoi inquiéter.

Ce rapport souligne, en effet qu’entre avril et juin 2020, des groupes extrémistes auraient exigé des femmes des régions de Mopti (centre) et de Tombouctou (nord) qu’elles portent le voile. Les membres du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Gsim) poursuivent leurs attaques et leurs menaces « contre les chrétiens, les musulmans et les communautés religieuses traditionnelles ».

En outre, les terroristes ont tué la missionnaire chrétienne suisse Béatrice Stockly. Ils détiennent toujours la sœur Gloria Cecilia Argoti, enlevée depuis 2017 et extrêmement affaiblie.

Dans un tel contexte, les propos tenus par l’imam Mahmoud Dicko, sans doute l’un personnages les plus influents du Mali, dans une interview publiée, le 11 juin par l’hebdomadaire Jeune Afrique inquiètent. Un sentiment antifrançais s’y confond, en effet, avec une stigmatisation d’une communauté religieuse. « Je sais que la France ne m’aime pas, car je ne suis ni un prêtre, ni un cardinal, ni un archevêque. Je suis un imam » a-t-il affirmé après avoir longuement fustigé la présence française dans le Sahel et rappelé que les terroristes sont des « fils du Mali » et que l’« islamisation du Mali est un fait ».

Lucie Sarr

Source :africa.la-croix

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