DR Congo - Goma


«IL Y A UN PROBLÈME HUMANITAIRE SÉRIEUX»,
TÉMOIGNE L’ÉVÊQUE DE GOMA

Mgr Willy Ngumbi, évêque de Goma/Junior Kitambala/LCA

Le 22 mai dernier, la ville de Goma, dans l’Est de la RD-Congo a été frappée par l’éruption du volcan Nyiragongo.

De passage à Kinshasa dans le cadre des réunions de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), Mgr Willy Ngumbi, évêque de Goma, donne son témoignage.

La Croix Africa : Le 22 mai dernier, le volcan Nyiragongo se trouvant dans votre diocèse est entré en éruption. Comment avez-vous vécu cette catastrophe ?

Mgr Willy Ngumbi : Le samedi 22 mai dans la soirée, le volcan Nyiragongo est entré en éruption de manière inattendue. C’était une surprise pour tout le monde puisque toute la journée, il n’y avait eu aucun signe avant-coureur. Puis d’un coup, l’on a commencé à voir du feu non pas sur le cratère mais sur le flanc du volcan : c’était le début de l’éruption. J’étais chez moi à l’évêché, en cette fête de Marie-Reine des apôtres et j’étais entouré de quelques prêtres et religieuses pour cette circonstance.
Le lendemain, dimanche, c’était la Pentecôte, et les gens qui sont revenus dans la ville de Goma après une nuit au Rwanda et dans la ville de Saké (sud de Goma) sont allés à la messe. Moi-même comme évêque, je devais conférer le sacrement de confirmation, ce que j’ai fait. Ce sont surtout les tremblements de terre après l’éruption qui ont beaucoup inquiété les populations. La situation était gérée avec un peu de panique au début et tout le monde observait le volcan.

Quelle est actuellement la situation sur place à Goma ?

Mgr Willy Ngumbi : Je voudrais revenir un peu en arrière : si tout le monde a paniqué, c’était à cause du souvenir de l’éruption de 2002 qui a été très meurtrière et avait dévasté une grande partie de la ville de Goma. Heureusement, contrairement à cette éruption de 2002, celle de 2021 n’a pas vraiment été dévastatrice puisqu’elle s’est arrêtée dans la partie nord de la ville. Elle n’est pas arrivée dans les zones habitées. Une partie a touché des champs ainsi que quatre quartiers. Avec la Caritas et des organismes humanitaires, nous avons compté au moins 3 500 maisons détruites, une vingtaine de maisons dont les toits ont été emportés, une trentaine de morts dont des gens ensevelis dans leurs maisons. Trois églises catholiques ont aussi été détruites. La destruction de la centrale de distribution d’eau a affecté plus 750 000 habitants et la menace des maladies d’origine hydrique s’y est ajoutée. Il y a un problème humanitaire sérieux lié à la difficulté réorganiser la vie des populations et d’en améliorer les conditions. La santé, la distribution de l’eau, de l’électricité mais également le logement et la nourriture ont été impactés.

La Croix Africa : Comment l’Église locale de Goma s’organise-t-elle pour aider les sinistrés ?

Mgr Willy Ngumbi : En pareille situation, l’Église locale a d’abord recours à la Caritas. Nous avons la Caritas de notre diocèse qui est l’organe technique pour intervenir dans ces conditions. Nous avons mené une sensibilisation et la Caritas a constitué une cellule de crise. Elle a fait partie des premiers organismes qui sont intervenus, notamment dans la ville de Sake (où il était installé un camp de réfugiés NDLR). Nous avons logé les sinistrés dans les écoles et nous leur avons apporté les produits de première nécessité et des ustensiles de cuisine.

Nous demandons aux populations congolaises d’être généreuses et d’offrir tout ce qu’elles peuvent trouver pour aider les sinistrés. La solidarité à l’égard des sinistrés de cette catastrophe ne concerne pas seulement la communauté internationale ou l’État congolais. Nous voulons que les chrétiens, au nom de l’amour du prochain, au nom de la solidarité, se sentent interpellés et invités à intervenir pour pouvoir aider les autres.

Avez-vous un message d’encouragement à l’endroit de vos diocésains ?

Mgr Willy Ngumbi : J’exprime ma compassion à tous mes frères et sœurs du diocèse de Goma qui ont été frappés par l’éruption du volcan Nyiragongo. Ne perdons pas espoir, la catastrophe qui est arrivée est une catastrophe naturelle et elle n’est pas due à l’œuvre de la méchanceté de l’homme. Personne ne maîtrise les forces de la nature. Soyons solidaires. Même ceux qui sont sinistrés dans des camps de fortune, qu’ils restent solidaires entre eux et ne se laissent pas gagner par l’esprit de haine et d’égoïsme. Nous sommes tous membres de l’Église famille de Dieu qui est à Goma.

Recueilli par Junior Kitambala (à Kinshasa)

Source: africa.la-croix

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