Rwanda


UN AN APRÈS LE DÉCÈS DU CHANTEUR CATHOLIQUE KIZITO MIHIGO,
UNE ENQUÊTE INDÉPENDANTE TOUJOURS ATTENDUE

Kizito Mihigo, célèbre chanteur catholique, /Facebbok Kizito Mihigo

Kizito Mihigo, célèbre chanteur catholique, a été retrouvé mort lundi 17 février 2020 au commissariat de Remera à Kigali où il était détenu depuis quatre jours.

Le chanteur s’est fait connaître par ses chants liturgiques chrétiens mais également son engagement en faveur de la réconciliation. Un an après ce décès les organisations de défense des droits humains demandent une enquête transparente et indépendante.

Un an après la mort de Kizito Mihigo, Human Right Watch et l’Association chrétienne pour l’abolition de la torture (Acat) sont toujours attente d’une enquête indépendante sur les conditions de ce décès.

La mort en détention de l’« apôtre de la réconciliation » entre Hutus et Tutsis avait en effet provoqué une polémique au Rwanda. Kizito Mihigo était un célèbre chanteur catholique ayant participé à la composition de l’hymne national rwandais.

Il avait été arrêté le 13 février 2020 à la frontière du Burundi, accusé par les autorités d’avoir voulu traverser illégalement la frontière burundaise dans le but de rejoindre un groupe armé. Cette détention était intervenue après une première, entre 2014 et 2018 où il avait été inculpé de conspiration contre l’État rwandais.

La réconciliation était sa vocation

L’homme de 38 ans était un rescapé du génocide qui a fait 800 000 morts entre avril et juillet 1994, essentiellement parmi la minorité tutsie. Il avait alors seulement 13 ans. Depuis lors, il avait fait de la réconciliation sa vocation. Catholique pratiquant, il a été pensionnaire du petit séminaire de Butare mais également organiste et chanteur liturgique. En 2007, il a participé à la messe de la paix célébrée à Kigali, comme chanteur et organiste.

Il a été, un temps, considéré comme un proche du régime de Paul Kagamé. Il avait même bénéficié du soutien de ce dernier pour suivre une formation au conservatoire de musique de Paris. Convaincu que la reconstruction du pays passerait par la réconciliation, il en avait fait son combat notamment à travers la Fondation Kizito Mihigo pour la paix.

Une première arrestation en 1994

Ses déboires avec les autorités rwandaises commencent en 2014, quand il sort un titre qui fait allusion au génocide rwandais en évoquant les représailles des Tutsis contre les Hutus. Il est arrêté, soupçonné d’être en lien avec l’opposition hutue en exil et ses chansons interdites dans le pays.

Kizito Mihigo avait, par la suite, été libéré en 2018 en même temps que l’opposante Victoire Ingabire. Celle-ci avait arrêté en 2010 et purgeait une peine de 15 ans de prison pour avoir tenu des propos négationnistes sur la réalité du génocide en exigeant que les auteurs de crimes contre les Hutus soient eux aussi jugés.

Polémique sur sa mort

La mort de Kizito Mihigo avait provoqué une vive polémique Rwanda et au-delà. Les explications de la chargée de communication de la police rwandaise Marie-Michelle Umuhoza n’y avaient rien changé. «Il était dans sa cellule, seul, et il a utilisé un drap pour se pendre. Son corps a été transféré au laboratoire de médecine légale en vue de son autopsie », avait-elle affirmé. Une thèse écartée d’un revers de main par de nombreuses voix. « On ne croit pas que Kizito Mihigo se soit suicidé. C’est impossible, parce que Kizito est chrétien qui a des valeurs chrétiennes très profondes, avait déclaré René Mugenzi, activiste rwandais exilé à Londres, interrogé par RFI. On est sûr à 100 % qu’il a été assassiné par la police. »

Lucie Sarr

Source: africa.la-croix

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