Religious Dialogue


LE DÉFI DU DIALOGUE INTERRELIGIEUX EN AFRIQUE


PHOTO DE FAMILLE DU SÉMINAIRE SUR LE DIALOGUE INTERRELIGIEUX ET L’EXTRÉMISME VIOLENT À ABIDJAN/ NDI

Le dialogue interreligieux est un l’un des enjeux fondamentaux de notre temps. En Afrique, il représente le socle de la stabilité et de la cohésion sociale dans nombre de pays, notamment dans le Sahel.

Dans le Sahel, le dialogue interreligieux est traditionnellement considéré comme l’un des facteurs majeurs de la stabilité et de la cohésion sociale. Il est toutefois fragilisé, depuis quelques années, par les attaques terroristes dont certaines prennent pour cibles les lieux de culte. Ainsi en 2019 et 2020 les attaques de lieux de culte se sont multipliés dans le nord et l’Est du Burkina Faso.

Au Burkina Faso, une multiplication des attaques des lieux de culte

On a dénombré pas moins de sept attaques contre des églises catholiques ou évangéliques dans le nord et l’est du Burkina Faso entre 2019 et 2020 faisant plusieurs dizaines de morts. Une situation qui a parfois eu comme conséquences une méance envers certaines communautés.

«Le dialogue interreligieux et interconfessionnel est un pivot important de notre pastorale, avait fait remarquer le cardinal Philippe Ouedraogo, archevêque de Ouagadougou interrogé par La Croix en janvier 2020. Jusqu’ici, nous avons pu éviter les dérapages interethniques et interreligieux. Il y a bien eu des représailles contre des Peuls, accusés d’avoir hébergé des tueurs, mais cela n’a pas enclenché un cycle de violences. Mais jusqu’à quand tiendrons-nous nos efforts pour le vivreensemble?»

Même analyse du côté de Mgr Paul Ouédraogo, archevêque de Bobo Dioulasso, au Burkina Faso, qui, dans une interview accordée à La Croix Africa en mai 2019, expliquait que les terroristes «misent sur les différences ethniques, religieuses et parfois sur les difcultés relationnelles entre les administrés et ceux qui gouvernent ». « Je crois qu’ils essaient de jouer sur tous ces paramètres pour obtenir une société déstabilisée sans cohésion sociale où en dénitive, le vivre-ensemble deviendrait impossible», a-t-il estimé.

Un sentiment de révolte chez les chrétiens du Nigeria

La situation est pire au Nigeria dans les zones minées par l’insécurité (dans le nord notamment). Dans un rapport datant du 17 décembre, la Société internationale pour les libertés civiles et l’État de droit (Intersociety), une organisation nigériane dresse un bilan alarmant.

«2 200 chrétiens ont été assassinés dans ce pays pour la seule année 2020, soit six chrétiens tués par jour ». Selon cette organisation, «du 1er janvier 2020 au 13 décembre 2020, les bergers djihadistes peuls sont responsables de la mort de 1 300 chrétiens, suivis par Boko Haram et ses groupes dissidents (Iswap et Ansaru) responsables de la mort de 500 chrétiens, tandis que 200 chrétiens ont été tués par l’armée nigériane et 100 par des “bandits” djihadistes. »

Ces tueries antichrétiennes, l’instrumentalisation religieuse des conits communautaires entre bergers peuls et agriculteurs nomades et l’inaction voire la gestion partisane de cette crise communautaire par les forces de l’ordre nigérianes ont ni par provoquer un sentiment de révolte chez les chrétiens du pays le plus peuplé d’Afrique.

Le 25 avril 2018, 11 musulmans avaient été lynchés par des chrétiens à Makurdi, dans le centre du Nigeria quelques jours après la tuerie, par des bergers peuls, de deux prêtres et de 16 laïcs dans l’État du Benue. La même année, la Conférence épiscopale a demandé, par deux fois, la démission du président Muhammadu Buhari. Le 1er mars 2020, les catholiques nigérians tout de noirs vêtus ont même marché dans les rues des différentes villes du pays pour dénoncer l’insécurité et l’impunité.

Débat sur le dialogue interreligieux

Dans un tel contexte quelle dénition pourrait-on donner au dialogue interreligieux ? Sur quelles bases devrait-il se faire en terre africaine? « L’objectif poursuivi par le dialogue interreligieux est de favoriser la compréhension et la collaboration entre des personnes et des communautés appartenant à des religions différentes, pour rendre possible le vivre ensemble et la paix » (1).

Pour le père Maurille Zola Toko, vice-recteur du Grand Séminaire de théologie Saint Jean XXIII de Kinshasa en RD-Congo, le dialogue interreligieux en Afrique, ne doit pas seulement se limiter aux aspects spirituels. «De manière singulière, en Afrique, un vrai dialogue s’entend comme celui où les partenaires prêtent également une attention sufsante aux conditions socio-économiques et politiques dans lesquelles ils communient avec l’Être Suprême». Pour lui au regard de l’importance des religions au quotidien, en Afrique, la religion doit être considérée comme « l’un des « moyens », dans la mobilisation des croyants et des consciences, pour mettre en valeur le respect et la dignité innée de la vie humaine et pour instaurer durablement la fraternité, la justice et la paix ».

Au Bénin, dans le diocèse de Porto-Novo, Mgr Aristide Gonsallo, l’évêque considère le dialogue interreligieux comme l’un des piliers de la mission évangélisatrice de l’Église. «Le dialogue constitue l’une des solutions idéales dans les situations de crise quelle que soit leur nature. C’est dans ce sens qu’il faut prendre conscience du dé du dialogue interreligieux pour la construction d’une société de justice et de paix. La liberté religieuse et le bien commun sont alors respectés et promus ».

Éviter les confusions

Cependant le dialogue interreligieux ne doit pas constituer un mélange susceptible de créer la confusion entre des religions qui seraient interchangeables. C’est du moins l’avis du père Francis Barbey prêtre et chercheur ivoirien. Le père Francis Clooney, prêtre jésuite professeur à la Harvard Divinity School à Cambridge et spécialiste en théologie comparée abonde dans le même sens. Il invite également à ne pas poser un regard idéaliste sur la religion en général car des pratiquants de différentes religions, à travers l’histoire, ont commis des atrocités au nom de leurs croyances religieuses.

«L’invitation qui nous est adressée dans le cadre du dialogue interreligieux, c’est d’avoir un regard de foi et d’espérance. L’espérance qu’à l’intérieur de chaque tradition religieuse, il y a une force pour le bien et que les interprétations de la religion qui poussent à s’autodétruire ou à détruire les autres ne sont pas les bonnes », explique-t-il.

Les clés pour bien vivre le dialogue interreligieux

Le père Simon Peter Onoja, prêtre de la Société des missions africaines, islamologue et enseignant-chercheur à l’Institut catholique missionnaire d’Abidjan (Icma) propose cinq clés pour bien vivre le dialogue interreligieux: la bonne volonté des deux partis, la capacité d’écoute, la compréhension solide et ferme de sa tradition religieuse et l’ouverture vers l’autre, l’engagement et la persévérance et enn la spiritualité et la prière.

«Pour être dans la vérité du dialogue, il faut d’abord que nous soyons d’accord sur le principe du respect de la liberté de conscience, et donc aussi de la liberté religieuse, pour tout et donc avoir le respect des minorités religieuses », estime le père Joseph Clochard, Missionnaire d’Afrique (Père blanc) et membre de la Commission nationale du dialogue islamo-chrétien au Burkina Faso. «Commençons avec les hommes de bonne volonté pour être à l’écoute les uns des autres, pour admettre que l’autre ait ses croyances, nous baser sur ce que nous avons en commun et pour faire un bout de chemin ensemble! Enn, entraidons-nous à être dèles chacun dans sa foi ».

Lucie Sarr

(1)Les fondements et les objectifs du dialogue interreligieux

Source:africa.la-croix

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