FATHER MACCALI


PÈRE MACCALI : 
« LA PRIÈRE DE L’EGLISE A FAVORISÉ MA LIBÉRATION »

Père Pier Luigi Maccali, prêtre de la Société des Missions Africaines (Ph. : JP. Bodjoko, SJ/Vaticannews)
Père Pier Luigi Maccali, prêtre de la Société des Missions Africaines (Ph. : JP. Bodjoko, SJ/Vaticannews) 

Kidnappé à son domicile, à Bamoanga, un village de la région de Tillabéri, dans le sud-ouest du Niger, en septembre 2018, et détenu en otage pendant plus de deux ans, Père Pier Luigi Maccali a été finalement libéré le 8 octobre dernier. Entretien.

Père Pier Luigi Maccali vous avez fait la douloureuse expérience d’être en captivité durant de longues années. Pourriez-vous nous parler de ces années de captivité ?

Malgré moi, je me suis trouvé au milieu de cette tornade qui m’a enlevé de la mission de Bamoanga, au Niger, où j’étais depuis 11 ans. Je me suis retrouvé dans le désert du Sahara, dans les grandes dunes de sable, prisonnier du sable, mais aussi en compagnie des étoiles qui étaient vraiment belles. C’était la seule compagnie que j’avais la nuit, en plus du grand silence. Cela a duré deux ans et quelques semaines. Aujourd’hui, heureusement, tout cela est fini. La prière m’a beaucoup soutenu. Je me rends compte que la prière de l’église a vraiment favorisé cette libération que j’ai tant attendue. Tous les soirs, on se disait « Espérons demain ». Et ce demain est arrivé le 8 octobre dernier.

Que voulaient vos ravisseurs ?

Je me suis posé la question plusieurs fois et je n’ai pas de réponses particulières sur le fait qu’on pourrait me reprocher d’avoir eu un geste ou une parole qui puisse avoir offensé les Musulmans. Rien de tout cela. Ils cherchaient une cible occidentale et j’étais devenu une précieuse marchandise pour alimenter leur guerre. Malheureusement, avec la violence dont souffre l’Afrique aujourd’hui, j’étais devenu, malgré moi, une marchandise pour un échange avec quelque chose que j’ignore.

Comment a eu lieu votre libération et de quelle manière avez-vous appris la nouvelle de cette libération ?

Le 11 septembre de cette année, ils (les ravisseurs. Ndlr) sont venus réaliser une dernière vidéo et celui qui faisait la vidéo nous a dit qu’il avait entendu dire qu’il y aura une seule opération dans laquelle nous, les deux Italiens, serions libérés ainsi que trois femmes et l’homme politique malien, Soumaïla Cissé, détenu aussi en otage depuis 6 mois. On n’y croyait pas trop. Le 11 septembre est une date tristement célèbre sur le plan mondial. Mais, après quelques jours, nous avons observé que les choses bougeaient. A la radio, on avait annoncé une libération de prisonniers à Bamako. Par la suite, tout s’est accéléré. Le 6 octobre, une voiture est venue nous chercher. Le 7, on a dormi à la belle étoile dans une autre zone. Et le 8 octobre dans la matinée, on a retrouvé Sophie Petronin, Soumaïla Cissé, en plus de nous deux, les deux Italiens. Nous avons été conduits là où a eu lieu l’échange avec le médiateur et les soldats maliens qui étaient venus en renfort, mais qui s’étaient éloignés du lieu de la rencontre. Après une dernière photo, nous avons pris la route qui nous a conduits en Europe.

Y’a-t-il d’autres personnes qui sont encore entre les mains de vos ravisseurs ?

A ma connaissance, il y a encore 6 personnes, dont la sœur Gloria Cécile, une colombienne, que nous espérions trouver avec nous. Malheureusement, Sophie (Pétronin. Ndlr), nous avait dit qu’elle avait quitté le lundi. Mais, le jeudi 8 octobre 2020, elle n’était malheureusement pas avec nous. Elle souffre, parce qu’elle est une femme, une religieuse et elle est toute seule. J’ai eu écho de 5 autres personnes encore détenues, notamment un médecin australien de plus de 80 ans, enlevé il y a quatre ans au Burkina Faso ; un américain, un allemand et un roumain détenu depuis presque 6 ans et enlevé également au Burkina Faso. Il y a également Christopher, un sud-africain que j’ai moi-même rencontré une semaine après mon kidnapping. Il était avec un autre homme de nationalité indienne, dont j’ai appris qu’il a été libéré en janvier dernier. Donc ces 5 messieurs et la religieuse sont encore entre les mains du même groupe.

Qu’avez ressenti par rapport au fait que le Pape a parlé de vous et vous a reçu ? 

C’était une grande surprise. Jamais je n’aurais pensé qu’un petit missionnaire de la périphérie du monde se retrouverait un jour devant le Pape qui soutient l’Eglise à partir de ce centre. Je me suis rappelé des paroles du Pape François qui dit souvent que « le centre c’est la périphérie ». Je me suis donc retrouvé au centre de cette Eglise qui a à cœur les périphéries du monde.

Il vous arrivait souvent de suivre les nouvelles, sur Radio Vatican, par exemple ?

Oui. C’était le grand cadeau que j’ai reçu. Le 20 mai, nos ravisseurs nous ont donné une petite radio, après plusieurs demandes. Et ce jour-là, je ne sais pas pour quelles raisons, ils nous ont apporté cette radio. Et, tous les soirs, nous pouvions écouter les nouvelles du monde. Et quand j’ai pu capter Radio Vatican, c’était devenu mon rendez-vous du soir à 18h30 (19h00, Ndlr) pour écouter les nouvelles et avoir cette ouverture, cette fenêtre sur le monde et sur l’Afrique. Cela m’a beaucoup aidé et accompagné. Je tiens à dire un grand merci à Radio Vatican pour cette opportunité. Dans le grand désert, j’étais, en même temps, ouvert aux nouvelles du monde.

Un mot d’encouragement pour les autres qui sont encore en captivité ?

Continuons à les porter en prière, prions pour tous les otages, parce que, quand on a souffert de l’intérieur, on sait que c’est une grande épreuve. Ne pas avoir de nouvelles, ne pas savoir le temps que cela va prendre... Ça déprime beaucoup, mais la prière est la force qui peut ouvrir la porte de la liberté. Je demande donc à Dieu d’écouter notre prière pour leur libération.

Jean-Pierre Bodjoko, SJ* - Cité du Vatican

Source: vaticannews

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