Church in Africa

Les défis des radios catholiques africaines

Le 13 février, c’était la journée mondiale de la radio, une initiative portée par l’Unesco depuis 2011 et dont la célébration cette année a été placée sous le thème de la diversité. La Croix Africa saisit l’occasion pour se pencher sur les enjeux et défis actuels des radios catholiques en Afrique.

«La radio chrétienne est contemporaine de l’émergence de la radiophonie en Afrique», expliquent les auteurs Marc Splinder et Annie Lenoble-Bart dans le livre collectif Spiritualités missionnaires contemporaines (1) qu’ils ont codirigé.

Selon eux, «la véritable fondation n’intervient que dans les années 1930». À cette date, les jésuites de l’actuelle RD-Congo fondaient Radio Léo qui a émis jusqu’en 1967.

Des radios confessionnelles seront ensuite créées dans de nombreux pays. «Radio Ecclesia en Angola, Radio Pax so Beira au Mozambique».

Mais c’est surtout dans les années 1990, avec la libéralisation de l’espace médiatique dans la plupart des pays africains, que les radios catholiques connaîtront un pic.

Ainsi, Radio Maria est créée au Togo en 1997, La Voix du paysan, au Tchad la même année, Radio Immaculée Conception au Bénin en 1998, et un peu plus tard, en 2001, «La voix de l’Évangile» en Côte d’Ivoire suivi de «Radio Veritas» au Cameroun en 2003.

Ces radios qui résultent, pour la plupart, d’initiatives de Conférences épiscopales nationales ont fait du chemin et, aujourd’hui, cristallisent divers enjeux.

«La radio catholique va là où le prêtre ne peut aller»
«L’idée d’implanter une radio catholique, au Bénin en 1998, avait été accueillie avec grand enthousiasme, se souvient, 22 ans plus tard, le professeur Raphaël Yébou, chrétien catholique et enseignant à l’Université d’Abomey-Calavi (Uac). De nombreux chrétiens voulaient s’instruire, découvrir davantage la Parole de Dieu, suivre des émissions qui soignent le corps, entretiennent l’esprit et élèvent l’âme.»

Pour sa part, le père Hubert Kèdowidé, docteur en communication et responsable de la commission diocésaine de communication à Cotonou analyse le rôle des radios catholiques en Afrique. «Les radios catholiques en Afrique servent principalement à l’évangélisation. Grâce à elles, les chrétiens s’informent aussi de la vie de l’Église dans le monde et l’actualité de Rome à la faveur des synchronisations qu’elles font souvent avec Radio Vatican», explique-t-il. Fernand Nouwligbèto, sociologue et journaliste abonde dans le même sens. «En contexte africain où il n’y a pas encore assez de prêtres pour satisfaire toutes les communautés, la radio catholique va là où le prêtre ne peut aller». Selon le sociologue les ondes apportent la Bonne nouvelle aux malades dans les hôpitaux, aux personnes du troisième âge qui ne peuvent plus se déplacer pour aller à l’église, etc.

Défis et difficultés du secteur
Pour Nouwligbèto, «le premier défi, c’est d’abord l’audience. Que faire pour conquérir l’audience, se faire écouter?». Il pointe ensuite la formation et les moyens logistiques et financiers: «Ce qui se fait dans nos radios catholiques en Afrique n’est pas toujours très professionnel, et cela est dû entre autres à la formation des journalistes qui y interviennent, à leur statut, à la qualité des infrastructures et des équipements de ces radios».

Le père Clément Marie Bonou, qui a dirigé deux radios catholiques en Afrique, «La voix du paysan» au Tchad et Radio Immaculée Conception au Bénin, pour sa part, estime que «le défi majeur en Afrique, c’est comment arriver à une conviction pastorale soutenue de l’importance de ce moyen de communication qu’est la radio et les médias en général dans l’œuvre d’évangélisation». À ses yeux, «si les orientations pastorales peuvent donner une bonne place aux radios catholiques, la providence divine pourvoira aux moyens de ces radios qui vivent pour la plupart de ressources limitées».

Juste Hlannon (à Cotonou)

Source: africa.la-croix

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