Congo

 

Un drame interroge l’encadrement
de certaines églises évangéliques

 

Le pasteur Galako, fondateur d’une église évangélique qui porte son nom, a été arrêté par la police après avoir égorgé son fils de 21 ans, « selon l’ordre de l’Éternel », affirme-t-il dans une vidéo. Un nouveau crime qui interroge l’encadrement et la responsabilité des églises dans les dérives dont sont parfois auteurs des pasteurs évangéliques en Afrique.

« Je l’ai fait selon l’ordre de l’Éternel », explique le pasteur Galako dans une vidéo le montrant torse nu et répondant aux questions d’un individu présenté comme un policier dans cette vidéo qui dure un peu plus de deux minutes. Ce pasteur, fondateur d’une église évangélique à Bétou, dans le nord du Congo, a été arrêté par la police après avoir égorgé son fils de 21 ans, avec l’aide de deux complices. « Ce sont les ordres, je n’ai fait qu’obéir », insiste-t-il.

Depuis quelques jours sur les réseaux sociaux où cette vidéo, sous-titrée en français, a été publiée après la révélation de ce crime, la colère et l’émoi sont les sentiments les plus exprimés. D’autant que les condisciples du garçon assassiné qui ont voulu se faire justice eux-mêmes ont affronté les forces de l’ordre, et qu’au moins deux personnes, dont un jeune, ont été tuées et neuf autres ont été blessées par balles, selon la police qui a indiqué avoir ouvert une enquête.

Dérives récurrentes

Congo, Côte d’Ivoire, Nigeria, Afrique du Sud, etc. Ces dernières années en Afrique, les églises évangéliques sont parfois au centre de nombreuses dérives de leurs pasteurs occasionnant des morts volontaires ou accidentelles de nombreux fidèles.

En juin 2019, le corps décapité d’un chantre avait été retrouvé dans une église évangélique à Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire. L’enquête menée, par la police a révélé que l’auteur du crime était un proche de cette église, mais que le commanditaire était Jean Niava, le pasteur d’une autre chapelle évangélique. Ce pasteur avait demandé à un homme désœuvré qui fréquentait « La Cité du Salut », l’église où priait le chantre, de commettre ce meurtre en échange d’une forte somme d’argent. La tête du chantre a ensuite été retrouvée dans les toilettes du bureau du pasteur Niava. « Silvio », l’hommage des chantres évangéliques ivoiriens à un des leurs

Au Nigeria, également cette même année, une prière de guérison a tourné au drame, jeudi 5 décembre, dans le quartier de Baruwa, à Lagos. Un incendie provoqué par un pasteur pendant la prière de guérison a coûté la vie à son fidèle. Au moment où il procédait à son aspersion, « le pasteur a pris un bidon rempli d’essence, en pensant qu’il contenait de l’eau », avait expliqué Ibrahim Farinloye, le porte-parole de l’agence nationale de gestion des urgences. Malheureusement, « alors qu’il vidait le contenu sur un homme, une bougie allumée à côté a pris feu et les a tous deux embrasés ».

En février 2018, en Afrique du Sud, le tribunal de Limpopo, dans le nord, a reconnu le pasteur Lethebo Rabalago coupable de « violences » envers ses fidèles et l’a condamné à une amende. Ce « prophète » autoproclamé avait suscité une vive polémique deux ans plutôt, après la publication de vidéos dans lesquelles on le voyait asperger les visages de ses fidèles d’insecticide.

La solution rwandaise

Aux yeux du sociologue docteur Paul Koffi Dadié, ces dérives observées ces dernières années sont la résultante de la définition actuelle de l’activité religieuse. « Aujourd’hui, l’activité religieuse peut être définie comme une activité économique qui génère du profit, soutient-il. Vu sous cet angle, le rapport des acteurs n’est pas forcément gouverné par la crainte ou le rapport à une divinité. » Ainsi, poursuit l’enseignant-chercheur à l’université Félix Houphouet Boigny d’Abidjan, les personnes qui ouvrent les églises ne sont pas forcément « des appelés », mais des individus à la recherche de moyens de subsistance. De ce fait, les prophéties et autres paroles sont « préfabriquées, socialement construites en vue d’atteindre un but : celui de faire du profit ».

Face à ces dérives, sur les réseaux sociaux, la tentation d’une solution comme celle du Rwanda a été une fois de plus remise au centre des discussions. Au Rwanda, en effet, après la fermeture de 714 églises et une mosquée, en 2018, officiellement pour des raisons sanitaires et sécuritaires, les autorités ont annoncé une nouvelle loi sur les congrégations religieuses qui rendra plus difficile l’ouverture d’églises. Cette loi, qui obligerait aussi les prédicateurs à suivre des cours de théologie, a pour but de protéger les Rwandais contre certains prédicateurs qui « duperaient leurs fidèles par des sermons trompeurs ».

« Le rôle de l’État est d’organiser et de structurer toutes les formes d’activités dans un espace social donné, précise docteur Dadié. Mais dans le même temps, une telle solution limiterait la liberté de choix et d’exercice de la foi. Car l’État ne dispose d’aucun moyen pour authentifier l’appel des personnes qui disent venir servir Dieu. »

Guy Aimé Eblotié

 Source: africa.la-croix
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