MOZAMBIQUE


"Les terroristes veulent nous faire croire qu'il s'agit d'une guerre de religion, mais ce n'est pas le cas", déclare l'évêque de Nacala

Maputo (Agence Fides) - " Ce sont les terroristes qui veulent nous faire croire qu'il s'agit d'une question religieuse, mais ce n'est pas le cas ", affirme Mgr Alberto Vera Aréjula, évêque de Nacala, dans le nord du Mozambique, où des groupes armés se réclamant de l'État islamique sèment la mort et la destruction depuis 2017.
L'opinion internationale a établi l'idée qu'il s'agit d'une guerre de religion, d'une guerre de l'État islamique. Ici, nous pensons que non, même s'il est vrai qu'il y a des djihadistes ", explique Mgr Vera dans une interview accordée à InfoCatólica. "Même s'il peut y avoir 50 fanatiques et, parmi eux, 10 ou 15 qui dirigent ou gèrent tout le réseau du terrorisme à Cabo Delgado et maintenant à Nampula, ce sont les terroristes qui veulent nous faire croire qu'il s'agit d'une question religieuse, mais ce n'est pas le cas", affirme encore l'évêque, qui rappelle les différents intérêts en jeu dans le nord du Mozambique qui contribuent à alimenter la violence. Tout d'abord, les économiques, liées à l'exploitation de grands gisements de gaz par des compagnies occidentales, (mais il existe aussi des ressources minérales encore à valoriser qui pourraient susciter l'intérêt de beaucoup).
D'autres intérêts, dont on parle très peu, sont liés au trafic de drogue avec " de l'héroïne en provenance d'Inde, du Pakistan ou d'Afghanistan qui arrive par cette zone côtière ", rappelle l'évêque Vera. Le crime organisé s'occupe également de la traite des filles pour les envoyer à la prostitution. L'énorme déplacement causé par la violence des terroristes - plus d'un million de personnes obligées de fuir - peut faciliter le leurre des filles séparées des événements par leur famille.
L'attaque de la mission de Chipene (voir Fides 7/9/2022), où la religieuse combonienne Maria De Coppi a été tuée, pourrait être, selon l'évêque de Nacala, une action visant à obtenir une forte résonance médiatique : " C'est parce qu'il y avait des gens de trois nationalités différentes et qu'ils savaient que le lendemain leur action aurait des répercussions internationales, surtout quand le gouvernement affirme avoir plus ou moins maîtrisé le problème ".
Bien que le Mozambique soit un pays majoritairement chrétien dans les provinces du nord, la majorité de la population (jusqu'à 70%) professe l'islam. Cependant l'islam local a toujours été pacifique et il n'y a jamais eu de graves problèmes de coexistence", affirme Mgr Vera. "Le problème n'est pas l'islam d'ici, mais celui qui vient de l'étranger, généralement d'étrangers qui créent des mosquées financées par on ne sait qui", souligne l'évêque. "Dans les villages, les gens simples, chrétiens et musulmans, se sentent très unis, il n'y a pas de problèmes. Lors des visites que je fais dans les missions, je rencontre toujours les responsables des mosquées. La relation est très bonne. Preuve de cette bonne harmonie, il y a généralement aussi des musulmans à la messe. Lors de celle qu'il a officiée il y a quelques semaines dans le district de Liupo, il y avait presque autant de musulmans que de chrétiens", dit-il.
Les djihadistes recrutent des jeunes plus par désespoir que par idéologie ou fanatisme religieux. "Parmi les djihadistes, on trouve également de jeunes non-musulmans sans avenir (certains sont même chrétiens) qui rejoignent le groupe simplement pour l'argent", explique Mgr Vera.

Source : fides.org

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