Afrique


Le défi des villes africaines est social

VILLES ET DÉVELOPPEMENT est une rubrique proposée et animée par Beaugrain Doumongue, ingénieur civil, et Karim Limam, physicien du bâtiment et maître de conférences. Dans le contexte du changement climatique, il s’agit de raconter/documenter/interroger les enjeux des villes africaines en quête de durabilité et de qualité de vie.

Devant l’inégalité des conditions de vie en ville, l’extension des bidonvilles, la pauvreté urbaine, la difficile insertion urbaine, la ruralisation des villes et l’absence de politiques adéquates, force est de constater que les villes africaines sont en crise. La ville durable est sans doute la solution à cette crise, le nouveau paradigme du développement urbain africain.

Les faits sont éloquents de l’urgence de penser l’avenir des villes pour construire le développement durable du continent africain. Avec une urbanisation têtue, les villes africaines voient leurs populations urbaines augmenter de façon extrêmement rapide. Ces personnes ont toutes des besoins dont les limites de la satisfaction témoignent de celles des villes elles-mêmes. L’intensification de la (sur) consommation y est aussi forte que l’urbanisation et le développement économique qu’elle appelle (et vice versa), doivent réussir leur insertion dans le moule de la durabilité.

Dynamisme des villes

Les villes ont donc pour vocation à allier leur dynamisme économique aux exigences sociales et environnementales, pour être durables et garantir, de ce fait, un meilleur avenir aux générations futures. Cela suppose qu’il faille créer de nouveaux modèles et mobiliser la participation citoyenne pour faire de la ville durable une réalité en Afrique. La ville durable en Afrique devra faire face aux défis du renforcement du lien social, de l’amélioration de l’environnement urbain et de la sauvegarde du patrimoine, pour promouvoir une approche de la ville qui intègre les exigences écologiques, les besoins de réhumanisation de la ville, et la nécessité d’une gouvernance plus adaptée aux enjeux climatiques, mais essentiellement plus locale.

En effet, lorsque les agglomérations s’élargissent par un étalement qui semble inarrêtable car mû par une urbanisation explosive et anarchique, tel qu’il est possible de l’observer en Afrique subsaharienne, le maintien de la cohésion sociale devient un défi d’autant plus pressant que la ségrégation socio-spatiale grandit avec l’étalement urbain. Par ailleurs, la dichotomie de la question urbaine africaine, reste mue par les effets d’une urbanisation à deux vitesses. Cette urbanisation fait justement écho à ce qu’il est convenu d’appeler les « contraintes de l’économie », lesquelles engendrent des taux de chômage élevé et des conditions de vie inacceptables (emplois informels, protection sociale inexistante).

Isolement

Cela conduit à l’isolement des personnes ou des catégories sociales, accentuant la ségrégation et délitant la mixité, qui, du reste, n’est pas systématique, même quand on vit dans des quartiers huppés. Les flux migratoires mettent les liens et solidarités familiales à l’épreuve de la distance, notamment en ce qui concerne l’exode rural qui laisse au village, les plus âgés et les plus faibles dont l’aide apportée par les jeunes partis à la conquête d’une meilleure vie est rendue ardue par les difficultés d’insertion urbaine.

Dès lors, il devient urgent de limiter l’exode d’une part, et la ségrégation socio-spatiale des villes d’autre part. Car sans une approche systémique rigoureuse et réglementée, combinant les effets de multiples facteurs, l’anarchique nébuleuse de l’urbanisation enflera à la vitesse des bidonvilles et de la pauvreté urbaine. Le défi des villes africaines de demain est sans nul doute, un défi social.

Beaugrain Doumongue

Source : africa.la-croix

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