Burkina Faso


«Recoudre le vivre-ensemble» après la démolition d’une mosquée

Mosquée démolie de Pazaani, arrondissement 9 de Ouagadougou? le 20 Mai 2021/Kamboissoa Samboe/LCA

La démolition de la mosquée de Pazaani, dans le 9e arrondissement de Ouagadougou en septembre 2019 continue de susciter la polémique.

Des débris des briques d’un bâtiment d’une école franco-arabe renversé, des morceaux de tôles déchirées en face d’un croissant lunaire perché au sommet d’un édifice à moitié démoli par des tracteurs… « C’est tout ce qui reste de la mosquée de Pazaani après le passage d’un huissier de justice, de policiers et d’un tracteur » confie Abdoulaye Pafadnam, président de la communauté musulmane de cette localité du 9e arrondissement de Ouagadougou. « Depuis la démolition, on continue de prier dedans et nous l’entretenons toujours », renchérit Aicha Diallo, une riveraine.

Décision de justice

En septembre 2019, suite à une décision de justice qui confiait l’exploitation d’un terrain litigieux à un particulier, Jacques Ouédraogo  qui en est l’attributaire légal en vertu d’un titre foncier en date de 2018  Me Victor B. Naby, huissier, a procédé à la démolition de la mosquée de Pazaani et d’autres bâtiments se trouvant sur le site, notamment un bâtiment de l’école primaire franco-arabe. L’édifice est situé en plein cœur d’un bidonville de Ouagadougou.

Jusque-là, c’était Moussa Guigma, qui occupait ce terrain d’une superficie de 8 289 mètres carrés, sans toutefois détenir un titre foncier. La démolition de l’édifice religieux avait provoqué le courroux de la Fédération des associations islamiques du Burkina (Faib) qui, dans un communiqué en date du 14 septembre 2019,condamnait « la démolition et la menace physique exercée sur le promoteur » tout en invitant « le gouvernement à agir ».

Ce qui est maintenant fait. Le 6 mai 2021, le gouvernement burkinabè a attribué le terrain litigieux à l’association islamique pour « préserver la paix et la cohésion sociale », estimant que c’est « une cause d’utilité publique ». Quant à l’attributaire légal, il bénéficiera d’un autre terrain en guise de compensation.

Polémique

Toutefois, cette décision de l’exécutif n’a pas fait l’unanimité, au sein de l’opinion burkinabè. Elle a été dénoncée par les syndicats des magistrats des avocats et des huissiers de justice, qui y ont vu une « remise en cause d’une décision de Justice ». Le chef de file de l’opposition burkinabè, Eddie Komboigo, estime, pour sa part que gouvernement « pourrait par exemple attribuer le terrain à la construction d’une école et à tout autre chose ». « Ce que nous craignons, précise-t-il, c’est que le gouvernement ne se mette en porte-à-faux avec les juridictions nationales ».

Selon un prêtre qui a requis l’anonymat, la décision du gouvernement peut être comprise comme un souci de préserver la réconciliation nationale. Il souligne cependant que le mieux aurait été que le gouvernement se saisisse du terrain litigieux et attribue d’autres terrains aux différents protagonistes.

Méfiance

Depuis ces événements, la méfiance semble s’être installée entre communautés de cette localité. « Il faut rebâtir la mosquée, mais aussi rebâtir le vivre-ensemble entre les communautés », suggère Maturin Sebgo. Pour Abdoulaye Pafadnam, après la démolition, l’indignation de la communauté musulmane avait été grande. « Aujourd’hui, c’est la paix, ajoute-t-il. On y travaille avec nos voisins, afin que le climat de solidarité et concorde revienne. »

Enseignante à l’école franco-arabe détruite, Rafiatou Barry ajoute : « Nous voulons que les enfants apprennent le vivre-ensemble, au-delà de nos religions ».

Kamboissoa Samboe (à Ouagadougou)

Source : africa.la-croix.coom

Retour à la liste des nouvelles