Benin


160 ans d’évangélisation au Bénin:
héritage pastoral des missionnaires

Père Serge Martin Ainadou/ DR

RETOUR SUR L’ACTUALITÉ. Le père Serge Martin Ainadou est prêtre du diocèse de Cotonou. Chaque semaine, il propose une réflexion sur l’actualité.

Le 18 avril 1861, les pères Francesco Borghero et Francisco Fernandez de la Société des Missions Africaines foulèrent le sol du Dahomey (ancien nom du Bénin). À l’instar de leurs pairs missionnaires de la seconde moitié du XIXe siècle, ces hérauts de l’Évangile ont quitté parents, amis et terres pour des destinations étrangères (Mt 19,29). 160 ans après le débarquement de ces missionnaires, une relecture des enjeux de la mission à cette époque-là, en Afrique en général, et plus particulièrement en Afrique occidentale, s’impose.

Missions

Cette démarche est importante d’autant plus que le parcours de ces missionnaires est souvent mis en lien avec l’histoire de la colonisation. Si, du point de vue de l’historien, on ne perd objectivement pas de vue cette contingence de l’histoire de la colonisation, il n’en demeure pas moins évident que, sur tout un autre plan, la dimension des missions, déployées dans la période, échappe radicalement à tout embrigadement et catégorisation idéologiques. Car l’enjeu, en matière de pastorale des terres de missions, ne repose pas que sur une initiative humaine. Au regard même de l’histoire de l’Église, il est d’ordre divin.

L’expérience fondatrice du chemin de Damas de Paul est alors à l’origine de ces voyages missionnaires, quelquefois périlleux pour ces porteurs de la Bonne Nouvelle. C’est à ce titre que saint Paul revendique d’être apôtre, non de la part des hommes, mais par Jésus-Christ, appelé et envoyé aux Nations (Rm 1,1). Cette perspective missiologique bouleverse alors tout notre regard sur les missions dans toute l’Afrique noire, en général, malgré le contexte historique, et plus particulièrement au Dahomey.

Les premiers missionnaires

160 ans après le débarquement historique des pères Francesco Borghero et Francisco Fernandez, on peut donc légitimement relire les récits de leur mission en terre dahoméenne avec un regard toujours plus large et renouvelé, pour ce qui concerne spécifiquement la mission dans cette zone de l’Afrique. Sous ce prisme, le récit de leur rapport aussi bien avec les autorités locales d’alors qu’avec les pouvoirs politico-militaires occupants éclaire à plus d’un titre.
Ce rapport, dans les faits, n’a pas toujours été des plus apaisés, notamment dans un contexte de méfiance et de rapport de force. Chose remarquable, c’est que, non seulement, rapporte le père Borghero, dans l’un de ses mémoires (1), les autorités locales ont compris qu’elles n’avaient pas affaire à des négociants venus au Dahomey. Mieux, ce missionnaire n’hésitait pas à affirmer la catholicité de l’Église. Aux croisées de plusieurs cultures et langues en terre des missions, il rappelle, sans détour, que « l’Église n’est liée ni à une nation, ni à une langue, ni à une culture. » (2)

Héritage pastoral

L’héritage historique et pastoral de ces aînés dans la foi peut servir de jalons, non seulement pour une pastorale d’incarnation au cœur d’un peuple et d’une culture, mais aussi à clarifier l’évangélisation sur les terres de missions. Alors que l’Église au Bénin rend grâce à Dieu, 160 ans après, pour l’évangélisation continue sur sa terre, il convient, estimons-nous, de continuer à approfondir cet héritage pastoral et culturel des premiers missionnaires partout en Afrique noire ; et d’y voir la radicalité d’un message irréductible à toutes contingences de l’histoire.

Père Serge Martin Ainadou

(1) Journal de Francesco Borghero, au 28 novembre 1861, p. 64.
(2) Relation sur l’établissement des missions dans le Vicariat Apostolique du Dahomé, Whydah, 3 décembre 1863 ; dans Journal de Francesco Borghero, p. 264.)

source: africa.la-croix

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