Dialogue Religieux


« Nous sommes comme des semeurs de graines de fraternité
entre croyants de religions différentes »


Père Joseph Clochard/DR

Débat : Quelles sont les conditions d’un véritable dialogue interreligieux ? C’est la question que La Croix Africa a posé trois spécialistes pour le grand débat de ce mois de décembre. Parmi eux, le père Joseph Clochard, Missionnaire d’Afrique (Père blanc) prêtre depuis 50 ans et membre de la Commission nationale du dialogue islamo-chrétien au Burkina Faso, propose quelques pistes.

Mon expérience personnelle de plus de 50 ans de vie comme prêtre, missionnaire d’Afrique dans le diocèse de Ouahigouya (nord) pendant 30 ans, de Dori (nord-est) pendant sept ans, de Dédougou (quatre ans) et dans la Commission du dialogue islamo-chrétien au niveau national et diocésain comme animateur et formateur, m’a donné un certain nombre de convictions pour un vrai dialogue interreligieux, surtout entre chrétiens et musulmans. C’est ce que je voudrais partager dans ce texte.

Dialoguer c’est quoi ? et pourquoi ?

Tout d’abord, entendons-nous sur les mots : dialoguer c’est quoi? et pourquoi? Aujourd’hui, ce dialogue–rencontre est inévitable. Notre monde est devenu un village ce qui fait que nous sommes désormais mélangés de différentes races, cultures, religions ! Il y va de notre «vivre ensemble» dans nos villages ou quartiers.

Pour nous chrétiens, il y va de notre gène chrétien, que d’aller à la rencontre de l’autre, sans distinctions avec cet unique ordre du Christ ; « Aimez-vous les uns les autres ». Cela ne s’arrête pas à nos seuls frères chrétiens… Christ, le premier, est allé à la rencontre de tous et a donné sa vie gratuitement pour tous !

Quand on parle de dialogue, il faudrait mieux dire « rencontre. » Pour connaître quelqu’un, il faut d’abord le rencontrer. « Il faut moins parler des musulmans et plus parler avec les musulmans », disait avec raison le cardinal Cristobal Lopez, archevêque de Rabat au Maroc. Il faut d’abord préciser ce qu’entend par «dialogue interreligieux » et surtout ce qu’il n’est pas. Pour l’Église catholique, le dialogue interreligieux se dénit ainsi: «L’objectif poursuivi par le dialogue interreligieux est de favoriser la compréhension et la collaboration entre des personnes et des communautés appartenant à des religions différentes, pour rendre possible le vivre ensemble et la paix» à la différence de l’œcuménisme qui s’efforce de s’intéresser «à la recherche de l’unité entre chrétiens de différentes dénominations »

Il ne s’agit pas de persuader l’autre d’embrasser notre religion

Il est important de dire que ce ne sont pas les religions qui dialoguent entre elles, mais des croyants. Une conséquence de cela est que le dialogue doit être incarné: il faut qu’il y ait une rencontre vraie entre des personnes concrètes, des hommes et des femmes vraiment représentatifs de leur tradition religieuse et de leur communauté. Je ne dialogue pas avec l’islam, mais bien avec des musulmans, des personnes. À mes yeux, pour faire un bon dialogue interreligieux et spécialement entre chrétiens et musulmans il faut lutter contre la peur de l’autre et l’agressivité.

Pour ce faire, c’est un devoir de connaître. D’abord se connaître soi-même et approfondir sa propre foi. Ensuite connaître l’autre que l’on veut rencontrer pour abandonner les préjugés qui nous habitent et qui viennent de l’ignorance. C’est un devoir pour nous, chrétiens, de connaître l’islam et les musulmans. Et pour cela, il faut se former.

Il faut aussi connaître les situations. C’est un devoir d’analyse pour résister à la facilité des amalgames en afnant nos grilles de lecture, pour faire droit aux dimensions sociologique, politique, économique des problèmes qui conditionnent le vivre-ensemble de nos communautés humaines, chrétiennes, musulmanes et autres. Il est important donc de se tenir au courant de l’actualité.

L’importance de faire quelque chose ensemble

Le dialogue, c’est d’abord un vivre-ensemble: rencontre de voisinage, de l’amitié, et aussi de collaboration dans les œuvres : travailler ensemble pour une vie meilleure dans nos établissements, nos quartiers, faire face aux dés de l’alphabétisation, de la santé, des conditions de vie décente pour tous etc.

Il faut ensuite voir le positif chez l’autre. Voir ce qui nous rassemble avant ce qui nous divise. Avec le Concile Vatican II (Nostra Aetate n° 2-3), l’Église regarde avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu Un, Vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers.

Nécessité de se respecter différents

Pour être dans la vérité du dialogue, il faut d’abord que nous soyons d’accord sur le principe du respect de la liberté de conscience, et donc aussi de la liberté religieuse, pour tout et donc avoir le respect des minorités religieuses. Commençons avec les hommes de bonne volonté pour être à l’écoute les uns des autres, pour admettre que l’autre ait ses croyances, nous baser sur ce que nous avons en commun et pour faire un bout de chemin ensemble! Enn, entraidons-nous à être dèles chacun dans sa foi.

En conclusion, nous sommes comme des semeurs de graines de fraternité entre croyants de religions différente pour que la vie de nos établissements scolaires, de nos quartiers, de nos familles de nos pays soit paisible. Nous savons bien que la source est en Dieu. La première chose que les religions peuvent offrir au monde, c’est la force de la prière!

Père Joseph Clochard

Source: africa.la-croix

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