Afrique


Afrique, lève-toi et fais fructifier tes potentialités !

Père Paulin Poucouta/DR

Ma foi d’Africain. Chaque mois, La Croix Africa reprend la chronique « Ma foi d’Africain », de Prions en Église Afrique, le missel de prière édité par Bayard Afrique. Au mois de janvier, le père Paulin Sébastien Poucouta, prêtre du diocèse de Pointe-Noire, au Congo Brazzaville, docteur en théologie biblique et en histoire des religions propose une réflexion sur la parabole des talents.

Le deuxième synode africain s’était conclu par ce mot d’ordre : « Afrique, lève-toi et marche ». Au début de notre avancée vers Pâques, il est bon de réentendre ce message, à la lumière de la parabole matthéenne des talents (Mt 25, 14-30).

Le temps favorable

Lorsque Matthieu écrit son évangile, les chrétiens commencent à être gagnés par la routine. L’ardeur des débuts tend à s’éteindre. De plus, des prédicateurs annoncent le retour imminent de Jésus. Ils poussent ainsi certains à la démobilisation, la désinvolture, l’agitation et à mener « une vie déréglée, affairés sans rien faire » (2 Th 3, 11).

Alors, Matthieu rappelle une série de paraboles que le Seigneur avait dites avant sa passion. Jésus reviendra, c’est sûr. Mais personne ne sait quand. L’essentiel, c’est de rejoindre aujourd’hui le Ressuscité dans sa parole, dans les sacrements, sur nos routes quotidiennes. Pour cela, il faut savoir être en éveil, à l’écoute de ce que « l’Esprit dit aux Églises » (Ap 2, 7). Il importe de prendre au sérieux le travail quotidien, quel qu’il soit.

Le temps de l’inventivité

Les traditions juives et africaines insistent sur l’importance du travail. Ainsi, le livre de la Genèse le présente comme une collaboration à l’œuvre de Dieu. L’homme et la femme sont appelés à apporter leur touche à l’embellissement de la création, mais ils doivent le faire selon le plan de Dieu et pour le service des hommes et des femmes. Ils sont conviés à participer à l’activité créatrice de Dieu, chacun selon ses talents (Gn 1, 26-28).

En Afrique, un proverbe résume la pensée africaine sur le travail : « celui qui a planté un arbre n’a pas vécu pour rien ». Pour le dire, Jésus prend l’exemple d’un patron qui va en voyage. Il confie à ses serviteurs des talents. Tous ne reçoivent pas la même somme. Qu’importe ! Pour le patron, l’essentiel est que chacun fasse fructifier l’argent. Mais un de ces employés est « paresseux et mauvais ». Il ne fait même pas l’effort d’aller mettre l’argent en banque. Au contraire, il le cache sous terre. Pire encore, il trouve des prétextes contre son patron pour justifier son attitude. Alors, on lui enlève son argent et on le donne à celui qui en avait déjà. Cela paraît injuste ! Mais c’est d’une part pour récompenser l’effort de ce serviteur. D’autre part, cela montre l’effet démultiplicateur du travail. Enfin, en convoquant le monde du business, Jésus entend inviter à un travail qui exige audace et inventivité, nécessaires pour faire fructifier nos potentialités.

Le temps du service

En effet, l’Afrique regorge de richesses minières et forestières, mais aussi de nombreuses compétences humaines que d’autres continents nous envient. Au lieu de geindre, il convient de prendre conscience des talents que Dieu a confiés à chacun et chacune de nous. Les chrétiens ont la responsabilité, en communion avec tous les fils du continent, de construire le royaume de Dieu en terre d’Afrique. Ils doivent faire preuve d’imagination, en investissant dans la réflexion et la recherche, loin des recettes et des fake news.

Les chrétiens ont également à cultiver le talent du temps. Il nous est confié pour tisser et consolider les liens sociaux mais aussi pour organiser la cité de manière performante, pour le bien de tous. Il faut également développer le talent de la vie, si importante en Afrique, mais souvent bafoué. La vie est don du Dieu vivant. Jésus a donné la sienne pour que nous l’ayons en abondance. À sa suite, le chrétien se bat pour que la vie grandisse, dans ses dimensions personnelles, familiales, culturelles, sociales, économiques et politiques.
Enfin, nous est confié le talent des talents, celui de l’amour qui renouvelle nos liens traditionnels et les dilate à la dimension nationale, continentale, mondiale. L’amour rend fructueux tous les autres talents, parce qu’il creuse en nous la générosité qui éloigne de la tentation de pervertir nos relations et nos structures socio-politiques.

Le temps de la marche

Ainsi, ce Carême 2021 est un moment favorable pour faire fructifier les nombreuses ressources dont recèle le continent. Malgré la quasi-léthargie due à la Covid 19, l’Église nous invite à nous lever et à marcher pour que germe le don de la vie et de l’amour de Dieu. Puisse le Seigneur faire de nos familles et de nos communautés ces espaces où s’invente l’Afrique qui développe ses potentialités spirituelles, culturelles, socio-politiques et matérielles, au bénéfice de tous ses enfants.

Père Paulin Sébastien Poucouta

Source: africa.la-croix

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