Africa

Les épiscopats d’Afrique face aux nouvelles spiritualités

 

Du 20 au 29 juillet, se déroule en Kampala, en Ouganda, la clôture du Jubilé d’Or du Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (Sceam).

L’un des thèmes majeurs abordés pendant cette rencontre est celui des nouvelles spiritualités avec la prolifération des Églises du Réveil et l’intérêt accru des élites catholiques pour les courants dits ésotériques.
Si l’Église catholique demeure forte et structurée en Afrique, elle doit désormais faire face, d’une part, aux Églises de Réveil qui la concurrencent et l’influencent, d’autre part, aux spiritualités dites ésotériques qui constituent un sujet de préoccupation pour les épiscopats africains.
Dans son document de travail ayant servi de base de réflexion pour les ateliers de la clôture du Jubilé d’or du Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (Sceam), le Comité théologique de cette structure africaine note la fascination des chrétiens africains pour les « Églises de Réveil ainsi que les nouvelles religiosités chrétiennes ».

En outre, au cœur des débats entre évêques africains s’immisce la question des groupes dits ésotériques. Les épiscopats de Côte d’Ivoire (2017-2018) et de Cameroun (mai 2019) ont même publié des lettres pastorales sur l’incompatibilité entre la franc-maçonnerie et la doctrine catholique tandis que celle de la République du Congo élargissait la réflexion à tous les groupes dits ésotériques en 2017.

Goûter à toutes les sauces spirituelles
« Nous voyons nos fidèles goûter à toutes les sauces spirituelles », fait remarquer Mgr Fulgence Muteba, évêque de Kilwa-Kasenga en RD-Congo. Pour lui, la question des courants dits ésotériques qui s’introduisent dans le milieu des élites africaines constitue un défi majeur pour l’Église en Afrique. Un défi pris au sérieux par les évêques ivoiriens qui, dès 2017, provoquaient un vif débat en refusant des funérailles chrétiennes à un franc-maçon célèbre et mettaient en garde contre les offres proposées par des membres de loges maçonniques pour le financement de chantiers d’Église. Cette idée a été reprise par l’épiscopat camerounais dans sa lettre pastorale sur la franc-maçonnerie, la Rose-Croix et la sorcellerie, publiée en mai 2019. Celle-ci pointe la présence, « dans certaines paroisses de nos diocèses, dans les conseils paroissiaux et même dans certains organismes diocésains, de personnes appartenant à la franc-maçonnerie, à la Rose-Croix ou s’adonnant à la sorcellerie ».

Aux yeux de Mgr Samuel Kleda, archevêque de Douala et ancien président de la Conférence épiscopale du Cameroun, il revient aux évêques de faire de la catéchèse en expliquant aux fidèles l’incompatibilité entre la doctrine catholique et les courants dits ésotériques. Pour ce faire, une évangélisation en profondeur lui semble nécessaire. Cet avis est partagé par Mgr Muteba, pour qui la meilleure stratégie pastorale face aux nouveaux courants spirituels est de former des chrétiens « connectés à Jésus ».

Églises évangéliques influences charismatiques
Une autre préoccupation des épiscopats africains concerne l’offensive des Églises évangéliques qui se multiplient, notamment dans les zones les plus pauvres d’Afrique. « Sous les effets de la dimension concrète de la conception africaine du bien-être et la fascination des Églises de Réveil ainsi que les nouvelles religiosités chrétiennes, des fidèles catholiques adhèrent à des spiritualités de la délivrance, de la guérison et de la prospérité », note le Comité théologique du Symposium Conférences épiscopales d’Afrique et Madagascar dans son document de travail du Jubilé de Kampala. « Nos chrétiens sont tentés par la facilité que proposent ces Églises évangéliques avec l’accès aux biens matériels et une forme de christianisme léger délesté de souffrance, avec une insistance sur les miracles », admet Mgr Paul-Abel Mamba, évêque de Ziguinchor, dans le sud du Sénégal.

Par la multiplication des communautés nouvelles et groupes de prière d’inspiration charismatique, l’Église africaine tente de répondre à cet attrait des chrétiens pour la spiritualité de la délivrance et de la prospérité. Mais ces groupes de prière et communautés nouvelles ne font pas l’unanimité au sein duclergé et de l’épiscopat du continent. « Nous voyons que le Renouveau charismatique essaie de donner du répondant avec une forme d’inculturation mais il faut demeurer prudent », estime Mgr Mamba. Même son de cloche du côté de l’épiscopat togolais qui, au cours de sa session plénière de juin, a mis en garde contre les « tendances folkloriques » qui s’immiscent dans la liturgique catholique. « Il est temps que l’on arrête de former des prêtres-guérisseurs », a fait remarquer Mgr Benoît Alowonou, président de la Conférence épiscopale du Togo, au cours d’échanges entre évêques d’Afrique de l’Ouest.
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Repères: Les épiscopats d’Afrique face mouvements ésotériques
Février 2017: en Côte d’Ivoire, l’archevêque d’Abidjan, le cardinal Jean-Pierre Kutwa, refuse des obsèques catholiques à Magloire Clotaire Koffi, publiquement connu comme étant le grand maître des francs-maçons du pays à l’époque.

Mai 2018: la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire (Cecci) publie une lettre pastorale sur l’incompatibilité entre la doctrine catholique et la franc-maçonnerie.

Novembre 2017: les évêques du Congo Brazzaville publient un texte sur les groupes ésotériques et le syncrétisme religieux.

Mai 2019: la Conférence épiscopale nationale du Cameroun (Cenc) publie une lettre pastorale sur la franc-maçonnerie, la Rose-Croix et la sorcellerie.

Lucie Sarr, envoyée spéciale à Kampala

Source: africa.la-croix

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