Senegal

Au Sénégal, le « ngalakh », un plat pour consolider les relations entre chrétiens et musulmans

Les catholiques du monde commémorent, le Vendredi saint, la crucifixion de Jésus-Christ. Au Sénégal, les fidèles catholiques profitent de ce jour de pénitence et de jeûne pour partager, avec les musulmans, un plat appelé « ngalakh ».

La cohabitation pacifique entre musulmans (95 %) et catholiques (5 %) fait la fierté des Sénégalais. L’un des moments qui mettent en valeur cette entente entre les fidèles des deux confessions religieuses est le Vendredi Saint. Le jour de la crucifixion de Jésus-Christ, les chrétiens, en signe de deuil, partagent avec leurs voisins et connaissances musulmans un mets appelé « ngalakh ».

Fait à base de mil, de pâte d’arachide et de pain de singe, ce plat très apprécié des Sénégalais permet de consolider les liens de bon voisinage entre chrétiens et musulmans, et est devenu incontournable.

Origines
Selon le père Jacques Seck, prêtre du diocèse de Dakar, la préparation du ngalakh, le Vendredi saint, a été observée pour la première fois à Saint Louis du Sénégal par les « signares » – mulâtresses – à l’époque coloniale, pour faire plaisir à leurs maîtres. « Leurs maîtres chrétiens jeûnaient et à l’heure de la rupture, ils voulaient prendre quelque chose de léger ; manger le moins possible, sans produits émanant d’animaux ou de volailles tels la viande, le lait », a-t-il fait savoir.

Aujourd’hui, cette pratique traverse des générations au grand plaisir du père Nicolas Biagui du diocèse de Ziguinchor (sud). « Ce sont des pratiques du milieu, bien de chez nous ; elles n’ont rien à voir avec l’Église. Mais, dès l’instant où cela entre dans le partage et la consolidation des rapports entre les chrétiens et les musulmans, c’est positif », loue-t-il tout comme le père Henri Sambou, du diocèse de Dakar pour qui « c’est un plat de solidarité ».
Des sacrifices utiles

Les chrétiens sénégalais n’entendent pas mettre fin à ce qui est devenu une tradition. D’autant plus que les musulmans leur rendent l’ascenseur pendant les fêtes comme l’Aïd el fitr et l’Aïd-El-Kébir en partageant avec eux leurs repas. « Les temps sont durs, les produits sont devenus très chers et avec la crise économique, rien n’est évident. Mais nous sommes fiers de perpétuer la tradition », estime, par exemple Martin Sagna, un chrétien sénégalais qui ajoute toutefois que ce sont « des sacrifices utiles ».

Adeline Ndiaye, une autre chrétienne de Dakar, abonde dans le même sens et invite ses coreligionnaires à faire de leur mieux pour ne pas rompre ce lien du « ngalax ». « C’est une chance pour le Sénégal d’avoir trouvé cette astuce dont l’aspect symbolique est très parlant », fait-elle remarquer. Pour Jean Gomis, « de la même manière que Jésus a multiplié le pain pour donner à manger aux foules qui le suivaient (Jean au 6-1-16), et rempli les jarres de vin aux noces de Cana (Jean 1. 1-12), il va aider les chrétiens à satisfaire à cette tradition ». Il reconnaît toutefois que « la cherté de la vie ne permet plus de faire du « ngalax » comme avant ». Maria Tavarez, elle, invite les chrétiens « à ne pas dépenser au-delà de leurs moyens ».

Charles Senghor (à Dakar)

Source : africa.la-croix.com

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