Burkina Faso


L’INQUIÉTUDE DES ENSEIGNANTS CATHOLIQUES FACE AUX GRÈVES DES ÉLÈVES

Des élèves du collège catholique La Salle de Ouagadougou, le 28 mai/Kamboissoa Samboe/LCA

Depuis le 29 avril 2021, des centaines d’élèves manifestent à Ouagadougou et en province pour protester contre une série de réformes liées à l’organisation des examens de fin d’année. Ce mouvement d’humeur a entraîné une série de violences et des décès, dont un dans une école catholique. Les formateurs des écoles catholiques réagissent.

Samedi 29 mai 2021, une patrouille de police surveille l’entrée du collège catholique La Salle. À part cela, tout semble normal, des groupes d’élèves discutent et les rires fusent çà et là. « Avez-vous vu les escortes policières à l’entrée de la porte ? C’est grâce à elles qu’on a pu finir les examens blancs », confie Owen Guissou, élève en classe de terminale. Ce collège catholique vient, en effet, de finir les examens des classes de passage et les examens blancs pour les classes d’examens, sauf la 3e.

Un retard est dû à plusieurs raisons, dont la grève. « Les grévistes sont venus plusieurs fois, ils ont perturbé nos cours en nous faisant sortir de force. Mais après leur départ, l’on reprenait les cours », témoigne Nathanaël Ouédraogo, élève en terminal.

Genèse de la grève

À l’origine de la grogne des lycéens, un groupe d’élèves issus de 18 associations scolaires ont appelé leurs camarades à manifester pour protester contre les réformes entreprises sur l’organisation du baccalauréat et du brevet par le ministère de l’éducation nationale, de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales.

Ces réformes consacrent notamment la suppression des deux sujets au choix pour un sujet unique en histoire-géographie et en Sciences de la vie et de la terre (SVT) et l’organisation du baccalauréat par le ministère en charge de l’éducation en lieu et place du ministère en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

Après 72 heures de manifestations, deux élèves, notamment Cécile Kinda, élève en classe de troisième au collège Sainte Bernadette de Kongoussi (école catholique), et Mohamine Zinaré, élève en 6e au lycée municipal de Paspanga, ont trouvé la mort.

L’on déplore également de nombreux blessés et des interpellations, mais aussi des actes de vandalisme, notamment la destruction du matériel scolaire, de la violence physique sur les enseignants et dirigeants d’écoles.

Réactions dans les écoles catholiques

Frère Hermann Kaboré, directeur du collège La Salle, tempère à propos de ces réformes. « S’il n’y a pas de résultats, on va rechanger, ce n’est pas aux élèves de choisir ! » Et d’ajouter : « à ce rythme, les élèves risquent de choisir les sujets à place des enseignants ». « Il faut que les élèves acceptent que les aînés décident pour la jeune génération. L’on est inquiet de ce qui se passe, surtout quand ils molestent un proviseur et saccagent des bureaux des enseignants. Le problème vient, en grande partie, des parents, l’on est plus en mesure de fixer des limites aux enfants ».

Aumônier des lycées et collèges, le père Clément Tonsa renchérit : « Un élève ne peut pas indiquer à ses parents comment l’éduquer. Si les réformes du gouvernement ne sont pas bonnes, c’est aux parents de les dénoncer ». Pour lui, « les parents ont totalement démissionné de l’éducation, sans compter les stupéfiants, un phénomène qui gagne du terrain dans les établissements ».

Pour le père Yves Tanga, directeur de l’enseignement catholique, « tout est mis en place pour la réussite de l’année scolaire ». La sœur Edwige Tiemtoré, censeure du Lycée collège Notre Dame de l’Espérance rassure également : « nous n’avons pas été touchés par la grève à cause des sensibilisations faites aux élèves ».

Pour l’année scolaire 2020-2021, l’on dénombre, pour le primaire, plus de 4 900 élèves, auxquels s’ajoutent 12 500 élèves pour le post-primaire (collège) et le secondaire, et plus de 809 à la technique.

Kamboissoa Samboe (à Ouagadougou)

Source : africa.la-croix

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